MARAVAL Paul, Jean, François [pseudonyme dans la résistance : L’Araignée, Paul Maury]

Par Eric Panthou

Né le 8 octobre 1919 à Coursan (Aude), disparu déclaré fusillé par les FTP le 29 juillet 1944 à Chambonnet, commune de Sauret-Besserve (Puy-de-Dôme) ; ouvrier viticole ; Volontaire de l’Espagne républicaine ; membre des Jeunesses Communistes (JC) ; condamné aux travaux forcés pour propagande communiste, évadé, résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP), affecté quelques mois dans un camp des Mouvements Unis de la Résistance (MUR).

Portrait de Paul Maraval aux monuments aux Morts de Coursan

Fils de Honoré, employé à la Compagnie des Chemins de fer du Midi, et de Paule, née Rouge, sans profession, Paul Maraval se maria avec Rose Manoir le 26 avril 1941 à Coursan, une commune ouvrière où le PCF était bien implanté. Il est lui-même issu d’une famille dont le père et d’autres membres étaient communistes. Ses deux oncles paternels étaient viticulteurs.
Un doute subsiste sur la profession de Paul Maraval. Il était cheminot comme son père indique l’avis de recherche le concernant en 1943 tandis que sur tous les autres documents (acte de mariage, arrestation en décembre 1941, acte de décès), il est dit ouvrier agricole ou cultivateur. C’est très sûrement ce métier qu’il exerça, sa veuve mentionnant “ouvrier agricole” comme profession lorsqu’elle fit des démarches pour que Paul Maraval soit reconnu Interné politique. Sa fille, qu’il n’a jamais connue, précise que selon elle il était plus précisément ouvrier viticole, ce qui semble assez naturel dans une famille de viticulteurs et dans une telle région.
Membre des Jeunesses communistes à Narbonne, il s’engagea comme volontaire de l’Espagne républicaine au sein des Brigades internationales. Il aurait passé une grande partie de sa période en Espagne à Barcelone. On sait qu’il est dans cette ville en janvier 1937, logé à la caserne Vorochilov et si on en croit le dos d’une carte postale adressée à sa famille, membre de la Juventudes Socialistas Unificadas de Cataluña, organisation réunissant plusieurs organisations de jeunes et sous le contrôle des communistes. Dans une lettre, on croit comprendre qu’il prépare des murailles en torchis et que les locaux sont propres et misérables. Il est satisfait de la présence de journaux mais aussi de livres. Il est alors membre de la 50e Brigade mixte, escadron motorisé, son adresse étant 77 stations d’opération de l’armée de terre du centre. La 50e brigade a été créée en février 1937, sur le front de Guadalajara. Début mars, toujours en phase d’entraînement dans le secteur de Torija, la 50e BM est impliqué par le début de l’offensive italienne sur le front de Guadalajara. La 50e brigade dut se replier.
Mobilisé à une date inconnue, il fut démobilisé le 30 juillet 1940.
Le 9 décembre 1941, Pierre Baygues, 27 ans, cultivateur à Coursan, était arrêté en flagrant délit en train de distribuer dans son village des tracts communistes, l’Humanité et l’Avant-Garde. La perquisition chez lui par de la section spéciale de la police régionale de Montpellier.permit de découvrir enterrés dans son jardin et recouverts de fumier une machine à polycopier (duplicateur marque Roto). Dans une cuve on retrouva aussi une centaine d’autres tracts. Pierre Baygues avoua que c’était Paul Maraval qui lui avait fourni les tracts ainsi qu’une brochure intitulée “Histoire du Parti communiste”. Paul Maraval fut immédiatement arrêté et reconnu avoir déplacé le duplicateur de Narbonne à son domicile. Le troisième jeune arrêté le même jour est Germain Amouroux, cousin de Paul Maraval, 19 ans, mécanicien dans la commune, déjà condamné en octobre 1941 à deux ans de prison pour propagande pour la 3e Internationale. La police déclara avoir découvert un important centre de propagande.
Ces jeunes recevaient le matériel des responsables régionaux clandestins du Parti. Ce centre était en relation avec celui de Narbonne, démantelé en octobre 1941 suite à l’arrestation de 28 militants. Parmi ces arrêtés de Narbonne et incarcérés à la prison militaire de Montpellier aux côtés de Maraval et ses deux camarades, figure François Carbonnell, de nouveau inculpé dans l’affaire de Coursan. On retrouva deux ans plus tard Carbonnell parmi les évadés de la prison du Puy-en-Velay aux côtés de Paul Maraval et Germain Amouroux. Interrogé en 1959 par la police sur Maraval, Carbonnell déclara qu’en décembre 1941 il était tout comme Paul Maraval membre des “Jeunesses Patriotiques”. Il s’agit d’une erreur car les Forces Unies de la jeunesse patriotique n’ont été créées qu’en 1943 par le PC. Les deux jeunes étaient plus vraisemblablement membres des Jeunesses communistes. Les trois jeunes de Coursan furent déférés à la section spéciale du Tribunal militaire de la 16e région militaire à Montpellier (Hérault).
Le 24 janvier 1942, la section spéciale du Tribunal militaire de la 16e Région de Montpellier condamna Paul Maraval à 8 ans de travaux forcés, 10 ans d’interdiction de séjour et confiscation des biens, pour avoir en 1941 à Coursan eut une activité communiste pour propager les mots d’ordre de la IIIe Internationale et pour avoir détenu une machine à polycopier depuis août 1941. C’est Germain Amouroux qui selon le tribunal aurait donné les consignes à Maraval pour se procurer cette machine. Germain Amouroux fut condamné à 10 ans de travaux forcés, 10 ans d’interdiction de séjour et confiscation des biens, François Carbonnell à 5 ans de prison et une amende de 200 francs d’amende et privation des droits civiques, et Pierre Baygues à un an de prison, 100 francs d’amende et privation des droits civiques. Amouroux et Carbonell furent accusés d’avoir fourni les documents et la machine tandis que Baygues et Maraval avaient abrité matériel et tracts.
À l’été 1939, l’entrée en guerre provoqua, en application du plan de mobilisation, l’ouverture ou la réouverture d’un certain nombre de prisons militaires. Celle de Lodève (Hérault) fut ainsi ouverte en 1940. C’est ici que dans un premier temps, Paul Maraval fut emprisonné.
À Lodève, plusieurs dizaines de prisonniers politiques sont là, des membres du PCF mais aussi des trotskystes, mis en quarantaine sur ordre du comité dirigeant les militants communistes. Dans les discussions qui se mènent au sein de la fraction communiste, on évoque une possible contradiction apportée par Paul Maraval. Dans une conférence faite par Philomen Mioch sur la Révolution d’Octobre, après qu’on ait refusé à un militant trotskyste de répondre aux attaques portées contre Trotsky et les trotskystes “avant-gardes du fascisme et piliers de la réaction”, un Jeune communiste -peut-être Paul Maraval donc- déclara : “Si Trotsky était un traître, pourquoi lui a-t-on confié la tâche écrasante et essentielle d’organiser, puis de commander l’Armée Rouge ?” témoigna Albert Demazière.
À la suite de l’invasion de la zone libre, en novembre 1942, plusieurs prisons militaires trop proches de la côte méditerranéenne, furent d’abord évacuées. La prison militaire de Lodève ferma ainsi ses portes le 1er décembre 1942, les détenus ayant été transférés vers la prison militaire de Mauzac (Dordogne) le 18 novembre précédent. Ils n’y restent qu’un mois puisque le 18 décembre 1942, 34 détenus politiques de Mauzac, rejoints par 16 autres venant de Nontron, furent transférés au Puy-en-Velay. Paul Maraval fut ainsi transféré de Lodève au camp de Mauzac (Dordogne) avant de rejoindre la prison du Puy-en-Velay. Sa femme eut l’autorisation de le voir à Lodève et à Mauzac. C’est donc dans ces trois établissements que Paul Maraval se serait lié avec cinq militants trotskystes, plus particulièrement au Puy.
En prison, selon les témoignages recueillis par Raymond Vacheron, Paul Maraval ne semble pas avoir été aussi discipliné et malléable que ses camarades. On raconte qu’en Espagne, il avait été confronté à des événements qui l’ont rendu méfiant à l’égard de la direction communiste et des directions de l’Internationale. On insiste sur ses traits de caractère : il ne croit personne sur parole, tient sans cesse à être convaincu de la justesse des instructions qui lui sont données ; emprisonné, il discute les analyses politiques de la situation nationale et internationales servies par le “triangle de direction”.
Le 25 avril 1943, 26 prisonniers condamnés pour « menées communistes » par les tribunaux de Vichy s’évadent de la prison du Puy-en-Velay. La liste des 7 cellules de quatre devant être ouvertes a été fixée par le triangle de direction. Paul Maraval était pressenti, mais il refusa de s’évader, comme le frère de l’un des principaux cadres communistes, Philomen Mioche. Son frère refusa de partir parce qu’il n’avait pas reçu assez de garanties sur la logistique prenant en charge les évadés. Il n’avait peut-être pas tort puisque la police parvint à capturer 16 de ces évadés dont Augustin Ollier, le principal organisateur de la fuite.
Si Maraval faisait partie de ceux devant s’évader, on peut penser que c’est notamment parce que malgré son jeune âge il pouvait être considéré comme un militant expérimenté compte-tenu de son engagement dans les Brigades internationales, ce qui, militairement, est important dans cette période d’intensification de la lutte armée.
La redistribution des cellules a ensuite été rendue nécessaire par l’arrivée des 16 repris et de 21 détenus arrêtés dans les jours qui ont suivi la première évasion. Paul Maraval est alors enfermé dans la cellule avec trois autres prisonniers, dont deux trotskystes, Demazière et Reboul. C’est là sans doute qu’il aurait été “gagné” politiquement si on en croit le témoignage d’Albert Demazière.
Tous ces hommes firent partie des 79 prisonniers qui quelques mois plus tard, dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943 purent s’évader grâce aux FTP. L’opération fut un succès. Pierre Broué et Raymond Vacheron ont recueilli des témoignages qui décrivent Paul Maraval comme très actif au moment de l’évasion, désarmant les gendarmes et clamant sa joie.

La majorité des évadés furent conduits au maquis « Wodli ». Ce maquis avait été créé par les Francs-tireurs et partisans (FTP) c’est-à-dire la branche armée du PCF. Localisé au lieu-dit Raffy, commune de Queyrière (Haute-Loire), ce maquis fut l’un des plus importants de la région, regroupant notamment de nombreux militants venus de la Loire, toute proche. Les trotskystes y furent placés sous une étroite surveillance. Albert Demazière parvint à s’enfuir mais Pietro Tresso, Jean Reboul, Abram Sadek et Maurice Segal furent exécutés fin octobre 1943, peut-être le 26 ou le 27, sur ordre des responsables du maquis, appliquant les consignes « venues d’en haut » affirment Pierre Broué et Raymond Vacheron.
On ne trouve plus trace dans les archives de Paul Malaval suite à l’évasion. La suite de son histoire s’écrit sur la base des témoignages recueillis, des hypothèses, des non-dits et sur son avis de décès figurant sur son acte de naissance.

Il aurait été transféré immédiatement en camionnette dans le Puy-de-Dôme vers le camp FTP Gabriel-Péri selon les recherches menées par Raymond Vacheron. Il aurait donc fait partie du second groupe d’évadés, le premier étant envoyé vers le camp Wodli en Haute-Loire, un troisième vers Pinol, en Margeride et un dernier vers Saint-Etienne, d’où provenaient nombre des 50 condamnés politiques évadés.
Ce sont Charles Jouan alias Charlot et Pierre Marion alias Georges, qui ont ramené ce groupe à Cacherat d’Espinasse au camp Gabriel-Péri. Deux camions devaient initialement venir du Camp pour récupérer les évadés, mais ils n’étaient pas présents au moment de l’évasion, ce qui compliqua les choses et limita sans doute le nombre de transferts vers le camp. Selon René Gentgen, ceux transférés vers le Puy-de-Dôme étaient les prisonniers les plus fatigués, qui avaient besoin d’un temps de repos, tandis que les autres étaient directement envoyés au camp Wodli pour combattre. Cette vision des choses n’est pas assurée. L’arrivée d’hommes expérimentés au camp semble plutôt avoir été vécue comme un apport important.
Ils sont 18 au total à arriver au camp Gabriel-Péri : Jean Burle (déjà évadé le 25 avril du Puy, puis repris), Clovis Chirin et Joseph Dumont, tous les 3 acheminés en voiture, et les 15 autres en camionnette : Joseph Lamouroux, Philomen Mioche, Oscar Vannini, Camille Elzière, Michel Navarro (ces cinq déjà évadés le 25 avril du Puy, puis repris), Germain Amouroux, Antonio Barba, François Carbonell, Jean Casanova, Jean-Louis Guillaume, Paul Maraval, Frantz Roucaute, Pablo Morera, et deux jeunes pas encore jugés, Etienne Rouanet et Roger Berlot. Maraval, Amouroux et Carbonell sont ensemble depuis fin 1941 déjà. Carbonnel déclara en 1959 avoir été le compagnon de cellule de Maraval pendant toute leur incarcération.
Parmi ces 18 hommes, seule une minorité figure sur les listes de FTP ayant fait partie des effectifs des formations homologuées après guerre dans le Puy-de-Dôme : Joseph Lamouroux Philomen Mioche, Jean Casanova, Jean-Louis Guillaume et Antonio Barba. On ignore à quelle unité les autres évadés ont été rattachés. Carbonnel quitta le camp un mois après l’évasion si on en croit ses dires en 1959.
Trois autres des 17 hommes accompagnant Maraval furent tués dans les mois suivants. Jean-Louis Guillaume, un jeune cadre communiste du Bouches-du-Rhône figurant sur les listes noires du Parti pour une série de fautes qui lui étaient reprochées mourut le 27 décembre 1943 à Saint-Jean-en-Val (Puy-de-Dôme) aux côtés de Jean Casanova, lui aussi évadé du Puy, et deux autres camarades. Leur convoi avait été intercepté par un barrage allemand. Clovis Chirin fut tué dans les combats pour la libération de Thiers.

Jusqu’à la consultation en mars 2019 de son dossier d’attribution de la carte d’Interné politique, hormis quelques témoignages oraux, on ne savait rien sur ce qu’est devenu Paul Maraval après cette évasion hormis qu’il vit son épouse vers avril 1944 dans le Puy-de-Dôme et qu’il participa peut-être à une action armée spectaculaire à Clermont-Ferrand le 15 décembre 1943. Il ne dispose pas d’un dossier de Résistant au service historique de la Défense à Vincennes et s’il a bien un dossier aux Archives des Victimes des Conflits Contemporains à Caen, son nom ne figure pas sur la base en ligne sensée recenser l’ensemble des personnes ayant un dossier ! On ne trouve pas davantage trace de lui dans les ouvrages, articles ou sites Internet retraçant l’histoire de la Résistance en Auvergne ni, s’il a bien été cheminot, dans le Mémorial des cheminots victimes de la répression. Il figure néanmoins sur la base MémorialGenweb, avec son portrait figurant sur le Monument aux Morts de Coursan. Il est indiqué à tort qu’il est “Mort pour la France”, l’auteur de la notice s’étant fié sur l’inscription figurant sur la plaque en mémoire de Paul Maraval. Cette inscription a en réalité été ajoutée par des membres de sa famille, influents au sein du Conseil municipal après-guerre, une inscription non conforme à une décision officielle du Ministère des Anciens Combattants. Pour autant, il ne semble pas qu’il y ait eu de démarches faites par la famille en vue d’une reconnaissance de Paul comme “mort pour la France” ou pour qu’il obtienne à titre posthume la carte de Combattant volontaire de la Résistance (CVR) ou carte du combattant au titre de la Résistance. Seule la démarche pour la reconnaissance d’Interné politique ayant abouti.

La formation Gabriel-Péri agissait en particulier dans les Combrailles, au nord-ouest du Puy-de-Dôme. Le camp se trouva considérablement renforcé par ces arrivées puisque selon le décompte des effectifs dont les services ont été homologués, il ne comptait que 33 membres avant le 1er octobre, les actions recensées avant cette date ne réunissant jamais plus de dix hommes.
Grâce à l’arrivée des évadés du Puy, le groupe mena plusieurs actions spectaculaires, notamment l’attaque de l’Hôtel du Midi (parfois appelé Hôtel du Globe) à Clermont Ferrand, le 15 décembre 1943. Cet hôtel était réquisitionné par les Allemands pour leur servir de mess.

Un récit de ces événements fut publié en 1964 dans la Voix des Bibs, l’organe de la section Michelin du PCF. Dans un ouvrage paru 33 ans plus tard, signé Jean Sanitas, Paul Maraval reprend presque mot pour mot ce récit. La seule différence, très significative, c’est que lui, met un nom sur celui qui dans l’article paru dans La Voix des Bib était désigné par le nom de guerre l’Araignée. Pour Sanitas, Paul Maraval est présenté comme faisant partie du commando de quatre hommes ayant attaqué l’hôtel. C’est d’ailleurs le seul qui est identifié par son nom et prénom, l’auteur affirmant ne pas avoir trouvé dans les archives les noms de ses 3 camarades qui ont pour nom de guerre Casimir, Maurice et Langlois, un jeune de 17 ans. Paul Maraval est lui surnommé l’Araignée, nom sans doute lié à sa grande taille.
Les quatre hommes seraient partis du secteur de Pontaumur, chef-lieu de canton à proximité de là où était implanté le camp Gabriel-Péri en cette période. L’ouvrage de Jean Sanitas est à prendre avec beaucoup de précautions. D’abord, les dates de l’attentat sont fausses, septembre au lieu de décembre 1943. Jean Sanitas prétend que le camp Gabriel-Péri, après avoir compté une douzaine de volontaires à son origine, ce qui est exact, en compterait au moment de l’attaque de l’Hôtel du Midi “plusieurs centaines” ! En réalité, ils sont moins d’une centaine quand l’attaque de l’Hôtel eut lieu. Et comme Jean Sanitas dit ne pas connaître les noms des membres du commando en dehors de Maraval, il n’a pu recueillir leurs témoignages directs. C’est donc une reconstitution des faits et des dialogues à partir de l’article paru 33 ans auparavant dans La Voix des Bibs. Maurice, présenté comme lieutenant, est selon Jean Sanitas le chef de l’expédition (Selon une autre source, plus fiable, cette attaque aurait été dirigée par Jean-Eugène Chalus, alias commandant Leduc). Il est à l’arrière avec Paul Maraval. A leur arrivée, ils font un premier passage pour repérer le lieu de l’attaque. Selon les propos prêtés à Maraval, ils ont en appui une ou plusieurs sizaines, c’est-à-dire des FTP sédentaires en armes prêts à les soutenir en cas de repli. Selon Jean Sanitas, c’est Paul Maraval qui détenait le Fusil-Mitrailleur et qui l’utilisa avec sang-froid pour délivrer plusieurs rafales en arrivant, puis en repartant, abattant de nouveaux des officiers. Entre temps, les deux jeunes à l’avant seraient descendus pour lancer chacun une grenade.
Pourquoi Jean Sanitas évoque-t-il la mémoire de Paul Maraval alors que la question du sort de ce dernier est une question sensible dans les milieux de la résistance du Puy-de-Dôme auquel il appartient ? Par défiance envers la direction du PCF, lui qui l’a quittée pour rejoindre une formation communiste dite orthodoxe ? Pour d’autres raisons ? Le fait qu’il signale le nom de Maraval est d’autant plus significatif qu’il avait été soigneusement évité dans l’article paru dans la Voix des Bibs.
En tout cas, il est possible que les deux hommes se soient connus puisque Jean Sanitas, alors âgé de 16 ans, fut libéré par les Allemands le 11 juin 1944 après avoir été arrêté avec son père et son frère quelques semaines plus tôt, et rejoignit immédiatement le camp Gabriel-Péri.

Il est assuré que Paul Maraval a bien agi dans le Puy-de-Dôme durant cette année 1944 puisqu’au printemps, en mars, il retrouva son épouse venue le voir. De cette rencontre naquit leur fille, Renée, le 4 janvier 1945 à Coursan. Plusieurs autres témoignages, recueillis par Raymond Vacheron, attestent de l’action de Maraval au sein du camp Gabriel-Péri.

Germain Amouroux, son cousin et compagnon de cellule et d’évasion, déclara en avril 1958, interrogé dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Maraval, qu’ils s’étaient évadés ensemble et avaient été envoyés au camp Gabriel-Péri d’où “il participa à de nombreuses actions contre l’ennemi”. Germain Amouroux, qui ne précise pas lors de cette audition qu’il était le cousin de Maraval, ajoute que lui-même quitta bientôt le camp et que Paul Maraval y resta. François Carbonell, interrogé le même jour à Narbonne, fit une déclaration identique, précisant que pour sa part il quitta le camp Gabriel-Péri fin 1944, dirigé sur un autre camp.

Michel Navarro, également compagnon de cellule de Maraval au Puy-en-Velay, apporta des précisions importantes. D’une part, il indiqua que le nom de guerre de Maraval était bien Paul Maury, comme son épouse l’avait indiqué en 1947 dans sa demande d’avis de recherche. Navarro précise que lors de l’évasion, Paul Maraval et lui ont été envoyé au camp Gabriel-Péri mais pas dans le même groupe. Mais en décembre 1943, ils se sont rejoints pour transférer le camp vers le sud du département. Ces affirmations correspondent à la réalité, le camp ayant dû fuir les Combrailles au nord ouest du Puy-de-Dôme, pour rejoindre provisoirement le sud-est, avant de devoir de nouveau se déplacer sous la menace allemande. Navarro précise : À ce moment là, nous avons été surpris par les Allemands et nous fûmes obligés de nous séparer puisque nous n’étions pas en mesure de tenir le combat, vu le manque de munitions.” Navarro fait sans doute ici allusion au combat de Sarpoil, commune de Saint-Jean-en-Val, le 27 décembre 1943. Lors d’un transfert en camions, les hommes du camp sont arrêtés par un barrage. Les hommes du premier véhicule sont arrêtés et exécutés, les autres ripostes et s’enfuient. C’est sans doute là que Maraval et Navarro ont été séparés. Navarro précise lors de sa déposition faite dès le 1er décembre 1944 et alors qu’il est membre du Bataillon de sécurité FFI de Narbonne : “Depuis lors, je n’ai plus de ses nouvelles, sauf celles d’un Commandant de Guérilleros qui me dit, lors de son passage à Narbonne, que Maraval était dans le centre, dans les FFI”.

Qui est ce Commandant de Guérilleros ? Comment savait-il que Maraval était dans le centre ? On l’ignore.

Un tableau des effectifs précis du maquis Nestor Perret -maquis fondé sur la commune de Saint-Julien-la-Geneste (Puy-de-Dôme) le 26 août 1943 et qui après le 17 mai 1944 dut se déplacer dans l’Allier- établit que Paul Maraval aurait appartenu à ce camp à compter du 2 janvier 1944 et qu’il le quitta le 5 mai 1944. Or, ce camp n’était pas un camp FTP mais un camp relevant des Mouvements Unis de la Résistance. Il le quitta pour le motif suivant : “Départ aux FTP autorisé” écrit Paul Gannat, alias Georges, l’un des pionniers de ce maquis et auteur de ce tableau.

On peut donc supposer qu’à la suite du combat de Sarpoil, Maraval a été séparé d’une partie du groupe et à quelques jours après put rejoindre les Combrailles, au nord ouest du département, et intégrer non plus le camp Gabriel Péri, déplacé, mais le camp Nestor Perret, un camp qui ne comptait que 18 membres à son arrivée et ne dépassa jamais un effectif supérieur à 25 hommes. Pour quelle raison n’a t-il pas rejoint une formation FTP ? Maraval fut le seul parmi les 25 hommes composant le camp, avec Adolphe Noudelberg, à être autorisé à rejoindre les FTP.
Que s’est-il passé après le 17 mai quand Paul Maraval quitte Saint-Julien-la-Geneste et le camp Nestor Perret et le 29 juillet 1944 où il aurait été exécuté à 13 kilomètres au sud-est, à Sauret-Besserve ?

A la Libération, la famille a cherché ce qui était advenu de Paul Maraval. Son père, Honoré, se déplaça en Auvergne. Le frère d’Honoré, il y a maintenant 30 ans, en 1988, et le petit-fils de Paul Maraval aujourd’hui, confirment qu’Honoré Maraval n’obtint alors aucune réponse sur le lieu, la date et les circonstances de la disparition de son fils. Honoré ne put rencontrer alors Germain Amouroux qui était encore dans la région.
L’absence de réponse concernant les raisons de cette exécution est demeurée jusqu’à la parution de l’ouvrage de Pierre Broué et Raymond Vacheron. Le 14 décembre 1946, un avis officiel de disparition (n°37226) concernant Paul Maraval fut lancé par le Ministère des Anciens Combattants,, renouvelé -on ne sait pourquoi- le 23 avril 1947 (n°582882). Il est précisé dans ce dernier document que le pseudonyme de guerre de Paul Maraval était Maury, qu’il était FFI au sein du camp Gabriel-Péri et que la date de sa disparition est fixée au 2 août 1944. Ces avis font suite à la démarche de sa veuve qui a rempli à trois reprises (28 juillet et 28 novembre 1946 puis 17 mars 1947) une “demande formulée en vue d’obtenir la régularisation de l’état-civil d’un “non rentré””, datée du 17 mars 1947. C’est ici qu’elle mentionne à chaque fois le pseudonyme de son mari et la date du 2 août 1944 comme celle où elle aurait eu les dernières nouvelles le concernant. La feuille de recherche rédigée par le Ministère des prisonniers déportés et réfugiés précise que la femme de Paul Maraval l’a vu pour la dernière fois en mars 1944.

C’est donc suite à ses démarches, qu’il y eut un jugement du tribunal civil de première instance de Narbonne (Aude) le 7 août 1947. Il est indiqué ici : “Attendu qu’il résulte de l’enquête qui a été effectuée qu’il appartenait à un groupe de FTPF du Puy-de-Dôme et qu’il a été fusillé par ses camarades du maquis le 29 juillet à Chambonnet (Puy-de-Dôme). Attendu que son exécution a fait l’objet d’une information devant la Justice militaire qui a été clôturée par une ordonnance de non lieu au motif de ce que les faits apparaissaient comme étant légitimés par l’ordonnance du 6 juillet 1943 ; attendu qu’ainsi le nommé Maraval étant décédé dans des circonstances de guerre son décès, il convient de faire déclarer judiciairement son décès sans que lui soit toutefois attribuée la mention “Mort pour la France”.

Ainsi, dès août 1947, la famille de Paul Maraval recevait la confirmation de son exécution par les FTP, mais apparemment sans aucun motif, ce qui fut certainement à l’origine du silence qui s’abattit sur la famille à propos de Paul Maraval, celle-ci craignant qu’il ait pu être exécuté pour avoir trahi ou commis une faute grave. En effet, le jugement précisait que les faits -l’exécution- “apparaissaient comme étant légitimés par l’ordonnance du 6 juillet 1943” c’est-à-dire étaient considérés comme des actes contribuant à la liberté de la France. C’est l’Article 1er qui couvre, pour la Justice, ce crime. “Sont déclarés légitimes tous actes accomplis postérieurement au 10 juin 1940 dans le but de servir la cause de la libération de la France quand bien même ils auraient constitué des infractions au regard de la législation appliquée à l’époque”. Dans une telle perspective, Paul Maraval était assimilé à un ennemi dont l’élimination était couverte par l’ordonnance de De Gaulle.

Chambonnet est un lieu-dit de quelques maisons où stationna le maquis FTP Gabriel-Péri. Dans l’état civil de Sauret-Besserve et dans celui des communes avoisinantes, la mort de Paul Maraval ou d’un inconnu n’est jamais signalée à cette date. Pierre Broué et Raymond Vacheron s’interroge à raison. “Qui a bien pu donner la date et le lieu au tribunal de Narbonne ?” Le dossier de Paul Maraval à Caen ne présente aucun document témoignant de ce décès au moment de l’enquête en 1947.
Ne pourrait-il pas s’agir de son cousin Germain Amouroux qui avait partagé la vie de Maraval depuis leur arrestation en décembre 1941 jusqu’à leur évasion d’octobre 1943 et encore quelques mois supplémentaires dans le maquis FTP ?
Voici le témoignage en larmes de l’un des évadés, compagnon de Maraval, alors âgé de 80 ans quand il répond à Raymond Vacheron en 1992 :
“Maraval c’est une sale histoire, comme il y en eut malheureusement d’autres. Ce qu’il est advenu, Burles et X peuvent vous le dire… C’était un garçon qui avait du caractère, qui ne voulait pas obéir sans comprendre. Il avait derrière lui l’expérience tragique de la guerre d’Espagne et de tout ce qui s’était déroulé là-bas. (...) Surtout, je ne vous ai rien dit. Mais quand j’ai appris la vérité, je n’étais pas content et j’ai fait du bruit.”
Germain Amouroux n’a jamais voulu parler de ces événements avec sa famille et en particulier les parents et l’épouse de son cousin. Il est cependant probable qu’il soit celui qui a informé le tribunal civil de Narbonne du lieu et de la date de la mort de Paul Maraval car il n’existe aucune trace de ce décès sur le registre d’état civil de Sauret-Besserve. Germain Maraval a pourtant accepté de parler. En 1992, alors que sur la cinquantaine des évadés de la prison du Puy-en-Velay encore vivants interrogés par Raymond Vacheron, tous sauf trois n’avaient rien dévoilé, Germain Amouroux fut celui qui, interrogé dans les derniers, fit les confidences les plus précises. Il reconnut que son cousin avait été exécuté par les FTP.

Voici la retranscription de ces échanges tels qu’ils figurent dans l’ouvrage de Pierre Broué et Raymond Vacheron.

Raymond Vacheron : “Maraval a été liquidé ?”
Germain Amouroux : “Oui, Maraval a été liquidé.”
R. V. : “Il refusait les ordres ?”
G. A. : “Oui, quelquefois. Il s’absentait du camp sans rien dire, pour aller à Riom ou à Clermont-Ferrand. S’il avait été suivi, il faisait tomber tout le camp”.”
R. V. : “A-t-on su au maquis dans quelles conditions il avait été exécuté ?”
G. A. : “C’était en avril 1944, ou quelques semaines plus tard (...). Son corps est au pied d’un barrage… On m’a dit : “tu sais, il n’en sortira pas, il est coffré dans le ciment, il est coulé dans le ciment du barrage”.

Germain Amouroux avoua aussi qu’il avait reçu l’ordre de la direction du Puy-de-Dôme de se cacher quand quelques semaines ou mois après la Libération, le père de Paul Maraval vint en Auvergne pour retrouver son fils, la direction craignait qu’en rencontrant son oncle, Germain Amouroux craque et avoue la vérité.
Germain Amouroux ajouta que cet assassinat lui avait causé bien des "problèmes". On ignore s’il évoquait ici sa situation ultérieure à l’intérieure du Parti ou les conséquences de cette affaire au sein de sa famille.

Si Pierre Broué et Raymond Vacheron en conclurent que ces témoignages mettaient en cause implicitement Jean Burles, ils précisèrent immédiatement que rien de précis ne permettait d’accuser Burles de cette mort et que par ailleurs ce dernier n’était resté que quelques jours au maquis Gabriel-Péri. Il n’est même pas certain qu’il ait été dirigé sur le camp Gabriel-Péri. Dans un récit qu’il fait à la direction du PCF sur cette période, conservé dans son dossier au siège du Parti, il dit avoir rejoint Aubières, dans l’agglomération de Clermont-Ferrand, en voiture, avec Hippolyte Mouroux, de l’Allier, et un cadre du Puy-de-Dôme, non nommé. Il aurait dirigeait un “maquis FTP limite Puy-de-Dôme et Creuse” durant un mois -le camp Gabriel-Péri- puis il fut envoyé dans l’Allier et en janvier 1944 il est rejoint Toulouse où il restera jusqu’à la Libération.

On peut s’interroger sur le fait qu’un homme comme Paul Maraval, suspect pour son comportement en prison l’été 1943 ait été exécuté près d’un an plus tard. Pour nous, l’assassinat de Paul Maraval n’est pas la sanction pour son attitude ou ses propos en prison mais davantage pour ce qu’il a pu dire ou faire depuis et plus particulièrement les jours ou semaines qui ont précédé sa mort.

A t-on voulu se débarrasser d’un militant influencé par les trotskystes, bref, s’agit-il d’un assassinat politique ? Dans le Bulletin interne du Parti Ouvrier Internationaliste (POI) de l’époque, Albert Demazière signala qu’un militant communiste avait été convaincu en prison par les militants du POI. Ce qu’on peut considérer comme une imprudence de Demazière, combinée aux propos et attitude de Maraval, furent ils la cause de cette exécution ?

Pourquoi exécuter un militant suspecté de “trotskysme”, isolé au sein d’un groupe de dizaines d’autres maquisards ? Son attitude, ses propos mettaient-ils en danger le maquis vis à vis de l’ennemi ? Ou mettaient-ils politiquement en difficulté les dirigeants du maquis vis-à-vis des lendemains de la Libération ?

Est-ce que l’anticonformisme de Maraval, indépendamment de sa dimension politique, a pu aussi être la raison de son exécution parce qu’il aurait contrevenu aux ordres. C’est ce que laisse aussi entendre un des témoignages recueilli par Raymond Vacheron, un témoignage qui avait plutôt intérêt à faire reposer la faute sur Maraval plutôt que sur les donneurs d’ordre.

Le silence absolu non seulement sur les causes de son décès mais sur son existence même et sa disparition, laisse plutôt à penser que la direction communiste du maquis a pris une décision qu’elle ne voulait pas voir commentée et donc que les raisons sont sans doute plus complexes qu’une sanction pour désobéissance. Ce silence a été non seulement maintenu par la direction du PCF mais aussi par tous ceux qui savaient, tous ses anciens camarades de cellule qui l’avaient accompagnés au camp Gabriel-Péri ou tous ses nouveaux camarades qui ont été ses compagnons de lutte pendant dix mois ; des hommes qui ont affronté la prison militaire, le maquis, les combats et pris les pires risques mais qui au moment où un ordre fut donné d’exécuter l’un d’entre eux ne firent rien pour s’y opposer et gardèrent ensuite le silence sur ces événements.

Concernant les circonstances de ce décès et l’éventuelle dissimulation du corps dans le ciment d’un barrage, s’il n’y avait aucune barrage en construction à cette époque dans ce secteur, il y avait deux barrages à proximité, dont celui des Garachons, sur la commune de Sauret-Besserve, sur lequel des travaux d’entretien auraient eu lieu en 1944, sans pouvoir en fixer la date précisément. La dissimulation du corps de Paul Maraval coulé dans le ciment du barrage a donc été possible, comme l’indiquait un témoignage.

Une autre version existe, émanant de Roger ROBERT alias René, Chef MUR du camp Nestor Perret auquel Paul Maraval fut rattaché pendant les cinq premiers mois de 1944. Selon son témoignage écrit, Paul Maraval fut “victime d’un semblant de règlement de compte vers Charensat”. Peut-on établir un lien avec le corps qui fut retrouvé le 1er juin 1944 dans l’étang de Chancelade à Charensat, entouré de fil de fer une balle dans la nuque selon la presse de l’époque ? Une enquête fut alors diligentée par la PJ et la gendarmerie de Saint Gervais d’Auvergne. L’homme retrouvé mort l’était depuis une quinzaine de jours, mesurait 1,70 m. et était châtain, âgé de 25 à 30 ans. La taille ne correspond pas.

Ce qui est assuré, c’est que Paul Maraval fit partie des évadés du Puy, qu’il a agi pendant des mois au sein du camp Gabriel-Péri, qu’il disparut ensuite, qu’il ne fait pas partie des morts recensés par la formation Gabriel-Péri et que les chefs du maquis, interrogés en 1958, affirment ne pas connaître Paul Maraval. Il y a donc dissimulation de sa disparition par la direction du maquis donc par la direction du PCF. Et si le tribunal de Narbonne en 1947 déclare que Paul Maraval “a été fusillé par ses camarades du maquis”, c’est bien qu’il disposait d’éléments suffisamment probants pour établir ainsi les faits.

Devant cette décision du tribunal, légitimant l’exécution comme acte relevant des actions pour la libération de la France, mais aussi devant les silences et l’absence de reconnaissance du titre de résistant, la famille s’est mise à douter, craignant qu’il ait pu être victime de l’épuration, qu’il ait pu être exécuté pour trahison.
Cependant, à la suite du jugement de Narbonne fixant sa date de décès, les droits aux victimes de guerre ont été attribués à la famille Maraval, à une date qu’on ignore. Des militants PCF de Coursan et du secteur sont d’ailleurs intervenus pour accélérer ces démarches et en faire profiter sa veuve. Dans le même temps, sa veuve, remariée, a entrepris plusieurs procédures pour faire reconnaître son ex-mari comme résistant FFI, résistant interné et interné politique.

Le 22 janvier 1948 elle dépose un dossier d’homologation d’appartenance aux Forces françaises de l’intérieur (FFI). La Commission départementale donna un avis favorable le 25 février 1948 à cette demande, proposant qu’il soit homologué avec le grade de sergent-chef et avec trois ans d’ancienneté, de son arrestation le 1er décembre 1941 au 2 août 1944. Dans le formulaire dont nous disposons, conservé par la famille, n’apparaît pas l’avis ou décision de la Commission régionale. Nous ne savons donc pas si Paul Maraval a effectivement été homologué FFI.

En janvier 1957, elle dépose un dossier de reconnaissance du titre d’Interné politique pour Pau Maraval. Et en avril 1958, elle s’est vue rétablie dans son rôle de tutrice de sa fille, par un conseil de famille, tandis qu’Honoré Maraval était désigné subrogé-tuteur, c’est-à-dire chargé de superviser la tutelle. Il fut plus tard remplacé par son frère. La fille de Paul Maraval fut reconnue pupille de la Nation.

Le 21 juin 1959, Paul Maraval a reçu à titre posthume le titre d’Interné Politique. Il est là aussi dit qu’il est mort le 29 juillet 1944 à Chambonnet, sans que soit précisée la commune concernée. C’est sa veuve qui engagea la procédure, en 1958 visiblement. Curieusement, alors qu’elle indique la ligne au dessus qu’il est décédé le 29 juillet, à la question “date et lieu des dernières nouvelles”, elle écrit “2 août 1944”. Son identité de résistant pourrait être “Paul Maury”, selon la réponse apportée par son épouse.

Suite aux démarches de celle-ci, une enquête de police fut menée à Clermont-Ferrand pour connaître les circonstances de l’exécution de Paul Maraval. Dans la courte lettre rendant compte de l’enquête, datée du 8 décembre 1958, sans expéditeur ni destinataire et sans signature, il est dit que celle-ci n’a donné aucun résultat. “Les responsables FTPF du maquis Gabriel-Péri n’ont jamais connu Paul Maraval. D’autre part, les renseignements recueillis au village de Chambonnet, commune de Sauret-Besserve, confirment les déclarations des responsables de ce maquis. Trois exécutions sommaires ont bien eu lieu à Chambonnet. Les trois victimes ont été identifiées et Maraval n’était pas parmi eux”.

Que les responsables du maquis Gabriel-Péri déclarent ne pas connaître Paul Maraval alors qu’il y ait resté pendant dix mois selon plusieurs témoignages, et ce au moment même ou d’autres membres du camp Gabriel-Péri disent avoir été les compagnons de Maraval, est pour le moins surprenant. On ne connaît pas l’identité de ces “responsables” interrogés. S’agit-il de Robert Delmas, alias Lucien ou Pierre Monédière, alias commandant Thomas, chef de détachement au Gabriel Péri ?

Concernant sa plaque au Monument aux Morts de Coursan. Pierre Broué et Raymond Vacheron affirment que contrairement aux autres plaques, celle de Maraval n’a pas de date de décès. Ce n’est pas tout à fait exact. Sa plaque est tout à fait similaire dans sa forme et présentation aux autres plaques des tués de la guerre 1939-1945, avec nom, prénom, date de naissance, mention “Mort pour la France” et date et lieu de décès. Ce qui distingue la plaque de Paul Maraval des autres, c’est que la date et le lieu du décès ne concernent pas une date précise et une commune, mais juste la mention “Mort pour la France dans le Maquis en 1944”.

En 1987, un jeune couple, sans doute, Jean-Paul Maraval et sa compagne, assistèrent à la présentation du livre de Lucien Volle sur l’épopée du Groupe Lafayette dans la Résistance en Haute-Loire. L’auteur, interrogé sur les circonstances de la mort de Maraval, avoua son ignorance bien normale puisqu’il n’eut aucun lien avec les FTP et les évadés du Puy. Le couple partit rapidement sans que Lucien Bastet, un passionné d’histoire de la Résistance dans la région, présent, puisse les contacter. Ce dernier s’intéressa cependant à cette affaire et écrivit à l’oncle de Paul Maraval.
A peu près à la même période où cette rencontre eut lieu en Haute-Loire et ces échanges entre Lucien Bastet et l’oncle de Paul Maraval, un membre de la famille avait écrit à Albert Demazière, le 5éme militant trotskyste qui lui avait pu se sauver après l’évasion du Puy. Il s’agit sans doute de cet oncle.

Selon ce dernier, dans ses échanges avec Lucien Bastet, Paul Maraval serait mort lors d’une embuscade et tomba sous les balles. Ses camarades auraient crié “Le grand est tombé” en découvrant son corps. Dans leur enquête, qui survint quelques années plus tard, Raymond Vacheron et Pierre Broué obtinrent dans un premier temps la même réponse “officielle” : C’est dans le secteur de Sauret-Besseve qu’il aurait été abattu fin juillet lors de combats. En 1948, un avis de recherche de la direction départementale des anciens combattants de l’Aude mentionnait aussi la formule “décédé au cours des combats de la Libération”. Or, il n’y a pas d’autres décès signalés dans le département ce jour-là, hormis un FTP exécuté à Thiers, à 90 km de Sauret-Besserve. Et aucun mort n’est signalé à cette date ou ce lieu, même de façon approximative, par l’officier ayant établi la liste des morts du camp Gabriel-Péri.

Lucien Bastet parvint à obtenir une réponse de Germain Amouroux, après l’avoir sollicité deux fois auparavant. Le 9 mai 1988, ce dernier transmit les photocopies des actes de naissance et de transcription de décès de Paul Maraval à Lucien Bastet.
Celui-ci s’étonna du fait qu’en principe le jugement déclaratif de décès est prononcé par le Tribunal civil du département du lieu de décès et non celui de naissance comme ce fut le cas ici. D’autre part, le jugement du Tribunal de Narbonne ne stipule pas l’obligation faite de faire figurer ces mentions de décès sur le registre des décès de la commune du lieu de décès dans le Puy-de-Dôme. De même, il s’étonne qu’on fasse figurer un nom de lieu qui n’est pas celui d’une commune mais en l’occurrence un lieu-dit.

Lors de cette rencontre du 7 août 1987 à Brives-Charensac, la jeune femme qui interrogea Lucien Volle, évoqua une possible disparition au maquis de Meygal, c’est-à-dire le maquis rejoint par le deuxième groupe d’évadés du Puy à Queyrières, au lieu-dit Raffy en haute-Loire. Au cours de cet entretien, le couple évoqua le nom de Georges, Armand Cabane, né le 20 octobre 1911 au Vigan (Gard). Celui-ci fut condamné à Marseille en 1942 à 8 ans de Travaux forcés pour activité communiste. Emprisonné au Puy, il fut membre du triangle de direction du collectif des détenus jusqu’au 24 avril 1943, date à laquelle il s’évade Il fut plus tard homologué Résistance intérieure française (RIF) et a un dossier de résistant au SHD Vincennes (GR 16 P 98998). Dans un document de deux pages qu’il écrivit sans doute vers 1989, aujourd’hui déposé aux Archives départementales du Puy (“Affaire Maraval”, Lucien Bastet s’interroge. “A quel titre a-t-il été cité ?” Il conclut en s’interrogeant sur les possibles rapprochements avec la mort des trotskystes qui auraient été exécutés dans le cadre de cette épuration par les FTP ?

Ces réflexions venaient quelques années avant le travail d’enquête de Pierre Broué et Raymond Vacheron qui ont recueilli des témoignages suffisamment fiables pour assurer que Paul Maraval a bien été exécuté sur ordre. Par qui ? A quel niveau la décision a été prise ? Quels étaient les motifs exacts de cette décision ? Nous l’ignorons.

La disparition de Paul Maraval fut bien-sûr un drame comme le connurent des dizaines de milliers de familles dont les filles, pères, filles ou mères étaient morts fusillés, exécutés sommairement ou en déportation, mais elle fut aussi et peut-être surtout un drame par les silences, l’oubli, les sentiments de trahison qui l’entourèrent.
Honoré Maraval, meurtri par la mort de Paul puis celle de son plus jeune fils Paul, ne laissa rien filtrer de ses sentiments. Dans une famille de militants communistes, la peur que son fils ait pu être exécuté pour avoir trahi conforta sans doute ce silence. Ce sentiment de trahison était surtout exacerbé par la présence à proximité de celui qui savait sans doute la vérité et qui jusqu’à sa mort n’a jamais rien dit : Germain Amouroux, le cousin de Paul avec qui il avait partagé ces deux ans de captivité puis l’évasion. Sa présence au village, -avant son départ pour Cavaillon (Vaucluse) après qu’il ait été exclu du PCF en 1953 et dut partir plus loin pour trouver du travail après avoir perdu son poste de permanent du Parti- rappelait en permanence à la famille Maraval le drame qui la touchait, les doutes et même la peur que cela avait suscité.
Germain Amouroux n’était pas présent au moment des faits en juillet 1945, et ne savait peut-être pas qui avait donné l’ordre mais il savait où et quand son cousin avait été exécuté, avouant les circonstances à Raymond Vacheron en novembre 1992, trois ans avant de mourir. Militant communiste, il préféra être fidèle à la direction du Parti, et en tout cas à ceux qui avaient ordonné l’exécution, plutôt que de dévoiler ce drame et ses raisons à ses proches.

Tout cela a suscité une forme d’omerta au sein de la famille à propos de Paul, encore présente aujourd’hui pour les plus anciens tandis que les générations les plus jeunes veulent savoir ce qu’a été l’itinéraire de leur aïeul et les raisons de sa disparition.
Aujourd’hui, grâce aux éléments nouveaux recueillis, ceux ressurgis des papiers de familles, il est possible de retracer de façon beaucoup plus précise l’itinéraire de ce jeune ouvrier qui décida de tout quitter pour partir combattre le fascisme en Espagne avant de s’engager dans la clandestinité au service de son parti avant de subir la prison pendant deux ans avant de rejoindre le maquis pendant 8 mois avant que certains décident de son exécution, quelques semaines avant la Libération et près de deux mois après le débarquement.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article210913, notice MARAVAL Paul, Jean, François [pseudonyme dans la résistance : L'Araignée, Paul Maury] par Eric Panthou, version mise en ligne le 23 janvier 2019, dernière modification le 19 novembre 2019.

Par Eric Panthou

Portrait de Paul Maraval aux monuments aux Morts de Coursan
Fiche de recherche après son évasion

SOURCES : AVCC Caen, AC 21 P 532237, dossier Paul Maraval. — SHD Vincennes, 19 P 63/5. Formation Gabriel-Péri. Effectifs, actions, pertes (consulté en vain). — Jugement de la section spéciale du Tribunal militaire permanent de la 16e Division militaire. — Jugement du tribunal civil de première instance de Narbonne, enregistré le 13 août 1947. — Acte de disparition concernant Paul Maraval, Ministère des anciens combattants et victimes de guerre, 14 décembre 1946 .— Homologation de grade FFI pour Paul maraval, avis de la commission départementale, 25 février 1948 .— Archives de la Justice militaire (Le Blanc), dossier Paul Maraval, (non consulté). — Arch. dép. de la Haute-Loire, Fonds René Sejalon : 300 J 38. « Affaires Maraval. Où et comment est mort paul Maraval ? », document dactyl. attribué à Lucien Bastet, 2 p., circa 1988 (aimablement communiqué par Michelle Destour). — Arch. dép. du Puy-de-Dôme : 1296 W 158 : Puy (Le). 1943, 1-2 octobre : évasion de quatre-vingt-un détenus de la maison d’arrêt.— Arch. Dép. Haute-Loire, Fonds René Sejalon, résistant de la Seconde Guerre mondiale, 300 J 28 : Les évasions de la prison du Puy-en-Velay le 25 avril et le 2 octobre 1943 (les disparitions des 4 trotskystes) : articles de presse, plan de la prison du Puy, biographies, comptes-rendus, photographies, correspondance, jugement, fiche de démobilisation, certificat d’appartenance aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), matricules militaires, extraits d’ouvrages, liste des évadés, carte des combats et de la libération autour de la Haute-Loire (1943-1997). — Ministère de l’Intérieur, Direction générale de la police nationale. Etat Français. Circulaire n°40/43 U du 3/10/1943 (avis de recherche des 79 évadés avec leur portrait et état civil). — Arch. Comité national du PCF, dossier Jean Burles. — Camp Nestor Perret, tableau des effectifs, Blog relatif à la Résistance et Libération en Combrailles Zone 13, mis en ligne le 31 mai 2019. — Arch. Pierre Suchet, lettre témoignage de Roger ROBERT alias « RENÉ » Chef MUR du camp NESTOR PERRET à Pierre Suchet, 2001. — Christophe Cisiola et Léonard Grevet, Sous série 13 J. Prisons militaires XIXe-XXe siècles : répertoire numérique détaille, SHD, 2010 en ligne. — Centre d’Histoire sociale du XX° siècle, Correspondance Albert Demazière Cote : 1-JRC-8D36. De Demazière à Jean-Paul Maraval 21/12/1990. — Pierre Broué, Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Paris, Grasset, 1997 . — Jean Sanitas, Des “terroristes” auvergnats qui savaient se battre et mourir, Paris, éditions L’Harmattan, 1997, 144 p. .— René Gentgen, Résistance Loire. Les formations militaires, ORA, ASU, SOE, FTP, Montferrar, éditions Esperluette,1993. — Eugène Martres, L’Auvergne dans la tourmente, Clermont-Ferrand, De Borée, 1998, p. 212-220.— “La machine à polycopier avait été enterrée sous le fumier”, Le Petit méridional, 29 décembre 1941, en ligne. — “Quatre militants communistes sont condamnés”, Le Petit méridional, 26 janvier 1942 en ligne. — “Un peu d’histoire. Décembre 1943”, La Voix des Bibs, n°71, avril 1964. — “Décès du résistant auvergnat Jean Sanitas : une vie d’engagement”, La Montagne, mis en ligne le 9 août 2016, en ligne. — Notice de Jean Rochon. — Photo du monument aux Morts de Coursan. — Courriels de Raymond Vacheron à Eric Panthou, les 22 et 23 janvier 2019. — Entretien téléphonique avec Jean-Marc Biau, petit-fils de Paul Maraval, le 4 février 2019 .— Courriel de Jean-Marc-Biau avec Eric Panthou, le 13 février 2019.— Entretien téléphonique avec Raymond Vacheron, 11 mai 2019 .— Mail de Pierre Suchet à Eric Panthou, le 4 juin 2019. — État-civil Coursan et de Charensat.

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