BERTRAND Maurice, Antoine

Par André Balent

Né le 16 décembre 1923 à Montolieu (Aude), mort en action de combat le 22 avril 1944 à Lacaune (Tarn) ; maquisard du Corps franc de la Montagne Noire (Armée secrète)

Maurice Bertrand était originaire d’une commune du Cabardès, au nord de Carcassonne, sur le flanc méridional de la Montagne Noire, ensemble montagneux du Sud-Ouest du Massif Central. Réfractaire du STO, il intégra rapidement le Corps franc de la Montagne Noire (CFMN), maquis formellement rattachée à l’AS.

Au printemps de 1944, le CFMN fondé officiellement à Castres (Tarn) le 20 avril 1944 était depuis longtemps en gestation : des petits maquis souvent affiliés à l’AS, comme le maquis de Durfort animé par les frères Arnaud, de Revel (Haute-Garonne), Roger et Charles, assuraient le regroupement des réfractaires. Un autre maquis de l’AS, le maquis de Lattre de Tassigny, avait été rassemblé dans les monts de Lacaune (Tarn) par le lieutenant de dragons de l’ancienne armée d’armistice, Bernard Jouan de Kevernoael. Ils furent regroupés dans le CFMN. Cette nouvelle formation était formellement rattachée à l’Armée secrète (AS) mais était lié au Special Operations Executive britannique (Voir Sévenet Henri).

Maurice Bertrand faisait partie d’un groupe de réfractaires rassemblés dans les monts de Lacaune (et non dans la Montagne Noire), à l’extrême sud-est du département du Tarn, aux confins de l’Aveyron et de l’Hérault. Un maquis y était en gestation depuis 1943. Les réfractaires, au nombre de quatre-vingt environ, se déplacèrent de La Maresque (commune de Lacaune) et se divisèrent en trois groupes : à la ferme de la Teillère ; sur le plateau de l’Escournadouyre où il s’abritaient sous des tentes confectionnées à partir de parachutes ; à la Jasse de Martinou. À la Jasse de Martinou, il y avait des bâtiments agricoles abandonnés et, avant la Seconde Guerre mondiale, le vicaire d’une paroisse toulousaine y avait implanté une colonie de vacances. Une vingtaine réfractaires, désormais rattachés au maquis « De Lattre de Tassigny » de Bertrand Joan de Kevernoael, récemment intégré au CFMN, y avaient établi leur cantonnement. Pour sa part, deux terrains de parachutage avaient été aménagés à Martinou ou à sa proximité. Leur repérage par un avion de reconnaissance allemand,fut à l’origine de l’attaque des 22 er 23 avril 1944.

Pour sa part, Maurice Bertrand et les autres victimes du combat du 22 avril se trouvaient au cantonnement de la Teillère où une quinzaine de maquisards étaient chargés de protéger le matériel roulant du maquis de Lattre de Tassigny récemment intégré au CFMN. Pendant la nuit du 21 au 22 avril, des Allemands venus de Castres (Tarn) et de La Salvetat [La Salvetat-sur-Agoût, depuis 1958] (Hérault), au nombre de 200 environ, convergèrent vers la cantonnement de Martinou dont ils avaient été informés de la localisation précise. Les soldats allemands encerclèrent la jasse et les bâtiments occupés par les maquisards. Le lieutenant Jelinek alias Léopold, un Croate,— qui avait réussi à s’échapper après la révolte, réprimée, des 17 et 18 septembre 1943 du contingent bosniaque et croate de la 13e division SS Handschar stationnée à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) — qui commandait les maquisards de la Jasse de Martinou demanda à deux de ses hommes de briser l’encerclement afin de donner l’alerte. Le maréchal des logis chef Paillery qui commandait le détachement de la Teillère parti, en automobile, avec onze de ses hommes, à la rencontre des Allemands qui attaquaient la Jasse de Martinou. Maurice Bertrand était l’un d’entre eux. Cette action permit aux occupants de Martinou de briser l’encerclement. En revanche, au col de Piquotalen, à proximité de Martinou, cinq hommes de la Teillère, dont Maurice Bertrand, furent tués au cours du combat. Voir aussi : Cousinier Maurice, Mora Emmanuel, Paillery Gilbert, Tabellion André.

Maurice Bertrand fut inhumé dans le cimetière communal de Montolieu (Aude). Le nom de Maurice Bertrand figure sur le monument ossuaire du Corps Franc de la Montagne Noire dans la forêt de Font Bruno à Escoussens (Tarn). Une stèle érigée en bordure de la RD 907, à proximité du col de Picotalen [ou Piquetalent, Piquotalen], à peu de distance de la jasse de Martinou, a été érigée à la mémoire des cinq maquisards du CFMN — dont Maurice Bertrand — tués à la jasse de Martinou le 22 avril 1944. Le nom de Maurice Bertrand figure aussi que un monument érigé près de l’église de Lacaune (Tarn) à la mémoire des morts (15) de la commune (ou sur le territoire de la commune) en 1944 et 1945. Enfin, il figure sur le monument aux morts de Montolieu (Aude).

Voir Lacaune, jasse de Martinou et col de Picotalen (22 avril 1944)

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article206501, notice BERTRAND Maurice, Antoine par André Balent, version mise en ligne le 15 septembre 2018, dernière modification le 27 septembre 2018.

Par André Balent

SOURCES : Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [pp. 333-334]. — Amicale du 3e régiment de Dragons et de l’escadron d’éclairage divisionnaire n°3 [CFMN], Le tableau d’honneur du 3e régiment de dragons. Seconde Guerre mondiale. Résistance. 1939-1945 [morts du CFMN, 1944], 2012, 21 p, [p. 6], PDF, en ligne. — Site MémorialGenWeb consulté le 14 septembre 2018. — Site du collège du Montalet à Lacaune (Tarn) montalet.81230.over-blog.com/2015/12/la-resistance consulté le 14 septembre 2018. — Blog cessenon.centerblog.net/5844213-Chemin-de-la-Memoire-pres-de-Lacaune consulté le 14 septembre 2018.

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