HENRY Eucher, Nöé

Par Gauthier Langlois

Né le 20 février 1819 à Nîmes (Gard), mort après 1872 au Chili, ingénieur, fouriériste partisan de Ledru-Rollin, aide de camp d’un dirigeant de la révolution chilienne de 1851, frère du communard Fortuné Henry.

Eucher était le second enfant d’un couple artisans aisés, Jean-Baptiste Henry (1782-1852) et Marie Bancel (1790-1850). Jean-Baptiste et Marie s’étaient mariés à Nîmes en 1815 et y occupaient une situation honorable acquise par leur travail. Le père, d’abord simple artisan cordonnier, devint bottier puis fourreur. Le couple eut sept enfants auxquels il donna une excellente éducation manuelle et intellectuelle. Il leur transmit également son idéal républicain et révolutionnaire. Selon le commandant Ogier d’Ivry, neveu d’Eucher, le père était originaire des Cévennes, pays des camisards, ce qui expliquerait les sentiments de révolte de la famille que l’on retrouvait à chaque génération.

Au moment de la Révolution de 1848 Eucher était ingénieur civil et soutenait le républicain radical Ledru-Rollin. Il fut, avec Pierre Droz, ancien commissaire de la République dans l’Aisne, l’un des treize signataires d’une affiche électorale appelant à élire Ledru-Rollin aux élections présidentielles. L’année suivante il semble s’être présenté aux élections législatives. En effet la Bibliothèque nationale conserve un tract électoral daté du 18 avril 1849, adressé aux électeurs des Ardennes et signé Henry, ingénieur civil. Début 1850 on le retrouve avec son frère Fortuné parmi les 169 souscripteurs des statuts de l’Association expérimentale - Société de la fraternité active, une société phalanstérienne imaginée par l’apôtre fouriériste Jean Journet. Parmi les souscripteurs figuraient des signataires de l’affiche électorale de 1848 : le journaliste Pierre Bry et l’écrivain Louis Barré, et nombre de personnalités fouriéristes : les socialistes Jules Delbruck, Hippolyte Magen, Charles Fauvety, les féministes Jeanne Deroin et Eugénie Niboyet.

Sans doute poussé par la politique conservatrice du Parti de l’ordre, Eucher émigra en Amérique du Sud. On le retrouve en 1851 exerçant la fonction d’aide de camp du général José María de la Cruz Prieto, intendant de Valparaíso et Concepción, leader de la révolution chilienne de 1851. Il participa à la bataille de Loncomilla (8 décembre 1851) qui vit la défaite des révolutionnaires face aux troupes gouvernementales et qui fut suivi par le traité de Purapel, le 16 décembre, mettant fin à la révolution.

Il se reconvertit alors dans l’industrie et produisit du savon, pour lequel il reçut un prix à l’exposition nationale chilienne de 1857. Il fonda une famille en se mariant avec une certaine Yginia Del Rosario Martines, avec laquelle il eut quatre enfants.

En 1860 Eucher s’installa à Lima (Pérou) avec sa famille et son frère cadet, Charles Philippe, également ingénieur. Ayant la réputation d’être un ingénieur de grand talent il reçut du gouvernement péruvien diverses missions. Il fut chargé en 1860 d’un rapport sur l’hygiène publique dans la capitale. Puis en 1869 d’une étude sur des projets d’irrigation dans le nord du pays, menée avec l’ingénieur Jorge Pedro Smart. Il réalisa encore pour le gouvernement des études et l’exécution d’importants ouvrages de divers ports, voies de chemins de fer et de routes. Parallèlement, à titre privé, il tenta de se lancer dans l’exploitation du guano. Affirmant être l’inventeur des gisements de guano péruviens, il essaya en vain de faire annuler la concession de ces gisements qui avait été attribué à son compatriote Jean Théophile Landreau en 1865. Il eut plus de chances en obtenant, en 1870, la concession de trois routes à réaliser pour relier la ville de Cuzco, où il résidait alors, à la côte.

Sa connaissance du pays et les bonnes relations qu’il entretenait avec les autorités lui valurent également, en 1863, d’être chargé d’une mission humanitaire par le gouvernement français représenté par Edmond de Lesseps. Il s’agissait de rassembler les polynésiens employés comme esclaves dans les plantations côtières, pour les rapatrier en Polynésie. Dans cette mission il était accompagné de deux volontaires, le docteur Bon, chirurgien du vaisseau le Diamant et du comte de Chalot, ainsi que d’un interprète des Marquises et d’une escorte de police.

Eucher disparaît des sources après 1872. Il est probablement décédé au Chili car, dans les années 1890, ses enfants demeuraient à Santiago dans la paroisse de Recoleta. Quant à son frère Charles il était retourné en France en 1871.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article210159, notice HENRY Eucher, Nöé par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 5 janvier 2019, dernière modification le 25 avril 2019.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Delmas, Curiosités révolutionnaires : Les affiches rouges ; reproduction exacte et histoire critique de toutes les affiches ultra-républicaines placardées sur les murs de Paris depuis le 24 février 1848, Paris, D. Giraud et J. Dagneau, 1851, p. 305-307. — Journet, Association expérimentale. Société de la fraternité active. 2e édition, Paris, février 1850. — A MM. les électeurs... des Ardennes, [signé : Henry, ingénieur civil, 18 avril 1849], Vouziers : Imp. de Flamant-Ansiaux, 1849. — Vicuña Mackenna, Historia de los diez años de la administracion de Don Manuel Montt, Santiago del Chile, Imprenta chilena, vol. 5, 1863, p. 12-13. — Toribio Medina, Las medallas chilenas, Santiago del Chile, Impreso en casa del autor, 1901, p.201. —Riviale, Una historia de la presencia francesa en el Perú, del Siglo de las Luces a los Años Locos, Institut français d’études andines, 2013. —Bustíos Romaní, La salud ambiental en la historia de la salud pública peruana : 1535-2005, Universidad Nacional Mayor de San Marcos, 2013, p. 48-49, 51, 60, 68. — Landreau claim : United States of America versus Republic of Peru. International Arbitral Commission constituted under protocol signed in Lima May 21, 1921. At London, October, 1922, p. 40-41. — El Federalista. Diario de la tarde. Caracas, 25 novembre 1869, p. 2. — Gauldrée-Boilleau, « Exploration des cours d’eau du Pérou », Bulletin de la Société de géographie, juillet 1870, p. 196. — Moya Espinoza, Consolidacion de la República, capitulo VIII, la construcción del ferrocarril. — Evans Maude, Slavers in Paradise : The Peruvian Labour Trade in Polynesia, 1862-1864, Australian National University Press Canberra, 1981, p. 131-138. — Langlois, « Généalogie de Eucher Nöé Henry », Geneanet, consultée le 06/01/2019.

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