CAUBET Rose [épouse HENRY]

Par Gauthier Langlois

Née le 4 juin 1842 à Rébénacq (Pyrénées-Atlantiques), morte le 3 février 1923 à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne) ; confectionneuse, cafetière, marchande de vin, coquetière ; épouse du communard fouriériste Fortuné Henry, mère des anarchistes Fortuné Henry fils et Émile Henry.

Rose Caubert au procès de son fils Émile Henry en 1894
Rose Caubert au procès de son fils Émile Henry en 1894
Dessin de Maurice Feuillet, L’Univers illustré, 5 mai 1894.

C’était la fille de Jean-Pierre Caubet (1813-1897), charpentier originaire de Rébénacq (Pyrénées-Atlantiques) et de Marie Pailhé (1815-1862), laboureuse originaire d’Agen (Lot-et-Garonne). Comme beaucoup de provinciaux d’origine modeste elle migra à Paris. Elle s’installa au 23 rue du Faubourg Saint-Denis (Xe arr.) chez sa tante Marie Caubet (1820-1902) qui vivait de la fabrication de bourses et de porte monnaie.

Le 16 février 1867 elle se maria à Paris (Xe arr.) avec le journaliste fouriériste Fortuné Henry, alors tireur de sable à Brévannes. Elle avait vingt ans de moins que son mari mais partageait son engagement pour une république démocratique et sociale : elle passait pour une exaltée, une « seconde Louise Michel ». Peu après son mari fit un séjour à Sainte-Pélagie, établissement qui accueillait les prisonniers politiques. Elle alla régulièrement l’y visiter.

La famille s’installa ensuite rue de la Planchette à Brévannes, dans la petite maison que Fortuné avait fait construire face au château, non loin des carrières de sable. C’est là que naquirent les deux premiers enfants du couple : Marie Constance Gabrielle, née en 1867 et décédée en bas âge ; et Jean-Charles Fortuné, né en 1869. Après la Commune Rose se réfugia avec son mari et ses enfants en Espagne dans la banlieue Barcelone où naquirent ses deux derniers enfants, Joseph Félix Émile en 1872 et Jules Paul Emmanuel en 1879.

De retour d’exil après l’amnistie de 1880, la famille s’installa au 5 rue de Jouy (Paris IVe). Fortuné était très diminué physiquement et Rose complétait les maigres revenu de son mari en travaillant comme confectionneuse. La mort de son mari la laissa dans un complet dénuement dont elle témoigna ainsi en 1894 : « Lorsqu’en 1882 je perdis mon mari, ancien membre de la Commune, qui fut soigné par le docteur Goupil, un de ses collègues du comité central, j’étais dénuée de ressources, avec trois jeunes enfants sur les bras. Le docteur voulait ouvrir en ma faveur une souscription publique. La marquise, ma belle-sœur, déclara que je ne pouvais l’accepter. Moi, plongée dans la douleur, comptant, en outre, sur des secours qui me firent défaut, je dis comme ma belle-sœur. Quinze jours après, je n’avais ni pain ni feu. Ma famille nous avait abandonnés. J’allais chez le docteur Goupil et je lui fit part de ma détresse, lui rappelant sons projet de souscription. Mais, ma pauvre dame, me répondit-il, il est trop tard maintenant. Une souscription ne rapporterait rien. Il vaut mieux que je vous adresse à quelques amis que j’ai au conseil municipal. Ils pourront faire, je l’espère, quelque chose pour vous. Alors commença pour moi le plus atroce calvaire, au bout duquel j’obtins la somme de 100 de l’Assistance publique. ».

Rose Caubet s’installa alors avec ses enfants dans la maison de Brévannes que le couple avait cédé à Marie Caubet, leur tante, avant de partir en Espagne. Pour être plus près de son mari, primitivement enterré au cimetière d’Ivry, elle fit transférer son corps dans la plus stricte intimité au cimetière de Brévannes. Dans sa maison elle ouvrit une buvette, dont l’enseigne, baptisée « à l’Espérance » affichait son espoir d’une société plus juste. La buvette, qui faisait aussi restaurant et location de chambres meublées était principalement fréquentée par les ouvriers qui travaillaient alors à la construction de l’hôpital dans le parc du château. Rose Caubet tenta également en vain, en 1883, de faire valoir les droits d’auteurs de son mari qui avait contribué de 1848 à 1855 à l’Éducation nouvelle publiée par Jules Delbruck.

Pour élever ses enfants elle reçut finalement de l’aide de la famille de son mari : la marquise Célestine Gracy de Chamborant, Augustine Agoust, Maria Henry et l’ingénieur Charles Henry ; ainsi que de quelques anciens communards dont Paul Brousse et surtout le docteur Goupil, qui se considérait comme le tuteur des enfants.

Désirant faire honorer la mémoire de son mari par le Conseil municipal de Paris qui comptait plusieurs anciens communards, elle sollicita, en 1887, une concession perpétuelle dans le cimetière de l’Est. Mais les anciens communards du Conseil municipal ne parvinrent pas à s’entendre sur cette demande.

Rose Caubet, les souvenirs de Fortuné Henry et les ouvriers fréquentant le café contribuèrent à l’éducation politique des trois garçons. Les deux ainés héritent des idées révolutionnaires et des métiers de leurs parents. Ils furent sans doute également influencés par d’autres membres de leur famille, dont Augustine Agoust et sa fille Céline Sauriac qui avait réédité en 1882 La Réforme sociale ou Catéchisme du prolétaire écrite par son mari Xavier Sauriac. Les frères Henry, d’abord sympathisants des socialistes possibilistes dirigés par Paul Brousse devinrent ensuite militants anarchistes et se radicalisèrent. L’aîné, Fortuné, fut condamné au cours de l’année 1893 à plusieurs années de prison pour des propos exaltant à la violence. Le puiné, Émile, s’engagea dans la propagande par le fait et commit deux attentats. Quand il fut arrêté, le 12 février 1894, pour l’attentat du café Terminus, la vie de Rose bascula. Avec le docteur Goupil elle fit tout pour sauver la tête d’Émile, le faisant passer pour fou. Puis, après la condamnation de son fils, en tentant de soutirer une grâce par l’intermédiaire de Madame Carnot, femme du président. Après l’exécution de son fils elle fit placer son corps dans la tombe de son mari.

En 1896 elle vivait toujours de sa buvette devenue « Hostellerie de l’espérance » et de l’élevage de poules, en compagnie de ses fils Jules et Henry, de sa tante Marie Caubet et d’un employé nommé Charles Hergault. A des journalistes venus la voir en 1898, elle déclara : « Je ne désire qu’une chose : la tranquillité et l’oubli de mes malheurs ». C’est à l’hospice de Brevannes, qu’elle avait vu construire, qu’elle décèda en 1923, âgée de 80 ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article211350, notice CAUBET Rose [épouse HENRY] par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 9 février 2019, dernière modification le 31 mars 2019.

Par Gauthier Langlois

Rose Caubert au procès de son fils Émile Henry en 1894
Rose Caubert au procès de son fils Émile Henry en 1894
Dessin de Maurice Feuillet, L’Univers illustré, 5 mai 1894.
Rose Caubert et son fils Jules dans la buvette L’Espérance de Brévannes
Rose Caubert et son fils Jules dans la buvette L’Espérance de Brévannes
Dessin de Georges Redon dans L’Univers illustré, 24 février 1894.

SOURCES : Geneanet. — Jurisprudence générale, 1885, partie 2, p. 219-220. — L’Univers illustré, 24 février 1894, 5 mai 1894. — L’Écho de Paris, 17 février 1894. — Le Matin, 6 octobre 1898. — Walter Badier, Émile Henry. De la propagande par le fait au terrorisme anarchiste, Éditions libertaires, 2007. — Gauthier Langlois, « Fortuné Henry (1821-1882), itinéraire d’un communard méridional », Regards sur la Commune de 1871 en France. Nouvelles approches et perspectives. Actes du colloque tenu à Narbonne en mars 2011, à paraître.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément