COUVREUR Emmanuel, Gérard, Louis, Joseph

Par Pierre Alanche

Né le 22 décembre 1948 à Roncq (Nord) ; ouvrier métallurgiste, technicien, ingénieur socio-technique ; militant CFDT, délégué syndical central (DSC) de Renault, secrétaire du comité de groupe Renault.

Emmanuel Couvreur et Alain Martinez à la manifestation de Vilvoorde en 1997
Emmanuel Couvreur et Alain Martinez à la manifestation de Vilvoorde en 1997

Fils de Jean Couvreur et de Clémence Destombes, Emmanuel Couvreur naquit à Roncq (Nord), onzième enfant d’un fratrie de treize, huit garçons et cinq filles : Jean (1935) – Bernard (1937) – Pierre (1938) – Marie-Josèphe (1939) – François (1941) – Gérard (1942) – Marie-Claire (1943) – Marie-Agnès (1944) – Marc (1946) – Dominique (1947) – Emmanuel (1948) – Marie-Élisabeth (1950) – Marie-Christine (1953). Ses parents, catholiques pratiquants, étaient agriculteurs. Ils étaient les fermiers, non propriétaires, d’une petite exploitation d’élevage et de polyculture. Son père était membre du syndicat agricole local, président de la CUMA (coopérative d’utilisation de matériel agricole) regroupant une cinquantaine de petites exploitations de la commune et des environs. Il était aussi président de l’association des parents de l’école libre Saint-Roch. Emmanuel Couvreur alla à l’école primaire privée de Roncq de 1951 à 1958 et entra ensuite au collège de l’Immaculée conception à Haubourdin (Nord) de 1959 à 1967 puis au grand séminaire de Merville (Nord) en 1968 et 1969. Titulaire du brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA) de l’Union française de colonies de vacances (UFCV), il encadra des colonies de vacances pendant toute sa scolarité.
Il fut mobilisé pour son service militaire en septembre 1969 dans le 1er régiment interarmes d’Outre-mer (RIAOM), à la caserne Grignan de Toulon (Var), puis il fut affecté à Dakar (Sénégal) jusqu’en octobre 1970. Il décida de ne pas poursuivre ses études au grand séminaire.
Dans le contexte de l’après-1968, il commença sa carrière professionnelle avec la volonté de découvrir le monde industriel et le monde syndical. Issu d’un milieu agricole aux débouchés relativement limités, il s’orienta vers le secteur de la métallurgie, très important pour la région. Il débuta comme affûteur outilleur P1 à l’usine de Vallourec d’Aulnoye-Aymeries (Nord). Cet établissement de 3 000 salariés produisait des tubes pour l’exploitation pétrolière. Il se syndiqua dès décembre 1970. La politisation de la CGT avec son image de courroie de transmission du PCF lui fit repousser les sollicitations du secrétaire de la CGT, omniprésente dans son atelier, et choisir la CFDT, organisation pourtant minoritaire à l’intérieur du site. Il était en plein accord avec la référence forte aux valeurs chrétiennes et familiales de solidarité, de respect des personnes et d’émancipation collective portées par les mouvements présents localement tels que la JOC et l’ACO. Il suivit ses premières formation syndicales de collecteur, fut élu délégué du personnel et représentant au CE en 1971. Il participa à plusieurs grèves animées principalement par la CGT majoritaire dans l’entreprise. Il fut repéré comme un militant actif, ce qui ne lui laissait aucune chance d’évolution de carrière. Désireux de trouver un emploi de technicien, plus qualifié, et de rester dans la région, il prospecta dans les entreprises locales, mais sa réputation de syndicaliste lui ferma toutes les portes. La CFDT locale lui conseilla de rechercher un poste d’ouvrier ou d’employé, les offres étant plus nombreuses et la période d’essai plus courte. Il fut embauché le 6 décembre 1972 à l’usine Chausson de Maubeuge. C’était une usine de fabrication automobile crée en 1969 qui produisait des véhicules pour Renault et Peugeot. Elle était en plein développement et visait un effectif de plus de 2 000 salariés. Emmanuel Couvreur y entra comme suiveur de pièces sur la ligne de montage. Il participa au démarrage de la section syndicale CFDT, d’abord comme collecteur sans aucun mandat syndical. Dès la première grève dans son atelier, il fut repéré comme meneur, et menacé de licenciement en mars 1973. Cela lui valut d’être muté au service documentation technique, et d’être tenu éloigné des ateliers ; il fut ensuite affecté au service « organisation informatique ». Il poursuivit néanmoins son activité syndicale. Élu délégué du personnel en 1974, désigné délégué syndical, élu représentant au CE, il en devint le secrétaire adjoint, le titulaire étant Claude Wauquier. Il fut désigné représentant au CCE et au conseil d’administration de Chausson par l’Inter-CFDT Chausson, car la section syndicale CFDT de Maubeuge avait le plus grand nombre d’adhérents. Les actions syndicales menées dans cette période furent nombreuses. La CFDT mettait en avant le salaire en deux éléments (salaire de progrès et salaire de fonction) et les augmentations uniformes. Les actions aboutirent à une augmentation de 250 francs pour tous en 1975. Le principe d’augmentations avec une valeur minimum pour favoriser l’évolution des bas salaires fut acquis à cette période. L’action sur les salaires s’appuyait sur une pratique d’enquêtes de terrain révélant les inégalités flagrantes au sein d’une même équipe de travail. En 1978, la CFDT, consciente des difficultés du groupe Chausson, demanda que l’établissement de Maubeuge devînt filiale de Renault, ce qui fut fait sous le nom de Maubeuge Constructions automobiles (MCA). La CFDT se développa ; elle était présente dans chaque atelier et service avec des collecteurs de cotisations et des adhérents répartis dans chaque équipe postée.
Au début de février 1982, mettant à profit le démarrage du modèle Fuego destiné à l’exportation aux USA, elle engagea un conflit pour la réduction du temps de travail. Les deux tiers des salariés participèrent au mouvement, avec occupation de l’usine, pendant une semaine complète. Ils obtinrent une réduction du temps de travail de deux heures trente par semaine et la réorganisation du travail en équipes. La négociation aboutit également au remplacement du directeur de l’usine et du responsable des ressources humaines originaires de Chausson. L’arrivée d’une direction Renault se traduisit par la fin d’une longue période de répression anti syndicale et anti CFDT. L’action de la CFDT sur les conditions de travail et la formation, déboucha, en 1984, sur l’opération « nouvelles qualifications » avec la participation de Bertrand Schwartz, qui eut un grand retentissement. Elle visait à valoriser les compétences réelles des opérateurs sur chaîne. La défense de l’existence du site amena la section CFDT à présenter au ministère de l’Industrie des contre-propositions industrielles dont la plus connue était l’implantation d’une tôlerie plastique pour absorber la forte demande en véhicules Espace. L’action aboutit à la pérennisation du site et à son développement annoncé lors de la visite du PDG, Georges Besse. Beaucoup de salariés dans l’établissement attribuèrent ce résultat à l’action de la CFDT qui devint largement majoritaire dans l’ensemble des collèges obtenant plus de 60 % des voix. Emmanuel Couvreur participa au syndicat local de la métallurgie, d’abord en tant que membre du conseil syndical (1974-1976) puis secrétaire du syndicat. Membre du bureau de l’Union Métaux du Nord-Pas-de-Calais (1980-1987), il faisait partie de la délégation CFDT à la Chambre patronale des Métaux de Maubeuge. Membre du bureau de l’Union locale de Maubeuge de 1976 à 1987, il était chargé des questions d’emploi et participait aux rencontres régionales sur le sujet et accompagnait de nombreux conflits locaux. Il intervenait aussi comme défenseur syndical au tribunal des prud’hommes de Maubeuge, notamment pour les travailleurs des entreprises de la sous-traitance, en particulier celles du nettoyage dont les contrats étaient renégociés chaque année.
L’activité du site de MCA étant confirmée et la section CFDT devenue autonome, Emmanuel Couvreur souhaita se réinvestir dans son activité professionnelle. Cette évolution s’avérait difficile au sein de Renault, du fait de son engagement syndical. La direction du personnel et des affaires sociales de Renault, s’appuyant sur un bilan de compétences proposa un détachement temporaire à l’extérieur de Renault pour faciliter la transition. Malgré son attachement à l’entreprise, Emmanuel Couvreur quitta MCA en décembre 1987 et entra chez Thomson Brandt Armement à la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) en janvier 1988 comme responsable de la formation et de l’organisation industrielle. Cette période s’avéra très positive professionnellement puisqu’en septembre 1988, la direction de Thomson lui proposait un contrat d’embauche comme cadre.
Emmanuel Couvreur choisit de revenir chez Renault, en raison de son attachement aux équipes CFDT. Prenant en compte des résultats obtenus chez Thomson et de l’expérience acquise à MCA dans la mise en œuvre de l’opération « Nouvelles Qualifications » avec Bertrand Schwartz, la DPAS lui proposa une affectation à l’usine de Sandouville (Seine-Maritime) en septembre 1988 pour le démarrage du nouveau modèle de véhicule (Safrane). Il fut chargé de l’intégration de la fonction maintenance dans le département tôlerie jusqu’en janvier 1991. À la fin de cette mission, il fut affecté au service central des conditions de travail et de l’organisation pour élaborer et déployer l’organisation en Unité élémentaire de travail au sein de la direction des fabrications de Renault France et Europe. Cette mobilité parisienne fut accompagnée de la prise en charge par l’entreprise d’une formation en sociologie des organisations à l’Institut des sciences politiques de Paris. Il obtint le DESS de sociologie en 1994, son mémoire de DESS portant sur L’évaluation des Unités élémentaires de travail chez Renault. Au cours de cette période (1991-1995), Emmanuel Couvreur fut désigné par la CFDT comme représentant au comité de groupe France dont il devint secrétaire adjoint. En décembre 1995, il fut sollicité par la FGMM pour devenir délégué syndical central CFDT de Renault et responsable de l’Inter-Renault. Il fut membre du bureau de la branche automobile de la fédération. En 1996, il remplaça Daniel Richter au poste de délégué central et de responsable de l’inter Renault, celui-ci occupant le poste d’adjoint. Il participa au conseil fédéral de la FGMM de 1996 à 2001. Il s’impliqua dans l’action contre la fermeture de l’usine de Vilvoorde, assurant un contact étroit avec les syndicats belges et animant les actions de soutien en France. En 1999, les négociations de l’application dans l’entreprise de la loi Aubry des 35 heures débouchèrent sur une crise importante au sein de la CFDT Renault, un certain nombre de militants du Technocentrre de Guyancourt (Yvelines) et de Douai (Nord) la quittèrent pour fonder des sections SUD. La sortie de crise déboucha sur un plan de changement de génération de militants suite au travail du groupe de travail ABCD (Alanche, Boutrou, Chabrier, Dijoux). Emmanuel Couvreur fut remplacé au poste de délégué central et de responsable de l’inter par Fred Dijoux, un militant de l’usine de Cléon dont il avait accompagné la prise de responsabilité. Les années (1990-2002) étant aussi marquées par la mise en place par l’URI-CFDT Nord-Pas-de-Calais d’une association régionale « AICE Continents Solidaires » en charge de l’accompagnement des militants CFDT de MCA de retour au pays, ce fut donc avec un groupe de militants CFDT que fut organisé un soutien et une réflexion avec Lamine Drammeh, ancien délégué CFDT, pour construire un projet de développement en Gambie autour d’un certain nombre de réalisations tant au niveau rural que scolaire en lien avec des ONG et au Sénégal oriental avec les migrants de la région de Thiarène. En avril 2000, Emmanuel Couvreur fut missionné par Continents solidaires pour mener une analyse des besoins des villageois de Thiarène afin d’identifier les projets ruraux, scolaires et sanitaires au plus près des réalités locales.
Prenant un peu de recul avec les responsabilités syndicales, il devint responsable socio-technique du projet Modus à Valladolid d’août 2002 à mai 2004, puis du projet boite de vitesse BV TL4 à Séville de mai 2004 à avril 2006. Il assurait de façon informelle un contact étroit avec les responsables syndicaux espagnols de l’UGT Valladolid Segundo Vacqua puis Alejandro Duran Moreno et CCOO de Palencia Joaquim Arias Gallego qui étaient les représentants espagnols au comité de groupe. De retour en France, il fut affecté à l’usine de Cléon et il devint responsable de l’unité socio-technique au sein du service ingénierie décentralisé d’avril 2006 à juin 2008.
Il fut désigné membre du comité de groupe monde de Renault en 2006 et en devint le secrétaire en 2008. Son action dynamisa une institution que la direction tendait à confiner à un rôle très institutionnel. Il fut à l’initiative d’une enquête sociale dont le but était de mesurer les disparités salariales et sociales sur poste de travail type entre les usines Renault du monde et d’établir une base de donnée sociales du groupe. En 2008, il anima l’action de soutien à la grève des travailleurs de Dacia la filiale roumaine de Renault en remettant symboliquement au cours d’un grand meeting à Pitesti, avec Fabrice Le Berré de la CGT, les premiers dix mille euros recueillis au cours des collectes de solidarité faites aux portes des établissements Renault.
En 2009, il dut cesser ses activités professionnelles pour raison de santé et prit sa retraite. De 2009 à 2016, il siégea comme représentant CFDT au Conseil d’administration de la Fondation de Dublin et devint membre de la Commission confédérale Santé-Travail de la CFDT. À partir de 2013, il participa comme membre du groupe Ressources fédéral de la FGMM pendant la mise en place des espaces de discussions sur le travail dans le cadre de négociation d’accords QVT. Enfin, depuis 2010, il s’investit dans la coopération syndicale internationale comme personne ressource de l’Institut Belleville dans le cadre d’un projet de renforcement des compétences des syndicalistes africains en lien avec la Confédération syndicale internationale de la région Afrique sur douze pays francophones.
Il avait participé aux activités de la JOC de 1970 à 1973, de l’ACO de 1974-1985 et de l’association de parents d’élèves de l’école primaire d’Hautmont (1984-1985).
Emmanuel Couvreur s’était marié en 1973 avec Rosane Brégnias dont il divorça en 1989. Ils avaient eu deux enfants Véronique (1976) et David (1979-1996). En 2018, il partage sa vie avec Dominique Ver, responsable de la librairie du Printemps boulevard Haussmann à Paris, qui fut déléguée CFDT et membre du CHSCT.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article209552, notice COUVREUR Emmanuel, Gérard, Louis, Joseph par Pierre Alanche, version mise en ligne le 12 décembre 2018, dernière modification le 24 septembre 2019.

Par Pierre Alanche

Emmanuel Couvreur et Alain Martinez à la manifestation de Vilvoorde en 1997
Emmanuel Couvreur et Alain Martinez à la manifestation de Vilvoorde en 1997

ŒUVRE : « La leçon des suicides en série chez Renault », Le Monde, 5 mars 2007. — « Conditions de travail en ingénierie, un défi pour la CFDT Renault », Cadres CFDT, 428, 2008. — L’apport de l’expertise au travail syndical et au dialogue social, étude coordonnée par Henri Vacquin, Technologia, 2013.

SOURCES : Archives interfédérales CFDT. — Archives CFDT Renault. — Archives UPSM-CFDT. — Entretiens avec Emmanuel Couvreur juin 2017.

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