JIRKU Augustina, dite Gusti [Née STRIDSBERG Augustina Franziska, Klara dans les services du NKVD en Suède pendant la Seconde Guerre mondiale, JIRKU Gusti ou STRIDSBERG Gusti]

Par Hervé Lemesle

Née le 22 août 1892 à Tchernivtsi (Bucovine, Autriche-Hongrie, aujourd’hui Ukraine), morte le 13 mars 1978 à Lidingö (Suède) ; traductrice, écrivaine et journaliste ; émigrée en 1933 en URSS, volontaire en Espagne républicaine, réfugiée en 1939 en Suède, agente de renseignement soviétique de 1941 à 1945.

Retracer l’itinéraire de Gusti Jirku-Stridsberg n’est pas chose facile, parce qu’elle s’évertua dans son œuvre autobiographique à occulter puis minimiser son passé stalinien, et que les chercheurs n’ont pendant longtemps pas compris que Gusti Jirku et Gusti Stridsberg étaient la même personne ou l’ont confondue avec sa fille Marietta Jirku (épouse Voge, 1918-1984). Aux « cinq vies » décrites dans son autobiographie enjolivée, qui fut un best-seller dans les années 1960, il faut en ajouter une sixième, récemment mise à jour par l’historien allemand Michael Scholz : celle d’une agente de renseignement soviétique qui joua un rôle important en Suède durant le second conflit mondial.

La première vie d’Augustina Stridsberg, née aux confins orientaux de l’Empire austro-hongrois, fut celle d’une enfance dorée, passée à Vienne. Fille unique d’un riche banquier d’origine juive un temps proche du socialisme mais catholique pratiquant, marié à une femme d’ascendance française, Augustina Stridsberg reçut une éducation soignée, encadrée par une gouvernante française ou anglaise. Elle voyagea souvent à l’étranger pendant des vacances en hiver et en été avec ses parents en Italie, en Suisse, aux Pays-Bas, en Belgique et au Royaume-Uni, d’où sa maîtrise précoce de plusieurs langues. Elle intégra en 1904 le lycée Schwarzwald dirigé par la première femme autrichienne titulaire d’un doctorat, et son père mourut l’année suivante d’un infarctus. Admiratrice d’Oscar Wilde, elle obtint, suite à un séjour sur l’île de Wight durant l’hiver 1912-1913, un diplôme lui permettant d’enseigner l’anglais dans les écoles secondaires autrichiennes.

Comme de nombreux Européens de sa génération, le déclenchement de la Première Guerre mondiale mit fin à sa jeunesse insouciante, ponctuée par des bals, des chasses à courre, des parties de tennis, des visites de musées, des séjours dans des hôtels luxueux. La deuxième vie de Gusti Stridsberg fut celle d’une infirmière bénévole à l’hôpital général de Vienne pendant dix-huit mois, lors desquels elle perdit dit-elle ses illusions romantiques sur la vie et entama une liaison avec un étudiant en médecine, Bernhard Jirku. Ce dernier, issu d’une famille de militaires originaires de Bohême, se porta volontaire pour le front italien durant l’été 1915 mais se déclara dégoûté par la guerre lors d’une permission à Vienne, en janvier 1916. Il repartit néanmoins au front, tandis que Gusti Stridsberg abandonnait son travail stressant à l’hôpital pour étudier l’histoire de l’art. Le couple se maria en décembre 1916 et Gusti Jirku rejoignit son époux en Slovénie, où Bernhard, diabétique, avait été muté dans un hôpital à l’arrière. Ils assistèrent ainsi, à Cernica puis à Vienne, à l’affirmation des nationalismes et à la décomposition de l’Empire des Habsbourg.

La fin de la Grande Guerre marqua les débuts de la troisième vie de Gusti Jirku, celle d’une châtelaine en Slovénie, le couple s’étant installé en 1918 dans la propriété familiale des Stridsberg à Hartenstein, près de la ville de Slovenj Gradec en Styrie du Sud, désormais rattachée au Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. Les malheurs s’accumulèrent pour Gusti Jirku : elle perdit sa mère, découvrit les infidélités de son mari et subit un amoindrissement de sa fortune à cause de l’inflation et de la baisse des revenus agricoles liée à la politique commerciale du gouvernement de Belgrade. Elle fit toutefois face, mettant au monde une fille, Marietta, gérant le domaine, maintenant un mode de vie mondain et apprenant le slovène. À la recherche d’une nouvelle vie plus utile et moins injuste, elle se passionna pour le grand écrivain socialiste-chrétien slovène Ivan Cankar (1876-1918), dont elle traduisit en allemand des œuvres dénonçant les iniquités sociales, publiées au tournant des années 1930 à Vienne.

Commença alors une quatrième vie pour Gusti Jirku qui, séparée de son époux, décida de vivre de sa plume et se rapprocha progressivement de la cause communiste. Durant l’hiver 1929-1930, elle rédigea à Hartenstein un roman publié en 1931 en Allemagne et salué par Thomas Mann. Elle décida alors de s’installer à Vienne, suite au départ de sa fille dans une pension en Suisse et au durcissement du régime yougoslave imposé par le roi Alexandre Ier Karađorđević à partir de 1929. Dans la capitale autrichienne, Gusti Jirku multiplia les rencontres avec des écrivains et journalistes, dont le rédacteur en chef du quotidien Der Wiener Tag, qui lui proposa de partir à Moscou pour décrire les réalités du régime stalinien. Pourvue de lettres de recommandation du journaliste communiste tchèque germanophone Egon Kisch (1885-1948) et de l’ancien ambassadeur autrichien à Moscou Otto Pohl (1872-1940), austro-marxiste devenu éditeur du Moskauer Rundschau, elle séjourna trois mois dans la capitale soviétique début 1932. Ses articles sur la vie quotidienne, « sans a priori idéologique » écrivit-elle, furent bien reçus, mais les revenus étant versés sur un compte en Autriche, elle fut contrainte de trouver un emploi pour subvenir à ses besoins. Grâce à l’intervention d’Egon Kisch, elle fut embauchée à la radio pour l’étranger, supervisant rapidement les correspondances en français et en anglais. Ayant ses entrées à l’Internationale communiste (IC), elle fit la connaissance du secrétaire d’organisation de l’Internationale des jeunes communistes (KIM), le Croate Stjepan Cvijić dit Andrej (1905-1938). Dans son autobiographie publiée en 1961, elle affirma avoir quitté l’URSS en concevant que la dictature du prolétariat était compréhensible dans certaines conditions, mais pas une solution à long terme, car un ordre social basé sur la haine de classes n’était pas viable.

De retour à Vienne, Gusti Jirku retrouva avec plaisir une certaine aisance matérielle, mais déplora la passivité de la majorité de ses compatriotes, hormis les communistes, face à la menace nazie. Elle rencontra durant l’été 1932 Vilim Horvaj dit Stefan Schwarzmann (1901-1938), ancien secrétaire de la Ligue des jeunesses communistes de Yougoslavie (SKOJ) en Croatie, obligé de quitter le pays en 1929 pour ne pas purger une peine de cinq ans de travaux forcés. Bien que non adhérente du PC selon elle et encore mariée à Bernhard Jirku, elle devint son agent de liaison et sa maîtresse, utilisant sa couverture de journaliste et son passeport tchécoslovaque pour des missions périlleuses en Slovénie puis sur le Littoral croate, entrecoupées par un séjour à Genève comme correspondante du Wiener Tag auprès de la SDN. Emue par sa rencontre avec des victimes de la répression anticommuniste en Yougoslavie, elle retourna à Moscou durant l’automne 1933 avec Vilim Horvaj, qui tomba rapidement en disgrâce, car il avait publiquement critiqué le secrétaire du KPJ Josip Čižinski alias « Milan Gorkić » (1904-1937), alors soutenu par les plus hautes autorités soviétiques. Gusti Jirku fut néanmoins chargée de superviser l’édition des articles de la KIM destinés aux JC étrangers, suivit des cours à l’Université communiste pour les minorités nationales en Occident (KUNMZ) et fut interprète lors du VIIe Congrès de l’IC en juillet-août 1935. Ces responsabilités tendraient à prouver que, contrairement à ses dénégations dans ses mémoires, elle était devenue une militante du PC. Elle refusa toutefois la citoyenneté soviétique qu’on lui proposait et décida de quitter l’URSS pour revoir sa fille Marietta, alors lycéenne en Suisse, et obtenir du Comité central du Parti communiste de Yougoslavie (KPJ) la mutation de Vilim à Paris afin de le sauver d’une possible incarcération. Munie d’un faux passeport compromettant délivré par l’IC, elle fut arrêtée à Sarrebruck en février 1936 ; libérée grâce à ses connaissances helvétiques, elle gagna Prague en avril puis Paris en décembre pour rejoindre l’Espagne.

Le passage de la frontière entre Perpignan (Pyrénées-Orientales) et Figueras en janvier 1937 inaugura la cinquième vie de Gusti Jirku, infirmière puis propagandiste au sein du service de santé des Brigades internationales (BI). Passée par Barcelone et Albacete, elle fut d’abord affectée à Murcia comme auxiliaire en chirurgie. Tombée malade en mai 1937, elle fut mutée dès son rétablissement à Albacete, où elle devint la secrétaire des trois dirigeants du service de santé des BI – les Bulgares Cvetan Kristanov dit Oskar Telge et Vasil Kolarov dit Franek (le fils du célèbre dirigeant communiste), l’Allemand Gustav Gundelach (1888-1962) – puis la rédactrice adjointe de l’hebdomadaire Ayuda Medical Internacional (AMI) publié en espagnol, allemand, français et anglais. Elle multiplia alors les séjours sur le front et dans les hôpitaux pour recueillir des témoignages du personnel médical et participa à la conférence des femmes antifascistes d’Espagne le 30 octobre 1937 à Valence, où elle fit la connaissance de plusieurs Suédoises, dont l’envoyée du Dagens Nyheter Babro Alving (1909-1987) et l’avocate social-démocrate Sonja Branting (1890-1981), fille du fondateur du Parti social-démocrate suédois (SDP) et sœur de Georg Branting (1887-1965), député et président du Comité suédois d’aide à l’Espagne républicaine.

Gusti Jirku rédigea deux brochures, Kampf der Tode ! puis Wir kämpfen mit !, parfaitement conformes à la rhétorique de l’IC et du PCE, louant l’idéalisme humaniste et antifasciste, la modestie et le courage, le dévouement et la solidarité internationaliste des volontaires étrangères. Dans un article publié le 15 novembre 1937 dans AMI, elle évoqua la gratitude et l’amour des Espagnols envers l’URSS en ces termes : « Union soviétique ! Nos blessés dans leur sommeil douloureux, les combattants sur tous les fronts de la liberté, les esclaves et les mères d’enfants affamés rêvent de toi… Ton étoile éclaire les chemins les plus sombres ». En réalité très préoccupée par le sort de Vilim Horvaj resté à Moscou à l’époque des grandes purges, elle multiplia en vain les démarches pour obtenir sa sortie de la « Patrie du socialisme » auprès des dirigeants du KPJ présents en Espagne, dont le commandant de la 15e BI Vladimir Ćopić (1891-1939), et selon ses dires le nouveau secrétaire du Parti Josip Broz dit Walter (1892-1980), qui avait remplacé Milan Gorkić rappelé à Moscou en juillet 1937 et liquidé quelques semaines après. Dans ses mémoires, Lise London évoqua avec circonspection ce témoignage de Gusti Jirku sur la présence du futur Maréchal Tito en mai 1938 à Barcelone, où la direction des BI s’était repliée suite à l’offensive franquiste en Aragon coupant le territoire républicain en deux. Gusti Jirku fut plus honnête dans son autobiographie, décrivant la paranoïa stalinienne qui sévissait alors en Espagne républicaine, provoquant des sanctions, des rappels en URSS et des exécutions.

Dès juin 1938, Gusti Jirku rejoignit Paris, où elle publia une série d’articles sur l’Espagne dans la Pariser Tageszeitung, puis se rendit à Anvers grâce à un diamantaire pro-républicain et y fit une conférence sur le sort des enfants espagnols. Avec le soutien du maire socialiste de la ville Camille Huysmans (1871-1968), elle obtint un permis de séjour en Belgique mais gagna en octobre 1938 Copenhague, où elle reçut une dernière lettre de Vilim Horvaj, puis s’installa durablement à Stockholm début 1939. Interrogée par la police en juin, elle déclara avoir été invitée pour écrire un livre sur les femmes suédoises par l’avocate Sonja Branting, les journalistes Ellen Kleman (1867-1943) et Kajsa Rothman (1903-1969), qui avait également été infirmière et propagandiste en Espagne de 1936 à 1938. Gusti se présenta comme une persécutée juive, sans parti, mais ne cacha pas ses activités antifascistes, ni ses séjours à Moscou et en Espagne. Publiant des articles dans la presse féministe et antinazie, elle attira de nouveau l’attention des autorités en mars 1940 à cause de ses contacts avec le communiste allemand Gustav Gundelach, lui aussi réfugié à Stockholm, arrêté pour espionnage en septembre 1939 puis en janvier 1940. Se voyant refuser sa demande d’immigration aux Etats-Unis et craignant d’être expulsée de Suède, elle contracta un mariage blanc avec un communiste suédois vétéran des BI, son homonyme Hugo Stridsberg [sic  !], pour acquérir la nationalité suédoise.

La sixième vie de Gusti Stridsberg fut occultée jusqu’aux années 2010, quand les historiens Michael Scholz et Wilhelm Agrell exploitèrent ses écrits autobiographiques publiés en suédois en 1966 (Tänk inte med hjärtat), les archives policières suédoises et les télégrammes soviétiques décodés par les services secrets américains (projet VENONA), déclassifiés en 1996. Par l’intermédiaire de Sonja Branting, Gusti Stridsberg rencontra en mars 1941 Zoia Rybkina (née Voskrenskaia, 1907-1992), une officier du NKVD officiellement porte-parole de l’ambassadrice soviétique Alexandra Kollontaï (1872-1952). Zoia Rybkina alias « Irina » confia alors à Gusti Stridsberg « Klara » la mission d’entrer en contact avec des réfugiés antinazis prêts à rentrer dans leur pays et à y travailler pour l’URSS, de rédiger des articles et des commentaires sur la vie politique suédoise, et surtout de recruter des agents en Scandinavie pour organiser des sabotages et favoriser la politique extérieure soviétique. En échange, Irina s’engagea à lui fournir des renseignements sur Vilim Horvaj, promesse qu’elle ne tint pas. Klara devint toutefois « une personne qui nous est complètement dévouée », animant, sous la couverture de correspondante du Toronto Star et grâce à des fonds soviétiques transitant par sa fille Marietta alias « Doch », alors étudiante à San Francisco, le réseau d’agents soviétiques à Stockholm : les Suédois Georg Branting « Senator », le communiste Knut Olsson (1907-1986), la journaliste Maj Jarke et sa mère Disa Västberg (1891-1966), Emmy Dabbert « Dunja », le journaliste hongrois Andor Gellert « Goretz » (1907-1990), l’acteur tchèque germanophone Valter Taub « Terentij » (1907-1982). Elle y accueillit à partir de la fin 1943 des membres de l’opposition finlandaise favorables à une paix séparée entre leur pays et l’URSS : les sociaux-démocrates Silvi Kylliki Kilpi (1899-1987), Laurin Zilliacus (1895-1959, le frère du député travailliste britannique Koni Zilliacus qui soutint Tito contre Staline après la guerre) et Eero Wuori « Tsilindr » (1900-1966). Suite à la signature de l’armistice entre la Finlande et l’URSS le 19 septembre 1944, Gusti se rendit à Helsinki et obtint une interview du dirigeant historique du Parti social-démocrate finnois (SDP) Väinö Tanner (1881-1966) ; les propos pro-occidentaux de ce dernier publiés dans le Dagens Nyheter du 12 novembre furent utilisés par la propagande soviétique pour saper son autorité et renforcer l’influence des communistes en Finlande.

Après la guerre, Gusti Stridsberg resta en Suède, mais elle ne perdit pas complètement contact avec la Yougoslavie, où elle séjourna à deux reprises au moins. La Suède ayant perdu son intérêt stratégique en 1945, les services secrets soviétiques pensèrent utiliser Gusti Stridsberg, qu’ils évaluaient comme leur agent le plus important en Suède, dans les Balkans, devenus un enjeu de premier plan. Officiellement en mission avec la Croix-Rouge suédoise durant l’automne 1945 à Belgrade, Gusti Stridsberg apprit que sa propriété en Slovénie avait été bombardée à la fin de la guerre par les partisans car c’était devenu le QG de la Gestapo, et reçut la confirmation de la disparition pendant les purges staliniennes de ses proches, qui représentaient, écrivit-elle, « ce qu’il y avait de meilleur et de plus noble dans le communisme » : Vilim Horvaj, Stjepan Cvijić et Vladimir Ćopić. Suite à ses contacts avec les services secrets américains en Autriche, les Soviétiques prirent leurs distances avec Gusti Stridsberg, considérée désormais comme un agent double. À son retour en Suède, elle publia en 1946 un premier livre autobiographique sur la Yougoslavie (Skuggspel i Jugoslavien), dans lequel elle exprima ses doutes sur le nouveau régime communiste. Lors de son second séjour dans les Balkans en 1948, elle constata que la famille du cocher de son ancien domaine avait profité de l’expropriation décrétée par le régime titiste, et elle retrouva à Sarajevo une ancienne connaissance croisée à Moscou puis à Paris avant son départ en Espagne, le Serbe Rodoljub Čolaković (1900-1983), alors Premier ministre de la République de Bosnie Herzégovine, qui soutint Tito contre Staline à partir de juillet 1948.

Son passé d’agente soviétique la rattrapa en 1954 lorsque les services secrets australiens transmirent à leurs homologues suédois les déclarations des époux Petrov, Vladimir (1907-1991) et Evdokia ( ?-2002). Ce couple d’agents russes du NKVD, qui avait séjourné à Stockholm de 1943 à 1947 et supervisé les activités de « Klara », avait été muté à Camberra en 1951 et fit défection trois ans plus tard. La police suédoise plaça alors Gusti Stridsberg sur écoute, puis, suite à des révélations dans la presse, l’interrogea en octobre 1955 dans son appartement – elle avait tenté de mettre fin à ses jours – en présence de son avocate Sonja Branting. Gusti Stridsberg minimisa alors son rôle d’agent et prétendit avoir rompu avec le NKVD peu après la guerre ; l’enquête concluant à une activité antifasciste, l’affaire fut classée le mois suivant. Elle rédigea ses mémoires publiés à Hambourg en 1961 (Menschen, Mächte und ich) et dédiés à Vilim Horvaj. Ce livre nécessite une lecture critique, car c’est un réquisitoire sans concession contre le stalinisme, dont elle fut très proche pendant de longues années, et un témoignage systématiquement à charge contre Gorkić, pourtant lui-aussi innocente victime, réhabilitée en URSS dès 1956, des purges qui avaient emporté le grand amour de sa vie. Dans la suite de ses mémoires dédiés à sa fille Marietta (Tänk inte med hjärtat), elle affirma que son rôle se limitait à donner à manger aux Finlandais partisans d’une paix séparée avec l’URSS, alors que les télégrammes VENONA attestent d’une activité beaucoup plus importante, qu’elle parvint à masquer jusqu’à sa mort en 1978.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article211748, notice JIRKU Augustina, dite Gusti [Née STRIDSBERG Augustina Franziska, Klara dans les services du NKVD en Suède pendant la Seconde Guerre mondiale, JIRKU Gusti ou STRIDSBERG Gusti] par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 12 février 2019, dernière modification le 13 février 2019.

Par Hervé Lemesle

ŒUVRE : Sous la signature de Gusti Jirku, traduction de deux livres d’Ivan Cankar du slovène en allemand, Der Knecht Jernej et Das Haus zur barmherzigen Mutter Gottes, Vienne, Niethammer Verlag, 1929 et 1930. – Zwischen den Zeiten, Leipzig, Tal, 1931. – Kampf dem Tode ! Die Arbeit des Sanitätsdienstes der Internationalen Brigaden, Madrid, Ayuda Medical Extranjeros, 1937. – Wir kämpfen mit ! Antifaschistische Frauen vieler Nationen berichten aus Spanien, Valence, La semana grafica, 1938 (Réédition espagnole ¡Nosotras estamos con vosotros ! Mujeres antifascistas de distintos países hablan de su trabajo en España, Madrid, AABI, 2018). Sous le nom de Gusti Stridsberg, Skuggspel i Jugoslavien [Jeu d’ombres en Yougoslavie], Stockholm, Bonnier, 1946. – Menschen, Mächte und ich, Hambourg, Hoffmann & Campe, 1961 (traduction suédoise Mina fem liv [Mes cinq vies], Stockholm, Raben & Sjören, 1962 ; traduction anglaise My Five Lives : An Autobiography, Londres, Heinemann, 1963 ; traduction slovène Mojin pet življenj, Maribor, Založba obzorja, 1983). – Malat pa glas : ur en österrikiste familje krönika [Peinture sur verre. Extrait d’une chronique familiale autrichienne], Stockholm, Raben & Sjören, 1964. – Stolett vid gränsen (ett gamnaldags äventyr) [Le château à la frontière. Une aventure à l’ancienne], Stockholm, Raben & Sjören, 1965. – Tänk inte med hjärtat [Ne pense pas avec le coeur], Stockholm, Raben & Sjören, 1966. – Hjärtats äventyr [L’aventure du cœur], Stockholm, Raben & Sjören, 1967. – Var stund med varandra [Notre moment l’un avec l’autre], Stockholm, Raben & Sjören, 1968.

SOURCES : « Vilim Horvaj », Enciklopedija Jugoslavije, vol.4, Zagreb, Izdanje i naklada leksikografskog zavoda FRNJ, 1960, p.24. – Lise London, L’écheveau du temps. Le printemps des camarades, Paris, Seuil, 1996, pp.309-311. – Hans Landauer et Erich Hackl, Lexikon der österreichischen Spanienkämpfer 1936-1939, Vienne, Theodor Kramer, 2008 (2e éd.), p.127. – Renée Lugschitz, Spanienkämpferinnen. Ausländische Frauen im Spanischen Bürgerkrieg, Vienne, Lit Verlag, 2012. – Michael F. Scholz, « Gusti Jirku-Stridsberg (« Klara ») und die finnische Friedensopposition 1943/44 », in Manfred Menger et Burkhart E. Poser, Finnland im Brick : Festschrift für Dörte Putensen, Berlin, Saxa Verlag, 2014, pp.191-212. – Ingrid Schiborowski et Anita Kochnowski (éd.), Frauen und der spanische Krieg 1936-1939. Eine biografische Dokumentation, Berlin, Verlag am park, 2016, p.169. – Wilhelm Agrell, « Augustine (Gusti) Franziska Stridsberg », in Svenskt kvinnobiografiskt lexikon.

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