GOUTTENOIRE Marie, Fernand, dit Gouttenoire de Toury

Par Nicole Racine

Né le 6 novembre 1876 à Chateaudun (Loir-et-Cher), mort le 6 décembre 1964 à Nice (Alpes-Maritimes) ; officier, membre du comité central de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) de 1919 à 1923 ; membre du PC (1921-1922), de la SFIO et de la Ligue des Droits de l’Homme.

« Officier de cavalerie, Gouttenoire de Toury, grand mutilé de la guerre avait engagé une action passionnée contre la guerre et pour la réconciliation franco-allemande » écrit Jeanne Alexandre dans son « Histoire des Libres Propos », rappelant l’amitié de Gouttenoire de Toury avec Jean Prévost, ancien élève d’Alain. Mobilisé en août 1914 comme sous-lieutenant au 21e régiment d’infanterie, il avait perdu la jambe droite et avait été décoré de la Légion d’honneur. Gouttenoire de Toury se voua à la dénonciation de l’absurdité de la guerre et à celle de l’injustice du Traité de Versailles.

De 1919 à 1923, il milita à l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) dont il dénonça bientôt l’entraînement dans le sillage du PC. Membre du Comité Central de l’ARAC (dont il devint le trésorier général), il écrivit dans Le Combattant antiguerrier, ainsi que dans Clarté qui publia ses articles sur les responsabilités de guerre. Dès le congrès de l’ARAC d’août 1920, il se prononça pour l’indépendance politique de l’ARAC ; à la veille du congrès d’août 1921, il dénonça dans le journal de la Fédération du Rhône de l’ARAC une « association devenue en quelque sorte une dépendance du Comité de la IIIe Internationale », situation qui empêchait selon lui le développement de l’Association.
En 1923, Gouttenoire de Toury fut de ceux qui, s’opposant à la tendance communiste du CC de l’ARAC, se groupèrent derrière Marianne Rauze pour imposer la réunion d’un congrès extraordinaire. En octobre 1923, Gouttenoire de Toury fut exclu pour avoir formé dans le Rhône une section d’une nouvelle organisation. Le 9 décembre 1923, au cours d’un congrès convoqué par la 1re section de l’ARAC de Lyon et la 1re section de Tarare, il fut avec d’autres scissionnaires de l’ARAC, Marianne Rauze, N. Garnier, H. Torrès, Salvago un des fondateurs d’une nouvelle association, « L’Association nationale des Libérés de la Grande Guerre. »

Membre du Parti-socialiste (8e section) depuis 1917 auquel il avait adhéré dans un but pacifiste, il fit partie du Comité pour la reconstruction de l’Internationale et en signa le Manifeste, puis il suivit la majorité du parti à Tours en décembre 1920 ; toutefois il se montrait réservé sur les 21 conditions. Critiquant rapidement l’autoritarisme de l’IC et de la direction française, il démissionna du Parti (Le Journal du peuple d’Henri Fabre publia sa lettre de démission, le 2 juin 1922). Gouttenoire adhéra ensuite à la Fédération autonome du Jura, puis se rallia à l’Union socialiste communiste. Il revint au Parti socialiste où il continua à militer pour la paix et la révision des traités, ainsi qu’à la Ligue des Droits de l’Homme. Il prit parti contre la loi Paul-Boncour sur la défense passive (mars 1927) et il dénonça la carence des organisations de gauche depuis la guerre. En 1922 dans Jaurès et le parti de la guerre, il fit le procès de la Ligue des Droits de l’Homme, de sa timidité en matière de lutte contre la guerre. Gouttenoire de Toury reprit ce procès au moment du Front populaire, procès qui n’épargna pas Léon Blum, coupable à ses yeux de bellicisme.

Anticolonialiste, ami personnel de Jean Ralaimongo, Gouttenoire participa activement à la création de la Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits de citoyens ; en 1920, il avait animé avec le professeur Charles Gide le journal Le Libéré et lorsque les imprimeurs de Madagascar refusèrent, sous les menaces de l’administration coloniale, d’imprimer le journal l’Opinion des anticolonialistes malgaches, Gouttenoire envoya à ces derniers un matériel d’imprimerie complet (1930) qui fut confisqué quelques années plus tard.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il collabora au journal pacifiste La Patrie humaine. Auparavant, en septembre 1934, il avait fait partie du Comité de défense des nègres de Scottsborough animé par Francis Jourdain.

En 1947, il écrivit à La Révolution prolétarienne de Monatte, souhaitant que la revue « travaille contre le nationalisme » (numéro de mai 1947).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article209432, notice GOUTTENOIRE Marie, Fernand, dit Gouttenoire de Toury par Nicole Racine, version mise en ligne le 9 décembre 2018, dernière modification le 21 octobre 2019.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : Association française pour la société des nations. Pour la société des nations. « La voix des morts », série d’articles parus dans l’organe de l’Union fédérale des mutilés. « Après la bataille », par F. Gouttenoire de Toury. Avant-propos de Léon Bourgeois. Imp. G. Cadet, 1918, 32 p. — Poincaré a-t-il voulu la guerre ? Poincaré — avec Iswolsky — contre Georges Louis ? Préface d’H. Barbusse, Éd. « Clarté », 1920, 162 p. — Jaurès et le parti de la guerre. Préf. de Ch. Gide, Rieder et Cie, 1922, 241 p. — MM. Viviani et Poincaré font fi de la vérité. À propos du débat de la Chambre sur les responsabilités de la guerre. Éd. Clarté, 1923, 64 p. — Le Front populaire ruiné par ses chefs, Sorlot, 1939, 64 p. — On y ajoutera les préfaces aux livres suivants : Louis Guétant, Une campagne pacifiste pendant la guerre, A. Delpeuch, 1926, 128 p. ; Roger Monclin, Les Damnés de la guerre. Les crimes de la justice militaire, Mignolet et Storz, 1935, 145 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12948, 12967, 13973, 13976. — Gouttenoire de Toury, Le Front populaire ruiné par ses chefs, o.c. — Jeanne Alexandre, « Histoire des Libres propos », Bulletin de l’Association des Amis d’Alain, décembre 1967. — Marc Lazar, Origines et débuts d’une organisation du mouvement ouvrier : l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants) 1917-1923, Mémoire de Maîtrise. Centre d’Histoire du Syndicalisme, 1975, 111 p. — Shaul Ginsburg, R. Lefebvre et les origines du communisme français, 1975, Éditions Tête de feuilles, 261 p. — Ministère de la France d’outre-mer (MFOM), fonds SLOTFOM, série III, cartons 63 et 71, série V, carton 6 (renseignements recueillis par S. Randrianja). — Note de J. Girault et de M. Dreyfus ainsi que les articles de La Patrie humaine (17 sept. 1937, 22 juil. 1938) ou les débuts de l’ARAC. — Note de J. Chuzeville. — État civil de Chateaudun, 7 septembre 1981.

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