WU Kaixian. 吴开先

Par Alain Roux

Né à Qingpu, dans la préfecture de Songjiang au Jiangsu en 1898 ; un des principaux responsables, avec Lu Jingshi, du GMD à Shanghai en charge du mouvement ouvrier entre 1928 et 1949.

Bachelier en droit du collège juridique de Shanghai : il y avait fait des études d’économie. Il enseigne quelque temps au lycée de Songjiang et participe au mouvement du 30 mai 1925 en militant à la Ligue de la Jeunesse Communiste. Il semble avoir été, dès cette époque, comme son condisciple Lu Jingshi, qui avait été lui aussi un adhérent des jeunesses communistes, un « disciple » de Du Yuesheng, ce qui leur a évité d’être victimes de la terreur blanche qui frappa les révolutionnaires shanghaïens après le coup de force de Chiang Kai-shek du 12 avril 1927. Dès avril 1928 il est membre du comité d’orientation du Dangbu de Shanghai et il est nommé le 14 février 1929 par le CCE du GMD parmi l’équipe dirigeante du Dangbu de Shanghai : nommé chef de son département d’organisation, il y occupe le troisième rang dans la hiérarchie. Il avait aussi rejoint les instances nationales du GMD après avoir représenté Shanghai au 4e plenum du CCE durant l’hiver 1931. Élu titulaire du CCE lors du 5e plenum en 1935, grâce au soutien des frères Chen Lifu et Chen Guofu, les chefs de la Clique CC, il devint en 1934 le secrétaire général de l’« Association des camarades de Shanghai pour l’élimination des communistes », désignation officielle de la clique CC locale dont il avait été un des vingt fondateurs. Il siégea aussi au Yuan Législatif en 1936.
Sur le terrain, il avait comme tache politique de contrôler le turbulent mouvement ouvrier shanghaïen avec comme lieutenants Lu Jingshi et Hou Dachun. Dès octobre 1929 on le voit intervenir à l’occasion de licenciements d’ouvriers à la manufacture de tabac chinoise Nanyang. Pour assurer la mainmise sur les syndicats de la clique CC, il animait alors un réseau où l’on comptait de nombreux « disciples » de Du Yuesheng. Riddick, le directeur de la manufacture de tabac anglo-américaine B.A.T de Pudong, écrit en août 1933 dans un rapport confidentiel qu « il avait formé une sorte de Tammany Hall local » : on sait que cette société secrète irlandaise avait mis en coupe réglée les services municipaux de New York dans la seconde moitié du XIXe siècle. Dans ce même rapport, il est écrit que Wu Kaixian recevait chaque mois 1750 yuans de la direction des impôts dont il gardait 550 pour le Dangbu , et distribuait le reste à trois groupes de syndicalistes de la BAT, soit 500 yuans à Chen Peide, autant au chef de la clique de Shaoxing et 250 à Gu Ruofeng, un dissident de cette clique. Riddick ajoutait, en conclusion, qu’il « ne fallait pas regarder de trop près aux moyens qui permettaient de traiter la question ouvrière ».
Tout naturellement,quand Shanghai fut occupée par les Japonais et administrée par les « traitres chinois » du « GMD réformé » de Wang Jingwei, Wu Kaixian fut l’un des chefs de l’organisation clandestine du GMD fidèle à Chiang Kaï-shek,notamment lors de la vague d’attentats terroristes contre les « traitres chinois » commis par des agents du juntong de Dai Li entre 1939 et 1940 avec l’aide de gangsters fidèles à Du Yuesheng. Il entra souvent alors en conflit avec Wu Shaoshu qui contestait l’usage qu’il faisait des fonds spéciaux destinés à ces activités. La police japonaise aidée par les services du 76 Jessfield Road dirigés par les « traitres chinois » *Li Shicun et *Ding Mocun parvint à démanteler ce réseau entre 1941 et 1942. Wu Kaixian fut arrêté par suite d’une dénonciation à la fin 1942. Il fut relâché sur intervention de Dai Li auprès de Zhou Fuhai. Un jour de l’été 1943, il débarqua d’un avion japonais sur l’aérodrome de Liuzhou tenu par des soldats nationalistes : il était porteur de propositions japonaises adressées à Chiang Kaï-shek pour qu’il signe une paix séparée avec l’Empire du Soleil Levant. Soupçonné d’avoir fait sa soumission à l’ennemi, il dut passer à son rival Wu Shaoshu la direction du Dangbu de Shanghai réfugiée à cette date à Tunxi, un gros bourg du sud-Anhui.
Ce qui inaugure une nouvelle étape dans sa vie politique, dominée désormais par son conflit avec Wu Shaoshu pour lui reprendre le contrôle du Dangbu de Shanghai. Il y parvint en devenant le responsable du BAS le 29 janvier 1946. Mais il était désormais placé sous l’autorité de Lu Jingshi, son ancien lieutenant. Dans son labour report no. 6 du 21 février 1948, l’attaché consulaire britannique Hunt note « qu’on le tient pour un membre de la clique CC », mais ajoute « qu’il a(vait) du mal à le tenir pour une figure sinistre » car, occupant une position forte pour le contrôle des syndicats en tant que commissaire du BAS, « il a(vait) eu tendance à y suivre une politique plutôt favorable aux ouvriers afin de les faire se tenir tranquilles ». C’est ainsi que lors du grave incident du 4 avril 1947 à la cotonnière Zhongfang no. 12 (voir à *She Jingsheng), il adressa un rapport au maire C.C. Wu qui faisait reposer la responsabilité d’un drame qui avait pourtant coûté la vie à l’un d’entre eux, aux deux agents du zhongtong, la police secrète de la clique CC, qui avaient été infiltrés dans le syndicat pour faire tomber She Jingcheng, son président, suspect de communisme. L’affaire se trouvait réduite dans ce rapport aux dimensions d’un accident malheureux. Par contre, au même moment, Lu Jingshi dénonçait dans la presse qu’il contrôlait ce même syndicat comme une entreprise maffieuse et exigeait des sanctions sévères contre le président assassin. Wu Kaixian fit partie des responsables GMD qui intervinrent lors du dénouement violent de la grève à la cotonnière Shenxin n. 9 le 2 février 1948, mais sans jouer un rôle significatif. Le 8 mars 1948 il demanda seulement au général qui commandait la garnison de Shanghai de renforcer sa surveillance après la reprise du travail dans cette usine « où de mauvais éléments avaient distribué un tract » : c’était sa façon de dire que la répression n’avait pas été la bonne réponse donnée à une crise sociale. Durant l’hiver 1948, alors que la débâcle du GMD avait commencé, il se rendit à Taïwan pour y préparer sa retraite et ne retourna à Shanghai en février 1949 que le temps de trouver une solution à la série de démissions des commissaires du BAS.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article207001, notice WU Kaixian. 吴开先 par Alain Roux, version mise en ligne le 1er octobre 2018, dernière modification le 1er octobre 2018.

Par Alain Roux

SOURCES : Roux 1991.

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