CLAROU Auguste [CLAROU Louis, Auguste, Antoine]

Par Gauthier Langlois

Né le 13 janvier 1830 à Limoux (Aude), mort à Limoux le 17 mars 1881 ; banquier et juge au tribunal de commerce ; sympathisant des fouriéristes ; conseiller municipal républicain de Limoux ; défenseur du communard Émile Digeon ; père du député radical socialiste Armand Clarou.

Auguste Clarou était le fils de Pierre Louis Clarou (1803-ap. 1860), alors négociant, et de Françoise Antoinette Lagarde, décédée en 1830 des suites de l’accouchement. Il appartenait à une famille de banquiers de Limoux et, en 1860, exerçait ce métier avec son père et son cousin Jean Jacques Louis Clarou.

L’Aude constituait un petit foyer de sympathisants de Charles Fourier. C’était à Limoux que Jean Journet, l’un des plus fervents disciples du socialiste utopiste avait commencé son apostolat. Même si Auguste Clarou était trop jeune au départ de l’apôtre fouriériste, il avait du être sensibilisé à ses idées par quelques uns de ses proches. En effet l’écrivain Auguste Blanchot de Brenas a témoigné de ses sympathies fouriéristes. Il l’avait rencontré en juin 1858 lors d’un repas offert par Louis Mècre, propriétaire du château de Lanet (Aude). L’écrivain le décrivit ainsi : « [il] porte une barbe d’or, des boutons d’or, des bagues d’or et pour l’humanité entière un cœur d’or. ». Et rapporta ainsi les propos de Clarou au cours du repas : « Parbleu ! s’écriait le philosophe à la barbe d’or, parbleu, Messieurs, avouez que Fourier avec ce système du phalanstère si mal jugé, si mal connu, et malgré toutes les erreurs de ses disciples, n’en reste pas moins une des lumières de l’humanité, un fécond penseur. » À quoi le notaire du village lui avait répliqué : « Penseur vous-même ! le phalanstère, la queue de Considerant, rêveries que tout cela ! ». Blanchot de Brenas, opposé également aux idées de Fourier, fit publier un poème dédié à Clarou, où il comparait le phalanstère à un monastère privé de Dieu.

Le 24 janvier 1860 Clarou se maria à Pieusse, village voisin de Limoux, avec Irma Marie Baptistine Borie, héritière d’un propriétaire local. Parmi les témoins se trouvait Louis Mècre, maire de Lanet et futur conseiller général républicain du canton de Mouthoumet. Clarou fixa sa résidence à Pieusse où il était voisin du républicain Fortuné Brousses dont il était l’ami.

En 1869, profitant d’une certaine libéralisation de la presse, Clarou s’engagea dans la fondation de deux journaux républicains. En janvier, avec Salvaire, Amiel et Falgous, il fonda L’Écho de l’Aude, journal politique, littéraire, agricole et d’annonces. Mais suite à une mésentente entre les fondateurs ce journal s’arrêta au bout d’un mois. Il soutint alors financièrement, avec Fortuné Brousses et Émile Digeon, la création de La Fraternité, journal démocratique de l’Aude, dirigé par Théophile Marcou, chef de file des républicains audois. Il y signait des articles sous le pseudonyme Trincavel. Cependant aux élections législatives de 1869, Clarou, faute de candidat républicain à Limoux, soutint le camp conservateur. Il fit partie de la délégation de notables de sa circonscription qui se rendit auprès du ministre de l’intérieur pour soutenir la candidature du banquier saint-simonien Isaac Pereire.

Mais dès la proclamation de la IIIe République Clarou s’engagea à nouveau dans le camp républicain. Il accompagna son ami Théophile Marcou pour rencontrer à Tours la délégation du gouvernement provisoire de la République, dirigée par Gambetta. Revenu dans l’Aude, il devint l’un des membres de la commission municipale de Limoux dirigée par Fortuné Brousses, son voisin et ami de Pieusse. Le 31 octobre 1870, avec ses collègues parmi lesquels son ami Isidore Roques, il adressa au Gouvernement de la Défense Nationale une lettre patriotique appelant à poursuivre la guerre contre la Prusse.

Lors du soulèvement communal Clarou et ses collègues tentèrent de jouer les médiateurs entre les autorités légales et les communes insurrectionnelles. A Narbonne, un groupe d’insurgés avait proclamé la commune centrale de l’arrondissement et occupait l’hôtel de ville. Leur chef, Émile Digeon, était un ami de Clarou. Les autorités et l’armée risquaient d’écraser l’insurrection dans un bain de sang. Aussi Clarou proposa ses services de médiation au préfet. Après avoir essuyé un premier refus il insistât et finit par avoir l’aval du préfet et du procureur. Le 29 mars, accompagné de Fernand Digeon, frère d’Émile, il alla parlementer avec son ami. En accord avec les autorités il promettait à Digeon l’exil et aux autres communalistes l’impunité en échange de l’évacuation de l’hôtel de ville. Émile Digeon refusa. Clarou revint le lendemain avec deux amis communs, Isidore Roques, membre de la commission municipale de Limoux et Théophile Marcou, maire de Carcassonne. Il renouvela les propositions qui furent à nouveau rejetées. Cependant, après une fusillade, Digeon finit par se rendre. Mais contrairement aux promesses d’amnistie il fut déféré avec d’autres insurgés devant la cour d’assise de l’Aveyron. La violation de la promesse d’amnistie fut dénoncée dans la presse, notamment par l’un des prévenus, Prosper Nègre. Auguste Clarou écrivit à son tour une lettre au journal Les Droits de L’Homme, également reprise dans le journal La Fraternité dirigé par Marcou, jurant sur l’honneur que tous les faits énoncés par Prosper Nègre étaient vrais. Clarou était indigné, car on lui avait fait jouer le rôle du traître. Aussi s’écriait-il : « Pourquoi le procureur général Agniel n’a-t-il pas tenu ses promesses ? ». Un tel témoignage diffusé dans la presse était terrible pour l’accusation. Clarou le savait et ajoutait « En attendant la lumière de la discussion devant le jury, l’opinion publique se prononcera ». Au procès, Clarou témoigna à décharge en faveur de son ami, qui fut finalement acquitté avec tous les autres insurgés.

Entre temps, aux élections du 30 avril 1871, Clarou avait été élu avec Brousses, Fernand Digeon, Isidore Roques et d’autres républicains au conseil municipal de Limoux. Le 10 mai, fidèle à l’esprit de conciliation qui avait inspiré Clarou et ses amis pour régler la crise de Narbonne, le conseil municipal, lors de sa première réunion, avait envoyé une adresse à l’Assemblée nationale demandant à la Commune de Paris et à l’Assemblée de se dissoudre. En juin Clarou démissionna avec ses amis Brousses, Roques et Fernand Digeon du Conseil municipal de Limoux, pour protester contre la nomination par les versaillais du maire Faure. A la même date il créa avec ses amis l’Indépendant, journal démocratique de Limoux dont le premier et unique numéro fut saisi par le préfet.

Aux élections de juillet 1871 Clarou soutint son ami Brousses qui fut élu député. En décembre Clarou fut réélu avec ses amis au conseil municipal de Limoux. À la mort de Brousses, en 1873, Auguste Clarou était, avec Isidore Roques et Vidal Saint-Sauveur l’un des trois exécuteurs testamentaires du député. Aux élections au conseil général de 1874, Clarou se présenta dans le canton de Saint-Hilaire. Mais il fut battu par un candidat bonapartiste. En 1876, en tant que secrétaire du Comité Républicain de l’arrondissement de Limoux, il soutint la candidature et la victoire de François Oscar Rougé aux législatives. Mais, opposé au cumul des mandats, Clarou démissionna avec ses amis du conseil municipal de Limoux, suite à la nomination du député Rougé comme maire de la ville en janvier 1877.

En 1880, alors qu’il était retiré de la politique, Clarou fut l’objet d’un fait divers qui fit sensation dans la presse. Avec la complicité d’un médecin, sa femme le fit déclarer fou et le fit enfermer dans l’asile de Braqueville à Toulouse. Après un séjour de sept mois, il réussit à s’enfuir et se réfugia chez un ami à Paris. Sur les conseils de Victor Hugo il prit un avocat puis porta plainte contre ceux qui l’avaient fait enfermer. Quelques mois après il finit par se suicider en se jetant dans le puits de sa maison de Limoux au 62 rue de la Blanquerie. Il était alors membre de la commission de surveillance de l’asile d’aliénés de Limoux !

Son fils Armand Clarou (né à Pieusse en 1860, mort au Vigan en 1927) fit des études de médecine et fut élu député du Gard sur la liste du cartel des Gauches en 1924.

Son petit cousin Olivier Clarou (né à Limoux en 1847, mort en 1915), fit des études de droit puis reprit la banque Clarou. Il fut candidat républicain aux législatives de 1881 contre Rougé, député sortant désavoué par les Républicains, qui l’emporta.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article210782, notice CLAROU Auguste [CLAROU Louis, Auguste, Antoine] par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 24 janvier 2019, dernière modification le 1er février 2019.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : État civil de Limoux et Pieusse. — Blanchot de Brenas, Auguste, « Le phalanstère, À M. Auguste Clarou », La France littéraire, artistique, scientifique, n° 10, 4 décembre 1858. — Paul Tirand, Émile Digeon 1822-1894. L’itinéraire singulier d’un communard, L’Harmattan, 2006. — Langlois, Gauthier. « Blanchot de Brenas, l’inventeur du « Curé de Cucugnan », son voyage à Carcassonne et dans les Corbières en 1858 », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXV, 2015, pp. 91-106. — Bonnery, Bernard, « La fin du Second Empire et les débuts de la Troisième République dans l’Aude », Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de l’Aude, supplément numérique au tome CXVI, 2016. — Proclamation de la Commune à Narbonne. Compte-rendu sténographique du procès Émile Digeon et ses 31 coaccusés, Paris, 1872. — César, Marc, La commune de Narbonne (mars 1871), Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2017, p. 46, 64-66. — La Fraternité, 15 décembre 1849, 1er septembre 1869, 1er octobre 1870, 28 janvier 1871, 11 mars 1871, 3 mai 1871, 6 mai 1871, 10 mai 1871, 17 mai 1871, 20 mai 1871, 24 mai 1871, 7 juin 1871, 11 octobre 1871, 29 novembre 1871, 16 décembre 1871, 21 mars 1872, 3 août 1873, 27 septembre 1874, 1er octobre 1874, 8 octobre 1874, 9 février 1876, 16 février 1876, 23 février 1876, 4 mars 1876, 8 mars 1876, 15 mars 1876, 4 février 1877, 25 mars 1877, 4 octobre 1877, 23 octobre 1879, 30 octobre 1879, 26 mars 1881, 25 juillet 1885. — Le Messager du Midi, 16 septembre 1874, p. 4. — Annales du Sénat et de la Chambre des députés, séance du 22 janvier 1878. — Gil Blas, 9 et 10 novembre 1880, 18 novembre 1880, 24 mars 1881. — La Presse, 10 novembre 1880.

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