ARGALON André

Par Pierre Vincent

Né le 14 octobre 1927 à Bièvres (Essonne), mort le 4 janvier 2000 à Paris ; apprenti puis dessinateur puis permanent fédéral ; secrétaire général adjoint de la Fédération CGT des cheminots (1965-1983) ; membre de la commission de contrôle financier (1969-1975), puis membre de la commission exécutive de la CGT (1975-1978) ; administrateur de la SNCF (1977-1982).

André Argalon naquit et passa ses premières années dans un passage à niveau, son père étant cantonnier à la Voie et sa mère garde-barrières. Ses parents étaient d’origine bretonne (Finistère). Son père fut syndiqué, l’un de ses deux frères, l’aîné, Marcel, travailla également à la Voie et devint conducteur de draisine.
Après son certificat d’études primaires passé en 1939 à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise, Yvelines), il poursuivit des études complémentaires puis, pendant les années 1940 à 1942, il suivit un enseignement pratique de commerce et d’industrie à l’école Jules Ferry de Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines).
Il fut marqué durablement par deux faits : l’arrestation de deux camarades, Jean-François et André Cordier (ils seront fusillés au Mont-Valérien) par l’Occupant et la révocation de son professeur de français, M. Delattre, qu’il retrouvera par hasard en 1953. Militant communiste, celui-ci avait formé un premier « triangle » en 1940 où figurait Robert Hernio, le futur secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots.
Après ces deux années passées à l’école Jules Ferry, il entra à l’école d’apprentissage de la SNCF au dépôt de Trappes (Seine-et-Oise, Yvelines), à l’initiative de son père qui voulait garantir son avenir en lui évitant le chômage. Après trois ans de formation, il passa en 1945 le CAP d’ajusteur. Durant cette période, plusieurs actes patriotiques avaient permis aux apprentis et aux ouvriers de manifester leur opposition au régime de Vichy : Marseillaise entonnée le lendemain du débarquement américain en Afrique du Nord, sabotage d’une machine le jour de sa mise en marche en présence de tout un aéropage d’officiels.
André Argalon termina son apprentissage d’ouvrier ajusteur au dépôt de Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine) et, en septembre 1945, revint à Trappes dans un dépôt en ruines, où il travailla jusqu’en décembre 1947. Il participa à ses premières grèves en juin et en décembre 1947.
Après son service militaire qui le mena à Berlin en décembre 1947, il réintégra la SNCF en décembre 1948 et fut affecté au service régional Matériel et Traction à Paris-Saint-Lazare, en qualité de calqueur, ayant réussi ce concours avant son départ à l’armée. Il passa ensuite le concours de dessinateur d’exécution, ce qui lui ouvrit l’accès à la filière Dessin où sa carrière se poursuivit jusqu’au niveau de cadre. Le milieu où il évolua n’avait plus rien à voir avec l’atelier ; sur quatre-vingts personnes, trois seulement étaient adhérents à la CGT et les grèves des années 1950 et 1951 ne connurent guère plus de grévistes. Même en août 1953 il n’y eut qu’un gréviste supplémentaire, un adhérent de la CFTC.
C’est lors de cette grève d’août 1953 qu’André Argalon devint un militant. Annie Kriegel, qui représentait le Parti communiste sur le site de Paris-Saint-Lazare lors de cette grève, évoque, dans ses mémoires Ce que j’ai cru comprendre, avec un certain lyrisme, ce moment. Très vite ses responsabilités s’enchaînèrent. Élu au secrétariat du syndicat CGT de Paris-Ouest-Rive droite, puis au bureau de l’Union Ouest, il devint le 1er avril 1957 permanent à la Fédération des cheminots CGT. Comme secrétaire-trésorier, il succéda à Octave Angerand. De 1961 à 1962, il représenta la CGT au conseil d’administration de la Caisse de prévoyance. En 1965, lorsque Georges Séguy accéda au bureau confédéral, il devint secrétaire général adjoint de la Fédération, remplaçant Charles Massabieaux, lui-même promu secrétaire général de la Fédération. Redoutable négociateur, il participa à de nombreuses délégations auprès de la SNCF. Ses connaissances notamment en matière salariale, son sens de la répartie, en faisaient un adversaire craint et respecté par les représentants de l’entreprise. Il occupa également des responsabilités au plan confédéral comme membre et président de la commission de contrôle financier de la CGT de 1969 à 1975, puis comme membre de la commission exécutive de 1975 à 1978.
Au départ à la retraite de Charles Massabieaux, il devint en 1977 administrateur de la SNCF au titre de la représentation de la Fédération CGT des cheminots. Il le resta jusqu’en 1982. Il fut un des acteurs essentiels dans la réalisation du complexe immobilier de la CGT à Montreuil en tant que vice-président de la Société civile d’études et de recherches (SCER).
Adhérant au PCF en 1950, il occupa de nombreuses responsabilités au comité de section, au comité fédéral de Paris et au bureau de la Fédération de la Seine dans les années 1953 à 1956, avant de prendre des responsabilités syndicales au niveau national.
André Argalon, décoré chevalier de la Légion d’honneur, était marié en troisièmes noces à Marie-Thérèse Peyre, infirmière à la SNCF et militante CGT.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article213, notice ARGALON André par Pierre Vincent, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 16 août 2009.

Par Pierre Vincent

ŒUVRE : « Août 1953 », Revue d’histoire des chemins de fer, n° 19, automne 1998, p. 117-129.

SOURCES : Arch. PPo, SNCF S26. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comités fédéraux du PCF. — La Tribune des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Annie Kriegel, Ce que j’ai cru comprendre, Paris, Éditions Robert Laffont, 1991, p. 388-389. — « Récit de André Argalon. La grève de 1953 », Les Cahiers de l’Institut, n° 1, supplément au Courrier du cheminot, n° 610, p. 20-23. — Pierre Vincent, « La place des dirigeants cheminots dans la confédération, de ses origines à nos jours », Les cahiers de l’institut, n° 2. — « André Argalon est décédé », La Tribune des cheminots, n° 769, janvier 2000, p. 11. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de Georges Ribeill. — État civil.

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