CORRADI Pierre

Par Michel Prat

Né le 28 mai 1906 à Paris, mort le 6 août 1995 à Paris ; responsable des groupes communistes italiens de la région parisienne ; oppositionnel.

Né dans une famille d’origine italienne, Pierre Corradi - dit Piero ou Pierrot - passa son enfance et son adolescence à Pellegrino dans la province de Parme. À l’âge de dix-sept ans, il quitta l’Italie pour venir s’embaucher à Paris. Il y travaillera toute sa vie, exerçant successivement les métiers d’ouvrier mécanicien, d’ouvrier vernisseur, d’ajusteur avant de monter, après la guerre, une petite entreprise de transport puis de devenir chauffeur de taxi. Ayant refusé d’opter à sa majorité pour la nationalité française afin d’échapper au service militaire, Pierre Corradi ne put obtenir sa naturalisation malgré plusieurs tentatives faites en ce sens au cours des années 1950.

Pierre Corradi adhéra dès l’âge de dix-huit ans au Parti communiste et milita au sein des groupes italiens de la région parisienne. En 1924, l’influence de l’aile gauche du Parti communiste d’Italie, conduite par Amadeo Bordiga, était alors largement prépondérante dans les groupes de langue italienne du PC français. À leur tête se succédèrent des représentants de la gauche « bordiguiste » tels que Onorato Damen ou Mario Lanfranchi, tous deux futurs co-fondateurs du Comité d’Entente, créé en 1925 pour s’opposer à la « bolchevisation » du PC italien. Corradi participa activement au Comité d’Entente à Paris et défendit les thèses de la « gauche italienne » dans les débats préparatoires aux congrès de Lyon du PC d’I (20-26 janvier 1926) et de Lille du PCF (20-26 juin 1926). Il intervint notamment avant le congrès de Lille jusqu’au congrès de la région parisienne, où il présenta la « Plateforme de la gauche », publiée peu après par la Librairie du Travail.

Au sein de l’opposition de gauche dans l’émigration italienne en France, Corradi se rattachait à une tendance dissidente, animée par Michelangelo Pappalardi*, qui, refusant l’attitude de soumission à la discipline du parti et de l’Internationale adoptée par Bordiga en 1926, s’orienta vers un travail fractionnel décidé. Réunissant quelques dizaines de militants à Paris, Lyon et Marseille, ce groupe établit des contacts avec d’autres oppositionnels à l’étranger, principalement avec le groupe « Kommunistische Politik » autour de Karl Korsch en Allemagne, et commença à partir de novembre 1927 à publier son propre journal : Le Réveil Communiste.

Exclu du Parti communiste en août 1927, à la suite d’incidents au cours d’un meeting à la Bellevilloise, Corradi participa au groupe du « Réveil » jusqu’à sa fin en 1929. Refusant de suivre Pappalardi dans son évolution « ouvriériste », Corradi rejoignit alors les rangs de la « Fraction de gauche du PC d’I. », constituée en 1928 par le courant principal de l’opposition « bordiguiste » en exil. Bon orateur, Pierre Corradi devint l’un des porte-parole attitrés de la « fraction » à Paris, intervenant comme contradicteur dans les principales réunions publiques des diverses tendances de l’émigration politique italienne. Il noua ainsi des relations amicales avec des personnalités aussi diverses que Camillo Berneri ou Carlo Rosselli. Il participa également à diverses réunions communes entre trotskystes et bordiguistes jusqu’à ce qu’intervienne la rupture entre la « fraction italienne » et l’Opposition internationale de gauche.

En 1936, Pierre Corradi fit partie de la « minorité » qui refusa le mot d’ordre de « défaitisme révolutionnaire » adopté par la direction de la fraction bordiguiste à propos des événements d’Espagne. En août, il présenta et fit adopter par la Fédération de Paris la motion « Piero » soutenant les membres de la fraction partis pour l’Espagne contre le texte présenté par O. Perrone condamnant ce départ. Après l’exclusion de l’ensemble de la minorité de la fraction, Corradi rejoignit l’Union communiste, animée par Gaston Davoust* et Jean de Lastérade*, où il resta jusqu’en 1939. Après la guerre, il fut membre du groupe « bordiguiste » français jusqu’au début des années 1960.

En novembre 1982, Pierre Corradi vivait toujours à Paris.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20680, notice CORRADI Pierre par Michel Prat, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 10 janvier 2009.

Par Michel Prat

SOURCES : Plateforme de la gauche. Projet de thèses présenté par un groupe de « Gauchistes » (bordiguistes) à l’occasion du Ve congrès du Parti communiste français, Imprimerie spéciale de la Librairie du Travail, 1926. — Prometeo, n° 136, 20 septembre 1936. — L’Internationale, n° 27, 10 avril 1937. — Philippe Bourrinet, La Gauche communiste italienne 1926-1945 (ébauche d’une histoire du courant « bordiguiste »), mémoire de maîtrise, Paris I, 1979. — Michel Roger, Histoire de la « gauche » italienne dans l’émigration, 1926-1945, Thèse de 3e cycle, EHESS, 1981. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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