FALGUERA Narcisse

Par Pierre Chevalier

Né le 4 avril 1920 à Barcelone (Espagne) ; mort le 2 février 2019 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), officier de l’Armée républicaine espagnole ; mineur de fond, sidérurgiste ; militant communiste (JSU, PSUC, PCE, PCF) et syndical (CGT) ; interné en France lors de la Retirada ; Résistant dans les rangs de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) et de la UNE (Unión nacional española)

À l’issue de l’enseignement primaire, son grand père finança sa formation dans les écoles françaises de Barcelone où il entreprit des études de comptabilité et de commerce.
Avec plusieurs de ses camarades de l’école française, il adhéra aux Jeunesses socialistes unifiées (JSU), organisation créée en avril 1936, issue de la fusion des Jeunesses socialistes et des Jeunesses communistes, qui contrairement aux espoirs des socialistes fut dirigée par un militant des JS devenu communiste, Santiago Carrillo. Peu après, à 17 ans, il s’engagea dans l’armée républicaine espagnole contre la rébellion soutenue par les états fascistes.
Il suivit une formation à l’école des commissaires politiques, institution interne à l’Armée populaire espagnole, dont le rôle était d’empêcher les abus de pouvoir au sein des brigades. Puis, il entra à l’école militaire de Gavà (Barcelone) ; il fut nommé instructeur au Campo regional de instrucción militar n° 16 (CRIM 16) à Pins del Vallès (avant 1936 et après 1939, Sant Cugat del Vallès). Il fut d’abord affecté à la 178e brigade mixte de la 55e division, puis à la 176e brigade mixte de cette même division comme lieutenant d’état-major.
Il combattit essentiellement sur le front d’Aragon, au nord de Huesca, puis son unité tenta de retarder la percée des troupes rebelles en Catalogne.
Le 13 février 1939, 629 militaires républicains (soldats et officiers de la 176e brigade de la 55e division du 24e corps d’armée) passaient le col de Siern venant de Setcases et arrivaient à La Preste, commune de Prats-de-Mollo (Pyrénées-Orientales). Ils furent accueillis par des tirailleurs sénégalais encadrés par leurs officiers et découvrirent alors une « réception » agressive et inhumaine. Le même jour le lieutenant-colonel Morel, attaché militaire auprès de l’ambassade de France à Madrid écrivait au ministre de la Défense nationale et de la Guerre : « Il faut que l’esprit partisan ait troublé toutes les notions de bon sens pour qu’on traite en suspects et qu’on soumette à des vexations policières des officiers qui ont eu le tort de ne pas s’être révoltés, d’avoir combattu contre des Italiens et des Allemands et d’avoir été vaincus ». Le jeune lieutenant Falguera, de l’Armée républicaine espagnole, qui n’avait pas encore 19 ans, sortit de l’arrière du groupe d’officiers qui fermait les rangs et interpella en français les offi-ciers français qui étaient censées gérer l’arrivée de ces troupes. « C’est là que je suis devenu interprète, dit-il. J’ai fait les présentations des officiers espagnols aux officiers français, en faisant remarquer que d’officiers à officiers on avait des égards ». Et, dans un éclat de rire, il a ajouté un commentaire : « c’est drôle, bien qu’on était des Espagnols de merde, si on parlait français on n’était pas traité comme les autres ». Il devint donc interprète et se retrouva assis à côté du chauffeur au départ des camions pour rejoindre avec sa brigade le camp de concentra-tion du Barcarès à construire.
Il évita de peu le transfert vers le camp répressif de Vernet d’Ariège, et fut intégré à la 135e Compagnie de travailleurs étrangers (CTE), le 15 décembre 1939 au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne), le 2 février 1940 à la poudrerie de Mauzac (Dordogne) enfin, il rejoignit la Vienne.
En juin 1940, il quitta la Vienne pour le camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) dont il sortit avec un Groupement de travailleurs étrangers (8e GTE) qui se trouvait dans l’Hérault pour y construire des routes forestières. Il rencontra à Montpeyroux (Hérault) sa future épouse, Clotilde, avec laquelle il eut deux filles, Anita et Hélène.
Au sein du Groupement de travailleurs étrangers, il participa à la constitution d’une organisation espagnole, rattachée à la Unión Nacional Española (UNE), qui entra en relation avec les premiers noyaux de résistance du secteur. Le bras armé de la UNE pour l’Hérault se constitua en 11e Brigade de guérilleros espagnols. Début juin 1944, l’Agrupación de Guerilleros españoles (AGE), composante des FFI, comptait 9 divisions.
Après la libération du sud-ouest, Narcisse poursuivit l’action avec la 11e Brigade de guérilleros qui se rassemblait à Quillan (Aude) en vue de combattre pour libérer l’Espagne. Au cours des combats connus comme « Opération de Val d’Aran » (octobre 1944), il devint chef d’état-major de sa brigade.
En novembre 1944, selon la volonté du Gouvernement provisoire de la République fran-çaise, les unités de guérilleros furent intégrées dans les bataillons de sécurité de la 1ère Armée, commandée par le général de Lattre de Tassigny.
Narcisse Falguera fut démobilisé le 31 mars 1945.
Ses activités politiques, au sein du PCE et localement du PCF, et syndicales, à la CGT, ne semblent jamais s’être démenties.
Après avoir travaillé et milité de 1946 à 1961 dans les mines de charbon de Graissessac (Hérault) et en Lorraine (qu’il rejoignit avec son épouse et ses filles en 1961 pour exercer des activités professionnelles dans la sidérurgie), Narcisse s’installa à Prades (Pyrénées-Orientales), dans une retraite active au service de la mémoire des combats et des idéaux de ses compagnons de résistance.
En 1984, Narcisse Falguera fut élu au comité national de l’Amicale des anciens guérilleros espagnols en France-FFI (AAGEF-FFI). En 1989, il devint vice-président national, puis président entre 1995 et 2015. Il est membre du conseil national de l’ANACR. Enfin il était titulaire de la Croix du combattant volontaire 1939-1945 avec barrette, de la Croix de combattant volontaire de la Résistance, de la Croix du combattant. Il a été nommé Chevalier de la Légion d’honneur en 2013.
Ceux qui venaient le rencontrer à Prades gardent le souvenir d’un homme d’une grande humilité, ouvert aux débats, qui répondait aux élèves quand on préparait le concours de la Résistance et de la Déportation de façon franche, sans langue de bois. Il évoquait ce monde dans lequel nous vivons et le nombre de fois où il l’avait refait avec ses amis Léo Figuères et Goitea.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article213540, notice FALGUERA Narcisse par Pierre Chevalier, version mise en ligne le 15 mars 2019, dernière modification le 12 avril 2019.

Par Pierre Chevalier

ŒUVRE : Narcisse Falguera (dir.), Guerilleros en terre de France. Les républicains espagnols dans la Résistance française, Pantin, Le Temps des cerises, 2000, 315 p.

SOURCES : Falguera, op.cit., 2000. — Archives familiales (Prades) en cours de dépôt aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales. — Archives Pépita Léon (Bages, Pyrénées-Orientales). — Entretiens à Prades entre 2000 et 2019.

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