DAMETTE Félix, François

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

Né le 2 juin 1936 à Auchel (Pas-de-Calais) ; professeur de géographie ; militant communiste ; député européen (1979-1984).

Félix Damette
Félix Damette

Fils d’instituteurs, Félix Damette, élève de la classe préparatoire à l’École normale supérieure de Saint-Cloud au lycée Henri IV à Paris, adhéra en 1954 au Parti communiste français. Étudiant en géographie, titulaire du CAPES, il fut nommé professeur au lycée de Calais (Pas-de-Calais) où il resta quelques années. Il obtint l’agrégation de géographie en 1963 et se maria la même année, en septembre 1963 à Montcy-Saint-Pierre (Ardennes), avec un professeur devenu principal d’un collège d’enseignement secondaire à Montreuil (Seine, Seine-Saint-Denis). Il exerça des responsabilités politiques dans la région de Calais.

Félix Damette devint assistant puis maître-assistant à l’Institut de géographie de l’Université de Paris I.

Son militantisme politique se concentra alors sur la région parisienne et dans les secteurs proches de la direction du PCF. Secrétaire de la cellule communiste de l’Institut de Géographie pendant une vingtaine d’années, membre du comité et du bureau de la section Laplace du PCF, il était membre de la section économique du PCF et membre du comité de rédaction de la revue Économie et Politique. Spécialiste de géographie urbaine, il apportait ses compétences sur les questions de développement économique et d’aménagement du territoire. Aussi, dès sa création en janvier 1978, fit-il partie de la rédaction de la revue L’Élu d’aujourd’hui.

Responsable du groupe « Région » auprès du comité central jusqu’en 1975, Félix Damette devint membre du comité central du PCF en 1976 et fut le responsable du nouveau collectif régional du CC. Il apporta sa contribution à de nombreuses études dans le cadre du PCF, dont Corse, les raisons de la colère, perspectives démocratiques publié aux Éditions sociales en 1975 dans la collection d’Economie et Politique. Il fut particulièrement actif lors de la réflexion sur l’autogestion et ses rapports avec la ligne politique du PCF. Il suivit pendant quelques années la fédération communiste des Ardennes.

Félix Damette figura sur la liste communiste aux élections du Parlement européen en 1979 et fut élu. Pendant son mandat, il siégea successivement dans les commissions de la politique régionale et de l’aménagement du territoire (juillet 1979-janvier 1982), de l’énergie et de la recherche (février 1981-janvier 1982), des affaires sociales et de l’emploi (janvier 1982-juillet 1984) et, à la fin du mandat, participa à la délégation pour les relations avec le Japon. Le PCF ne le fit pas figurer parmi ses candidats en 1984.

Réélu au comité central par les congrès, à partir des années 1980, Damette critiqua certains aspects de la ligne politique de la direction du PCF. Jusqu’à maintenant, il avait regardé les diverses contestations avec intérêt et n’hésitait pas à faire des remarques critiques lors de réunions internes au PCF. Pour la première fois, lors de la réunion du comité central, les 17-19 septembre 1984, il vota contre le rapport de Georges Marchais qui réaffirmait la ligne de la direction contestée publiquement. Lors du XXVe congrès du PCF, les 6-10 février 1985, son intervention contesta fortement cette ligne qu’il considérait comme menant à l’affaiblissement du PCF qui n’avait pas l’intention de remettre en cause ses orientations, notamment il semblait avoir été en désaccord avec la sortie du gouvernement des ministres communistes. Le 10 février 1985, le rapporteur de la commission des candidatures annonçait qu’il était maintenu comme membre du comité central malgré les votes hostiles de plusieurs centaines d’adhérents. Dans les réunions qui suivirent, il était souvent isolé mais il ne suivit pas Pierre Juquin*, dont il se sentait proche et il refusa de prendre part au vote quand fut proposé au comité central de se prononcer pour son exclusion le 14 octobre 1987. Lors du 26e congrès à la fin 1987, il ne fut pas réélu au comité central. Comme Claude Poperen* et Marcel Rigout*, il annonça qu’il appellerait à voter pour la candidature d’André Lajoinie à la présidence de la République.

Félix Damette fut un des 54 communistes signataires le 17 mai 1988 d’un manifeste pour la reconstruction du PCF, estimant « le Parti en danger », ce qui exigeait « un effort de reconstruction conduit par tous les militants » pour « un fonctionnement nouveau, pour un centralisme démocratique digne de ce nom ». Dès lors la dissidence s’amorçait. Il signa, avec Claude Poperen, un article dans Le Monde, le 20 décembre 1989 à propos de la Roumanie contestant l’analyse faite par la direction du PCF. Dans la tribune de discussion ouverte dans l’Humanité lors de la préparation du congrès, le 5 novembre 1990, il signa sa contribution critique par rapport au discours de la direction du PCF sous le titre « La démocratie : du discours à la pratique ». Elle se terminait ainsi « Nous sommes parvenus à un état de marasme généralisé dont on ne sortira pas avec des formules lénifiantes et des astuces procédurières. Ce qui fut le grand Parti communiste français sombre dans l’indifférence et parfois le ridicule. »

En 1991, Damette ne reprit pas sa carte à la cellule de l’Institut de géographie. Il ne joua plus un rôle politique de premier plan, militant aussi bien avec les mouvements issus des « Reconstructeurs » comme « Alternative, démocratie, socialisme » puis la « Convention pour une alternative progressive », qu’écrivant, avec Michel Rocard un ouvrage La nation, l’Europe, le monde en 1995.

Félix Damette n’avait jamais cessé de travailler et de publier, faisant alterner des écrits théoriques utilisables ou commandés par le PCF. Désormais, ses travaux se situèrent exclusivement dans la réflexion universitaire à portée politique sur l’aménagement du territoire, souvent en rapport avec la Délégation de l’aménagement du territoire et de l’action régionale, au sein de l’équipe du CNRS Strates. Ainsi, il signa un rapport avec Pierre Beckouche, La métropole parisienne, système productif et organisation de l’espace en 1990. Devenu professeur de géographie à l’Université de Paris I, ses approches firent autorité. Dans les débats entre spécialistes, il se situait plutôt parmi les partisans de l’analyse fonctionnelle des villes débouchant sur la définition de l’espace urbain dans le cadre de l’aménagement d’un territoire humain.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article21339, notice DAMETTE Félix, François par Jacques Girault, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 6 mars 2016.

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

Félix Damette
Félix Damette
Avec Gaston Viens en 1995
Avec Gaston Viens en 1995

ŒUVRE : Parmi les nombreux titres au fichier de la Bibliothèque nationale : Le territoire français, son aménagement, Éditions sociales, 1969 ; Pour une stratégie autogestionnaire. Entretien avec Gilbert Wasserman, Éditions sociales, 1979 ; La France en villes, Paris, La Documentation française, 1994 ; Le territoire français, permanences et mutations, avec Jacques Scheibling, Paris, Hachette, coll. Carré Géographie, 1995, nombreuses rééditions ; La nation, l’Europe, le monde, avec Aline Archimbaud et Michel Rocard, Éditions de l’Atelier, coll. Perspectives, 1995 ; Le territoire français. Permanences et mutations, avec Jacques Scheibling, Hachette, Carré Géographie, 1995, nombreuses rééditions.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Aude Marecaille, De l’engagement au détachement itinéraire d’un dirigeant communiste Claude Poperen, mémoire de maîtrise, Paris 1, volumes d’annexes, entretien avec Félix Damette, p. 65-83. — Presse nationale.

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