COTHIAS Josette [épouse DUMEIX Josette]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Claude Willard

Née le 30 août 1919 à Paris (XIIe arr.), morte le 20 juin 2008 à Paris ; employée, journaliste et bibliothécaire ; résistante ; militante de l’Union des jeunes filles de France et du PCF, membre suppléante du comité central du PCF (juin 1945-juin 1947).

Josette Cothias était fille d’un ouvrier typographe, Albert Cothias (1883-1971), militant syndical du début du siècle qui rejoignit le Parti communiste à l’époque du Front populaire, et de Bettina Lévy, ouvrière lingère, originaire du Bas-Rhin. Son père revint traumatisé par la Première Guerre mondiale : seul rescapé de son escouade, il avait été enterré vivant et porté disparu. Tombé dans les mains des Allemands, il passa les six derniers mois de la guerre dans les mines de sel de Pologne. Revenu en janvier 1919 très malade, il fut dans l’impossibilité de reprendre son métier. C’est lui qui éleva sa fille jusqu’en 1925.

Josette Cothias alla à l’école de l’avenue Bouvines, à Paris (XIe arr.), où la fréquentation de deux filles d’émigrés la marqua : l’une était fille d’un antifasciste italien torturé, l’autre d’un ouvrier polonais ayant fui les pogroms. « J’ai découvert la Russie soviétique en jouant et en diffusant Mon camarade. J’ai cherché la Jeunesse communiste dans mon quartier », déclara-t-elle à Jacques Varin. Elle adhéra aux Jeunesses communistes du XIe arrondissement en 1935, puis au Parti communiste en 1936. Avec Marguerite Boisseau, Violette Taboul et Régine Radznisky, elle constitua le premier comité des Jeunes filles du XIe arr. On l’appela à former la première direction parisienne avec Paulette Decluzet, Ninon Wolf et Fanny Ladsky*, qui assura le secrétariat. Elle fit la connaissance de Danielle Casanova* à Bruxelles, au Congrès du rassemblement universel pour la paix de juillet-août 1936. Dès lors, elle aida celle-ci, Claudine Chomat* et Henriette Schmidt* à constituer l’Union des jeunes filles de France (UJFF), qui tint son premier congrès en décembre 1936. Pendant les deux ans qui suivirent, Josette Cothias participa à la publication du journal Jeunes filles de France, cherchant des documents pour Danielle Casanova* et secondant Henriette Schmidt* à l’administration. L’UJFF avait créé « La solidarité ouvrière » qui aidait les jeunes filles dans les sanatoriums. Elle participa au soutien à l’Espagne républicaine et, à ce titre, alla avec Jeannette Veermersch* convoyer en Espagne une caravane de camions de lait. Pour le congrès de mai 1939, la direction lui confia l’organisation matérielle et artistique à Buffalo et à Montreuil.

Josette Cothias était monitrice de la colonie de vacances d’Arcueil à la déclaration de guerre. Elle assura le retour des enfants le 4 décembre 1939 et dès le lendemain passa dans la clandestinité à la demande de Danielle Casanova. L’équipe de l’UJFF joua alors un rôle vital de liaison entre la direction du Parti communiste dissous et ses cadres. Avec Georges Ternet*, elle partit en exode le 14 juin, rejoignit Claudine Chomat et Victor Michaut* à Toulouse. Sous leur direction, elle s’occupa de la reconstitution des liaisons avec les interrégions du service spécial de sécurité et des relations des deux directions zone nord-zone sud. Elle échappa à la rafle lyonnaise du début de 1941. Elle fit venir de Paris son père à Lyon, qui loua deux villas pour l’appareil de direction clandestin pourchassé.

Josette Cothias et Claudine Chomat remontèrent définitivement en zone nord le 4 août 1941. Danielle Casanova chargea Josette Cothias de l’organisation des Comités féminins de Résistance dans l’Interrégion Nord, Pas-de-Calais, Somme et Aisne. Elle échappa de justesse à une série d’arrestations, qui toucha notamment Danielle Casanova en février 1942. Claudine Chomat et Josette Cothias furent responsables des Interrégions zone nord des Comités féminins clandestins, embryons de l’Union des femmes françaises, créée en 1943. Des policiers français l’arrêtèrent le 12 novembre 1942 en gare de Lille. Mais ce n’était pas elle qu’ils attendaient. Elle resta ainsi au quartier français de la prison de Loos et de Cuincy (Douai) pour recherche d’identité, jusqu’à sa libération, le 6 août 1944.

Conduite à l’état-major de la Libération du Nord, à Roubaix, Josette Cothias participa aux derniers combats. Puis le Commandant Michel la fit rentrer à Paris en voiture, le 5 septembre. Elle devint alors secrétaire nationale de l’Union des jeunes filles patriotes et, à ce titre, rejoignit la direction des FUJP, puis secrétaire nationale (avec Léo Figuères*) de la fédération des Jeunesses communistes de France, dont elle fut élue secrétaire (1945). Elle fut élue au comité central du PCF (1945-1947). Le secrétariat du PCF, le 4 mars 1946, l’avait affectée comme déléguée à la propagande. Elle fut libérée de cette fonction en février 1949.

Tombée sérieusement malade, elle subit une opération de la colonne vertébrale en juin 1946 (suite aux sévices subis en juin 1944 après une manifestation pour fêter le débarquement).

En août 1946, Josette Cothias entra à la rubrique politique de l’Humanité. Selon son témoignage, « très fatiguée, elle demanda à quitter la rédaction du quotidien au moment de la naissance de sa deuxième fille ». Elle fut élue membre du comité fédéral de la Seine en 1949.

En avril 1948, Josette Cothias se maria avec Auguste Dumeix*.

L’UFF lui demanda de participer à la fondation de la commission nationale du droit des femmes, aux côtés d’Andrée Marty-Capgras*, socialiste, présidente, et de Francine Gaudin, catholique, secrétaire nationale.

Après la naissance de sa quatrième fille, ayant suivi une formation préalable, Josette Cothias-Dumeix devint bibliothécaire de 1961 à 1977. Elle impulsa l’Association des bibliothécaires de France, qui prit un développement nouveau durant les années 1960. Elle aida les municipalités ouvrières de Seine-Saint-Denis à mettre en place de nouvelles bibliothèques. Dans cette période de renouveau culturel en banlieue, avec Jack Ralite* et Maurice Soucheyre*, elle mit en place la Maison de la Culture de la Seine-Saint-Denis, dont elle devint une des dirigeantes. Avec eux, pendant dix ans, elle dirigea également l’Union des centres culturels du département. Dans le même temps, présidente d’une APE, elle fut élue à la direction de la Fédération des parents d’élèves de Paris.

Retraitée en 1977, munie du seul brevet élémentaire, elle reprit des études d’histoire à l’Université Paris VIII jusqu’à la maîtrise et au DEA, consacrés à l’action des femmes des années 1930 aux années 1950.

Josette Cothias-Dumeix fut aussi de l’équipe des fondateurs du Musée de la Résistance nationale, participa à son élaboration et y collabora ensuite. Elle milita activement à la direction parisienne de l’ANACR et de la FNDIRP. Secrétaire du comité local de la libération du XIe arr., elle réalisa à ce titre deux éditions du Mémorial Raflés, internés, déportés, fusillés et résistants du XIe arrondissement.

Elle était titulaire de la Médaille de la Résistance (1947) et de la Légion d’honneur (1988).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20760, notice COTHIAS Josette [épouse DUMEIX Josette] par Jean Maitron, Claude Pennetier, Claude Willard, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 24 juin 2012.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier, Claude Willard

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Jacques Varin : Jeunes comme JC., Éd. sociales, 1975, p. 217. — Georges Cogniot, Parti pris, Éditions Sociales, 1976, t. 2. — Témoignage écrit de Josette Cothias, 5 p., janvier 1983 et Témoignage, 2 p., de 1997. — Sandra Fayolle, L’Union des femmes françaises, thèse, 2005, annexes, p. 101-116, entretien avec Josette Cothias-Dumeix, septembre 2004. RGASPI, 495 270 73, dossier au RGANI.

fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément