LALLEMAND Marcel, [Victor]

Par Didier Bigorgne

Né le 26 octobre 1887 à Francheval (Ardennes), mort le 26 décembre 1969 à Landrichamps (Ardennes) ; instituteur et homme de lettres ; syndicaliste enseignant et militant communiste des Ardennes.

Marcel Lallemand était le fils de Marie Ernestine Bihin, ouvrière tisseuse, et d’un père inconnu. Le 16 mars 1889, il fut reconnu et légitimé comme son fils par Victor Benoît Lallemand, cantonnier, qui épousa Marie Bihin à Signy-l’Abbaye (Ardennes). Le père d’adoption de Marcel Lallemand, adhérent du syndicat des fonctionnaires en 1922 et membre du Parti communiste en 1929, fut maire de Fromelennes de 1919 à 1939 et conseiller général du canton de Givet de 1925 à 1928.

Aîné d’une famille de quatre enfants (deux sœurs et un frère), Marcel Lallemand vécut dans le village industriel de Fromelennes sur la frontière belge, là où était installée la Compagnie française des métaux spécialisée dans la métallurgie du cuivre et occupant sept cents ouvriers environ. Il fréquenta d’abord l’école communale de Fromelennes, il poursuivit ses études à l’Ecole primaire de garçons à Givet avant d’entrer à l’Ecole normale d’instituteurs de Charleville.

Marcel Lallemand devint instituteur et débuta sa carrière dans le village d’Ambly-Fleury près de Rethel (Ardennes). Le 11 août 1909, il épousa Marie Eugénie Colle, sans profession, à Signy-l’Abbaye. Il fut muté à Fromelennes (Ardennes) sur la frontière belge où ses parents s’étaient installés. Il s’y fixa et se maria, en secondes noces, avec Germaine Yvette Loret, sans profession, le 12 février 1929. A cette date, il était en congé de l’enseignement et exerçait la profession d’homme de lettres.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, Marcel Lallemand obtint un détachement à la Compagnie française des métaux à Deville-lès-Rouen. Après le conflit, il entra en contact avec Marie Guillot qui animait la Fédération des syndicats d’instituteurs et assumait le secrétariat de la section syndicale de Saône-et-Loire. En 1919, il fonda, avec René Guiard, le syndicat de l’Enseignement laïc des Ardennes ; celle-ci s’opposa à l’Amicale d’Emile Manquillet et s’affilia à l’Union des syndicats ouvriers CGT des Ardennes.

Marcel Lallemand devint le secrétaire du nouveau syndicat. Il fit adopter par le conseil syndical, réuni au café Pierret à Charleville en février 1920, des obligations pour les enseignants adhérents : cotisation annuelle fixée à trente-quatre francs comprenant l’abonnement à L’Ecole Emancipée et au journal départemental des syndicats Le Blé rouge, refus de toute décoration, de tout travail extra-scolaire et du secrétariat de mairie pour se consacrer à la seule mission éducative, réclamation de l’indépendance des locaux scolaires, versement en cas de promotion au choix du cinquième de la première augmentation annuelle à la caisse du syndicat, achat des fournitures scolaires à la coopérative d’édition du syndicat. Enfin, le syndicat, jusqu’à l’adoption des commissions paritaires, se refusait à collaborer avec l’administration et se bornait à intervenir auprès d’elle en cas de conflits. Le 7 mars suivant, le syndicat de l’Enseignement laïc des Ardennes tint son premier congrès départemental à Rethel. Il organisa un référendum sur l’adhésion à la IIIème Internationale syndicaliste et au Comité syndicaliste révolutionnaire, et posa des questions de règlements intérieurs concernant la grève, la date, le lieu et l’ordre du jour du congrès fédéral. Avec la scission de la CGT en juillet 1921 et la création de la CGTU, le syndicat disparut.

Marcel Lallemand adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours (25-30 décembre 1920). Il était présenté dans les différents rapports de la sûreté générale comme un militant fort actif, l’âme de son parti dans la région de Givet. Un rapport du commissariat spécial de Givet qui donnait la liste par commune des communistes du secteur (sur lequel figurait son père en qualité de maire de Fromelennes), daté du 20 juin 1929, le qualifiait d’« ardent propagandiste ».

Aux élections législatives du 11 mai 1924, Marcel Lallemand conduisit la liste du Bloc ouvrier et paysan ; les autres candidats étaient Eugène Cocu menuisier à Givet, Eugène Derulle menuisier-modeleur à Sedan, Auguste Pierre forgeron à Haraucourt, Auguste Mayer ouvrier métallurgiste à Levrézy et Louis Martin monteur en chauffage à Revin. Lors des nombreux meetings qu’il tint dans la vallée de la Meuse industrielle, Marcel Lallemand s’en prit volontiers au « pacifisme bêlant » de la Société des Nations et dénonça la menace d’une nouvelle guerre : « Demain par la volonté des magnats de l’industrie lourde et des hautes finances, avec le concours des social-traîtres, des vieillards et des enfants, pour la défense du privilège capitaliste, seront mobilisables ; des millions d’innocentes victimes seront immolées sur l’autel de la Défense Nationale ». Finalement, il réalisa le meilleur score de la liste communiste avec 8823 voix, (pour une moyenne de liste de 8629 voix) sur 79 298 inscrits et 69 645 votants. Aux élections des 19-26 juillet 1925 pour le conseil d’arrondissement, il fut le candidat de son parti dans le canton de Givet et échoua au premier tour en recueillant 277 suffrages sur 2995 inscrits et 1752 votants.

Après ce double échec, Marcel Lallemand se consacra aux lettres. Orateur talentueux, poète et romancier, Marcel Lallemand rencontra R. Martin du Gard dans le midi de la France dès 1933 et il conseilla celui-ci à propos des mouvements pacifistes et
socialistes en 1914 pendant la rédaction de l’Eté 1914, 7e volume des
Thibault.
Il devint son ami et collabora avec lui pour une adaptation scolaire des Thibault qui parut aux éditions Gallimard. Dans celle-ci il a privilégié la figure de Jacques
Thibault (cf. titre du manuel) révolté contre son bourgeois catholique de
père, puis devenant un militant socialiste et pacifiste. Le manuel a été
publié en 1946 mais n’a pas connu un grand succès (pas de
ré-édition).

Grand lecteur d’Élisée Reclus, Proudhon, Jaurès et Lénine, Marcel Lallemand admirait particulièrement Georges Sorel qui « sera toujours, comme l’Évangile, à la fois utopique et réaliste : le garde-fou… le Père » écrivait-il à Henri Manceau le 3 février 1953.

Le grand roman de Marcel Lallemand, On meurt trois fois fut publié aux éditions L’Amitié par le livre, en 1963. Il évoquait le travail aux laminoirs et la grève de Fromelennes de 1904 qui provoqua de lamentables scènes de désordre xénophobes : les ouvriers français avec le drapeau tricolore au chant de La Marseillaise, entourés des élus ceints de leur écharpe, barrèrent la frontière pour empêcher les Belges de reprendre le travail à l’usine de la Compagnie française des métaux.

Marcel Lallemand vivait dans un chalet qu’i avait fait construire dans les bois, sur les hauteurs de Landrichamps, à la frontière belge, quand il mourut en 1969.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article207104, notice LALLEMAND Marcel, [Victor] par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 3 octobre 2018, dernière modification le 4 janvier 2019.

Par Didier Bigorgne

Oeuvres : le fichier de la BNF mentionne 9 références.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12973. — Arch. Dép. Ardennes 1 M15 ; 3 M5 et 6. — Arch. Com. Landrichamps.— L’Humanité, 10 août 1973 — Presse locale. — Notice d’Henri Manceau dans le DBMOF. — État civil de Francheval, Signy-L’Abbaye, Fromelennes et Landrichamps. — Correspondance générale de R. Martin du
Gard, tomes 6 à 10, Paris Gallimard, 1990 à 2006.
La présentation de Marcel Lallemand par les éditeurs de la correspondance
figure en note à la page 652 du tome 6, à propos d’une lettre de 1933.
Il y a une liasse des lettres de M. Lallemand à R. Martin du Gard au
département des manuscrits à la BNF.

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