MARION Pierre [pseudonymes dans la résistance : Georges, Lagarde]

Par Eric Panthou

Né le 16 mai 1902 à la Bourboule (Puy-de-Dôme), mort le 14 août 1980 à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme), technicien Michelin à Clermont-Ferrand puis à Paris, membre de la Confédération générale du Travail (CGT) et du Parti communiste (PCF) avant guerre ; résistant au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP), déporté.

Pierre Marion est le fils d’un terrassier qui habitait la Bourboule, sa mère s’occupait de la maison. Il dut travailler très jeune comme ouvrier agricole, étant soutien de famille après la fin de la Première guerre mondiale. Il travailla alors comme ouvrier agricole dès l’âge de 11 ans. Il avait une sœur et deux frères.
Il fut embauché chez Michelin à Clermont-Ferrand dès février 1920 pour un an, puis de nouveau de mai à septembre 1925 puis de Noël 1926 à fin novembre 1930. Il a sans doute fait parti des milliers d’ouvriers licencié au moment où Michelin est touché de plein fouet et précocement par la crise de 1929. Il fut réembauché fin mai 1932 et est considéré comme salarié Michelin au siège clermontois jusqu’au 10 décembre 1945. Il avait un statut différent de celui qu’il aura après-guerre quand il devint technicien. Il est considéré comme monteur.
Il fit son service militaire dans l’infanterie coloniale, envoyé au Liban à Beyrouth à compter dé février 1924 avant d’être libéré en novembre. C’est peu après son retour qu’il se maria le 7 novembre 1925 à Clermont-Ferrand à Hortense Pradel. Puis, il épousa après-guerre Marie Jalicon à Ivry-sur-Seine, après l’avoir connue dans la Résistance comme agent de liaison en Auvergne. Ils eurent un fils.
Chez Michelin, Pierre Marion adhéra à la CGT et membre du Parti communiste. On ignore la date de son adhésion. Lors de son procès en 1941 pour distribution de tracts communistes, il est dit qu’il appartenait à la cellule "La Vaillante" de Clermont-Ferrand depuis trois ans avant la guerre. Il a vraisemblablement adhéré au moment des grèves de juin 1936 qui ont profondément marqué la classe ouvrière, et en particulier chez Michelin où jusqu’à cette date, tout militant communiste ou cégétiste était systématiquement renvoyé quand il était démasqué. Après juin 1936, plus de six milles ouvriers et ouvrières rejoignirent la CGT et plus de 500 parmi eux rejoignirent bientôt le PCF, faisant de l’usine la bastion du Parti dans la région. A côté de son activité militante, c’est un passionné de pétanque et il fut deux fois champion de France juste avant guerre.
En 1939, il fut rappelé par l’armée mais fut affecté spécial aux usines Michelin avant d’être renvoyé dans ses foyers début novembre 1939. Il habitait alors 4 rue de la Cerisière, à Montferrand, quartier de Clermont-Ferrand, après avoir habité le hameau de la Baraque, un hameau du village d’Orcines, sur les hauteurs au-dessus de Clermont-Ferrand d’où il rejoignait chaque jour les usines Michelin à vélo.
L’engagement de Pierre Marion dans la Résistance date du début de l’Occupation. Il appartenait à un groupe de trois militants clandestins dirigé par Charles Jouan, fin 1940 avec Jean-Marie Mayet. Ils étaient chargés de l’impression de tracts dans une vieille petite maison située près de la ligne de chemin de fer montant à Beaumont. Ils assuraient d’importantes distributions de tracts en février 1941, des collectes.
Dans la nuit du 5 au 6 mars 1941, Charles Jouan, Pierre Marion et Raymond Menat furent vus en train de distribuer des tracts et des papillons communistes. Deux furent arrêtés le soir même, le troisième peu après. Le 11 juin, une ordonnance de non lieu est prise pour certains des militants arrêtés, mais Pierre Marion, Charles Jouan et Jean-Marie Mayet sont renvoyés devant le tribunal militaire pour avoir distribué des tracts communistes.
Il fut jugé devant le tribunal militaire de la XIII division le 29 juin 1941 en compagnie de dix autres militants communistes, pour propagande et distributions de tracts. On reproche notamment à Pierre Marion d’avoir distribué des tracts communistes à l’un de ses camarades à l’intérieur des usines Michelin.
Victor Sevi et Pierre Marion, les deux instigateurs de l’affaire, furent condamnés chacun à un an de prison. Tous les inculpés ont été, en outre — à l’exception d’un seul — condamnés à 10 ans de privation des droits civiques et de fa­mille, leur peine allant de 3 à 9 mois de prison.
Pierre Marion fut interné à Clermont-Ferrand puis à la prison militaire de Paris repliée au camp de Mauzac (Dordogne). Il en sort le 5 mars 1942.
Après sa libération, il reprend contact avec les réseaux communistes. Pierre Marion est considéré comme l’un des fondateurs du camp FTPF Gabriel-Péri, le premier maquis organisé en Auvergne en décembre 1942 dans les Combrailles. A ses débuts, le camp ne comptait que 7 hommes selon le témoignage de Pierre Marion. Moins d’un an plus tard, ils ne sont qu’une trentaine début octobre 1943 quand 18 évadés de la prison du Puy-en-Velay viennent renforcer significativement les effectifs. Pierre Marion avait fait partie du commando chargé de rapatrié ces hommes du Puy vers le camp Gabriel-Péri.
Quelques mois plus tôt, le 24 avril 1943, avec ses hommes, il avait libéré 27 résistants à la prison du Puy-en-Velay (Haute-Loire), dont Clovis Chirin. Avec le grade de lieutenant, il était Commissaire aux Opérations du Camp, sous le pseudonyme de Georges et Lagarde.
Durant cette période, les contacts se nouent avec d’autres maquis, non FTP. C’est ainsi qu’il fut amené à participer à des actions avec la maquis de Larfeuille, des Mouvements Unis de la Résistance, et c’est peut-être à cette période qu’il rencontra sa future épouse, Marie, qui était agent de liaison dans le secteur de Bourg-Lastic.
Alors qu’il était commandant du camp Gabriel-Péri, implanté au bois de la Brousse entre Charronnet et Roched’Agoux, dans la région de Saint-Gervais, le 23 décembre 1943, l’inter-région FTP décida sa mutation dans le Cantal. Il fut remplacé le jour même par Jean Rochon, dit Max. Pierre Marion devint alors chef de Bataillon du 1er Bureau de l’Etat-major FFI du Cantal.
A compter du 1er juin 1944, il reçoit le grade de commandant. Il fut l’adjoint de Rémy Jamet, dit Bernard, membre du triangle de direction des FTP du Cantal. Il fut arrêté avec lui le 15 juillet 1944 à Aurillac sur le quai de la gare. D’après le témoignage de Jean-Marie Fondras, lui-même envoyé du Puy-de-Dôme pour aider à réorganiser les FTP et le Front national dans le Cantal des imprudences auraient été commises avec une réunion de plusieurs cadres dans une salle d’un hôtel près de la gare, la veille de l’arrestation. C’est en sortant de la gare que Pierre Marion, Remy Jamet et un jeune FTP furent arrêtés par la Milice.
Il fut ensuite interrogé et brutalisé par la Gestapo mais ce sont surtout les violences commises par les Miliciens qui l’ont marquées.
Pierre Marion a été déporté au camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Il fait partie du transport qui quitta Clermont-Ferrand le 20 août et arriva à Natzweiler le 30 août. Il se serait enfui du camp puis envoyé pour un court pas de temps au camp de concentration de Buchenwald. Il fut enfin envoyé à Dachau où il fut libéré le 29 avril 1945.
Il a été homologué interné du 20 juillet au 19 août 1944 et déporté du 20 août 1944 au 12 mai 1945. Il reçut la carte de Déporté résistant, la carte du Combattant et la carte de Combattant volontaire de la résistance (CVR).
Il a été reconnu FFI, déportés et internés de la résistance (DIR). Ses durées de services homologués sont du 6 juillet 1943 au 4 mars 1944 pour le camp Gabriel-Péri dans le Puy-de-Dôme, puis du 5 mars au 10 mai pour le camp FTP Wodli pour la Loire (en réalité, implanté plutôt sur des communes de Haute-Loire), et enfin du 11 mai au 20 juillet pour le 1er Bataillon FTP pour le Cantal.
Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur par décret du 30 novembre 1963, en qualité d’ancien commandant des Forces françaises de l’intérieur puis promu officier de la Légion d’honneur par décret du 12 juin 1973 sur le rapport du ministre de la défense au titre des déportés résistants. Son dossier conservé à la grande chancellerie ne comporte pas davantage d’information.
Il fut aussi médaille de la Résistance, Croix de Guerre avec palmes, Croix du Combattant volontaire de la Résistance, Croix de la Libération, Médailles du Travail argent et vermeil.
Après-guerre, Il s’engagea bientôt pour combattre lors de la Guerre d’Indochine. On ignore la date de son engagement. Elle fut sans doute courte. Professionnellement, il fut muté au dépôt de Paris Michelin dès le 11 décembre 1945 et garda ses fonctions jusqu’à fin juin 1947. C’est à cette date que la firme le nomme technicien et ce jusqu’à son départ en retrait fin 1962.
Il était à Paris, technicien monteur, vérificateur au service essai, au dépôt du garage pour poids-lourds boulevard Pereire.

C’est sans doute à cette époque qu’il adhéra à l’ANACR et dont il resta membre jusqu’à sa mort. La famille vivait à Ivry-sur-Seine, rue Joseph Staline puis rue Lénine, au cœur d’un des bastions du PCF. Jean Gosnat, le maire, était un ami de Pierre Marion qui resta membre du PCF jusque vers ma fin des années soixante. Alors qu’il avait maqué son attachement à l’Union soviétique et au PCF au moment de la déstalinisation et des crises à l’Est, il semble qu’il ait quitté le Parti notamment parce que Georges Marchais en avait pris la tête.
Il s’éloigna alors définitivement du Parti, ne gardant aucune trace de son engagement.
Bien qu’habitant Yvry, il fut le Président de la section du 13e arrondissement de la Société des membres de la Légion d’Honneur.
C’est à la même période de sa rupture avec le PCF qu’il quitta la région parisienne pour venir s’installer à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) dans une maison de famille. C’est là qu’il finit ses jours. Là, il reçut plusieurs fois des représentants de l’ANACR, en particulier Paul Roche, son président département, qui vinrent l’interroger sur son passé de Résistant. Lui-même écrivit beaucoup pour témoigner de ce qu’il avait vécu, en particulier la résistance et l’enfer des camps qui avaient considérablement détérioré sa santé. A sa sortie de Dachau, il ne pesait plus que 32 kgs et il reçut la carte de pensionné d’invalidité 100%. Il aurait pu faire des démarches pour toucher une pension d’invalidité plus importante, mais il s’y est refusé, tout comme il a toujours veillé à ne pas se mettre en valeur.
Ses obsèques civiles eurent lieu le 16 août 1980 à Bourg-Lastic, l’ANACR et les Amicales FTP du département venant lui rendre hommage.
Une plaque entre Biollet et Saint-Gervais d’Auvergne rappelle qu’il fut l’un des fondateurs des premiers maquis d’Auvergne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article208286, notice MARION Pierre [pseudonymes dans la résistance : Georges, Lagarde] par Eric Panthou, version mise en ligne le 4 novembre 2018, dernière modification le 15 mars 2019.

Par Eric Panthou

SOURCES : SHD Vincennes,dossier 19 P 63/4 : FTPF état-major départemental, Puy-de-Dôme .— SHD Vincennes, 19 P 63/5 : état nominatif des cadres ayant appartenu au Camp Gabriel Péri ou 1103e Compagnie FTPF, signé Commandant Delmas, dit Lucien, 21 novembre 1947 .— SHD Vincennes, dossier individuel de résistant de Pierre Marion GR 16 P 394809 (non consulté) .— AVCC AC 21 P 591611 dossier de résistant déporté de Pierre Marion (non consulté) .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 2546 W 1994, nominatifs d’attribution de la carte du combattant au titre de la résistance à Pierre Marion (non consulté) .— Liste des déportés politiques rentrés, maison Michelin (Archives Henri Verde, CGT Michelin, Clermont-Ferrand).— Jean Sanitas, Des “terroristes” auvergnats qui savaient se battre et mourir, Paris, éditions L’Harmattan, 1997, p. .— Gilles Lévy, Guide des maquis et hauts-lieux de la Résistance d’Auvergne, Paris, Presses de la Cité, 1986 .— Serge Combret, J’écris ton nom— Résistance : de ma France à mon Auvergne, 1940-1944, Clermont-Ferrand, Française d’édition et d’imprimerie 1994 .— Eugène Martres, Le Cantal de 1939 à 1945 : les troupes allemandes à travers le Massif Central, Cournon-d’Auvergne, éditions de Borée, 1993 .— Nécrologie de Pierre Marion, Résistance d’Auvergne, n°40, octobre 1940 .— Le Moniteur, 8 mars 1941 .— Le Moniteur, 1er juillet 1941 .— Lettre de la Grande chancellerie de la Légion d’Honneur, 4 décembre 2018 .— Archives privées Pierre Marion (notamment Certificat de services faits chez Michelin, attendu du Tribunal militaire, certificat FFI, certificat d’interné, carte de pensionné) .— Jean-Marie Fondras, Mon village à l’heure française, éditions Canopé, 1989, 121 p. .— Entretien avec son fils, Jean-Jacques, le 7 février 2019 .— état-civil.

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