CHARDON Jean-Baptiste

Né le 19 juillet 1839 à Souvigny (Allier), mort à Vierzon (Cher) en 1900 ; ouvrier chaudronnier ; membre de l’Internationale ; élu membre de la Commune de Paris.

Jean-Baptiste Chardon fit son apprentissage chez son oncle, le chaudronnier Lecomte, de Vierzon, ami de F. Pyat, puis, en avril 1862, quitta Vierzon et vint travailler aux ateliers du chemin de fer d’Orléans à la gare d’Ivry. Le 20 mars de cette même année, à Clermont (Oise), il fut condamné à six jours de prison pour vol de déchets de cuivre. En 1866, Jean-Baptiste Chardon épousa une lingère originaire de Vierzon-village.

Jean-Baptiste Chardon se fit remarquer comme orateur dans les réunions publiques dont il était un habitué. Le 1er mars 1870, il fut révoqué « pour absences prolongées » de son emploi à la compagnie d’Orléans, aussi parce qu’il « manifestait les idées politiques les plus révolutionnaires », indiquent les rapports de police qui ajoutent, sans citer aucun fait à l’appui : il était « ivrogne, joueur et débauché ».

Le 7 juillet 1870, Jean-Baptiste Chardon fut condamné à deux mois de prison et 300 f. d’amende pour propos tenus en réunions publiques, puis, le 3 août suivant, à huit jours de prison et 100 f. d’amende pour excitation à la haine du gouvernement, enfin, deux jours plus tard, à quinze jours de prison et 300 f. d’amende à nouveau pour propos tenus en réunions publiques - pour coups selon le dossier Arch. Nat. (On relève de légères différences en ce qui concerne les dates des condamnations entre les dossiers Arch. Nat. et Min. Guerre).

Écroué pour deux mois à la maison correctionnelle de Beauvais (Oise), le 28 août 1870, Jean-Baptiste Chardon fut libéré le 5 septembre.

Sous le gouvernement de Défense nationale, il fut élu capitaine en second à la 7e compagnie du 133e bataillon de la Garde nationale. Lors de la journée populaire du 31 octobre 1870, il voulut entraîner son bataillon à marcher sur l’Hôtel de Ville et, indique une note de police du 15 avril 1879 (cf. BB 24/854), « il a puissamment contribué à préparer l’insurrection du 18 mars. » « Ce jour-là, il fut nommé colonel de la XVe légion. »
Jean-Baptiste Chardon fut un des fondateurs du Club démocrate socialiste du XIIIe arr. qui adhéra en bloc à l’Internationale le 25 novembre 1870 (cf. t. IV, p. 49). Il habitait cet arrondissement, rue de Domrémy, n° 5 et, était alors donné comme un des principaux membres de la section du XIIIe arr. de l’AIT (cf. t. IV, p. 67). Il était dit, enfin, secrétaire-correspondant de la section Maison Blanche, toujours dans le même arrondissement.

Blanquiste, comme Eudes et Duval, Jean-Baptiste Chardon fut au nombre des signataires de l’Affiche rouge - 6 janvier 1871 - proclamation au peuple de Paris pour dénoncer le gouvernement du 4 septembre qui a failli à sa mission de défense nationale. Elle se termine par les mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! » Voir Ansel.

Élu le 26 mars membre de la Commune par le XIIIe arrondissement, avec 4.663 voix sur 8.010 votants, il fit partie de la commission de la Guerre (29 mars) dont il démissionna le 5 avril pour passer à la Sûreté générale. Non réélu membre de cette commission le 21 avril, il en fit à nouveau partie le 5 mai. Aide de camp du général Duval, il lui succéda au commandement militaire de la préfecture de police. Il fut nommé - cf. J.O. du 17 avril - membre de la cour martiale avec les colonels Rossel, Henry, Razoua, etc. Il le demeura jusqu’au 12 mai. Il vota pour le Comité de salut public.

Maxime Vuillaume en a laissé alors le portrait suivant (cf. Mes cahiers rouges..., op. cit., p. 392-293) :
« Chardon a très grand air sous l’uniforme. Grand, droit, la carrure imposante, la moustache blonde barrant la face pleine et rougeaude, les yeux bleus à fleur de tête, il porte à merveille - il a été soldat - la tunique à revers rouges et à boutons dorés. À cheval, il est magnifique, quand, l’écharpe rouge de membre de la Commune en sautoir, les glands d’or battant sur la garde du sabre, les bottes à l’écuyère étincelant au soleil, le képi aux cinq galons d’or sur l’oreille, il passe sur le boulevard Saint-Michel, suivi, à distance, de son ordonnance. »
Le 22e conseil de guerre le condamna, par contumace, le 19 juillet 1872, à la peine de mort.

Jean-Baptiste Chardon passa en Suisse avec la complicité du mécanicien et du chauffeur du train de Genève qui étaient de ses anciens camarades des ateliers du chemin de fer d’Orléans. Ils le dissimulèrent dans le charbon du tender et il put ainsi franchir la frontière. À Genève, il appartint à la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste constituée le 8 septembre 1871, sur initiative de proscrits français (cf. Dict., t. IV, p. 80).

Ouvrier d’élite, Jean-Baptiste Chardon ne tarda pas à se faire remarquer. Une puissante société genevoise de construction l’envoya en Égypte, puis à La Havane et à Haïti, installer des machines à glace du système Raoul Pictet. Il resta à Port-au-Prince, où il ouvrit un restaurant et fit une petite fortune (M. Vuillaume, op. cit., p. 395).

Jean-Baptiste Chardon revint en France en 1900, se retira à Vierzon où il mourut cette même année.

« Il avait une sœur religieuse. On m’a dit, écrivit Vuillaume (op. cit., p. 396) - mais je ne saurais l’affirmer - que, n’ayant laissé aucune instruction à ses proches, l’ancien membre de la Commune [...] fut enterré à l’église. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article2093, notice CHARDON Jean-Baptiste, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 30 janvier 2019.

ŒUVRE : Chardon fut des 54 « proscrits de la Commune » qui signèrent l’adresse Au citoyen Garibaldi, quatre pages imprimées, Genève, 27 janvier 1875 (Archives Claris, IFHS).

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/854, n° 1692. — Arch. Nat., C 2882. — Arch. Min. Guerre, 22e conseil. — Arch. PPo., B a/439, B a/441 et listes de contumaces.

ICONOGRAPHIE : Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 138.

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