CORDILLOT Jean, André

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

Né le 17 mars 1927 à Cervon (Nièvre), mort le 14 avril 2016 dans une clinique de Massy-Palaiseau (Essonne) ; répétiteur, puis professeur ; militant communiste, secrétaire de la fédération communiste de l’Yonne (1951-1972) ; député de l’Yonne (1956-1958) ; maire de Sens (1995-2001) ; conseiller général de l’Yonne (1967-2001) ; conseiller régional de Bourgogne (1998-2004).

Jean Cordillot chez lui en 2007
Jean Cordillot chez lui en 2007

Pendant la deuxième moitié du XXe siècle, Jean Cordillot fut une figure marquante du mouvement communiste de l’Yonne. Déterminé, rigoureux, populaire au-delà de son milieu, il s’affirma comme un dirigeant fédéral difficilement remplaçable.
Fils d’un petit cultivateur (quatre vaches, un cheval, un peu de céréales, 3,5 ha en propriété et autant en location) et d’une institutrice (fille d’un couvreur qui avait fait le tour de France, vraisemblablement franc-maçon) qui avait fait l’École normale, Jean Cordillot fut élevé dans le canton de Corbigny (Nièvre) ; baptisé, il fut enfant de chœur. Les parents étaient laïques et avaient le « cœur à gauche ». Il eut deux sœurs (l’une employée de banque, l’autre femme d’un artisan couvreur qui assurait le secrétariat de l’entreprise) et un frère qui reprit la ferme. La famille vivait dans le logement de fonction.
Jean Cordillot entra au cours complémentaire de Corbigny comme interne en 1938 et fut reçu premier au concours de l’École normale d’instituteurs en 1943. Il suivit les cours au lycée jusqu’au baccalauréat tout en faisant connaissance avec les milieux communistes ; il entra dans le mouvement communiste en septembre 1944. D’octobre 1945 à juin 1947, il fit sa formation professionnelle à l’EN d’Auxerre (Yonne) où il connut sa future épouse, Suzette Varenne (voir Suzette Cordillot*), fille de Georges Varenne*, dirigeant communiste mort en déportation. Membre du Syndicat national des instituteurs, il fut le secrétaire de la section des normaliens (octobre 1945-juin 1947). Il commença des études de lettres modernes et d’allemand pour obtenir une licence : il eut deux certificats de licence dans chacune des deux disciplines, mais il dut s’arrêter avant la licence complète.
Quinze jours instituteur rural dans le Haut-Morvan (donc sans possibilité d’accéder à une ville universitaire), il saisit une occasion pour être nommé répétiteur à l’École nationale professionnelle de Vierzon (Cher) à partir d’octobre 1947. Dans cette ville, il rencontra une société ouvrière fortement marquée par le communisme et alors en pleine grève. Il garde le souvenir d’un univers chaleureux. Membre du bureau de section de Vierzon et membre du comité fédéral du Cher en 1948, son militantisme fut intense. Il adhéra alors au Syndicat national de l’enseignement technique. Après 1948, il milita aussi à la FEN-CGT. Il fut muté au collège technique de Sens (Yonne) en octobre 1950 comme répétiteur, puis comme professeur. Il militait alors au sein du SNET et fut désigné comme membre suppléant de sa commission administrative nationale sur la liste « cégétiste » en 1950-1951. Il fut assesseur lors de la séance du 20 mars 1951 du congrès national du SNET et fut désigné comme suppléant de la commission administrative paritaire nationale pour les personnels de surveillance en 1952.
Jean Cordillot adhéra formellement au PCF en janvier 1947 à Auxerre et fut le secrétaire de la cellule de l’École normale d’instituteurs pendant six mois. Dès son arrivée à Sens, secrétaire de la section communiste locale qui était dans un grand état de faiblesse, il fut coopté au comité de la fédération communiste, devint membre du secrétariat fédéral, comme secrétaire politique, en décembre 1951, à l’occasion d’un fort renouvellement et de la mise à l’écart de Victor Bolzan*. Il retrouva cette responsabilité dans le courant de l’année 1953, après le service militaire, et se consacra à la reconstitution de la section communiste de Sens, avec un net succès. Au milieu des années 1950, la fédération avait présenté sa candidature pour suivre les cours du stage réservé aux instituteurs communistes, mais il n’y eut pas de suite et il ne suivit aucune école de formation, ni fédérale, ni centrale. Tout juste fit-il un stage syndical de la FEN-CGT à Viroflay, en 1949, sous la direction de Maurice Loi* ; il y sympathisa avec Philippe Rabier*. Lors de la conférence fédérale de 1953, il fut élu premier secrétaire politique fédéral, responsabilité qu’il conserva jusqu’en 1972, une continuité peu commune. Il fut à partir de cette date membre du bureau fédéral, responsable des intellectuels et des élus. À partir de 1994, il ne siégea plus que comme membre du comité fédéral, puis du comité départemental du PCF dans l’Yonne.
Professeur d’enseignement général au lycée professionnel de Sens, il ne fut jamais permanent et la fédération, assez pauvre, n’eut de salarié que pendant des moments très courts.
Jean Cordillot fut élu député en janvier 1956. Il participa à la commission des affaires économiques et à celle de la commission des territoires d’outre-mer dont il devint secrétaire le 10 février 1956, puis à la commission de l’éducation nationale. Lors du débat du groupe parlementaire communiste en mars 1956, il fut un des seuls à se prononcer contre le vote des pouvoirs spéciaux au gouvernement pour régler la situation algérienne, mais il vota en séance les pouvoirs spéciaux. Il garde le souvenir d’une réunion interne (groupe parlementaire et comité central du PCF), le 12 mars, où, après un Maurice Thorez « peu convaincant », Pierre Courtade* fit une charge très virulente contre l’approbation des pouvoirs ; lui-même intervint dans le même sens mais de façon plus « timide ». Dès les élections législatives partielles de juillet 1956, la fédération constata des réactions négatives et un nombre de votes blancs et nuls inhabituels, sans compter une perte de près de cinq mille voix.
Battu en novembre 1958 (63 117 inscrits, 9 944 au premier tour, puis 10 809 voix au second) dans la 3e circonscription (Sens-Joigny), Jean Cordillot fut régulièrement candidat aux premier et deuxième tours des élections législatives de 1962 (63 383 inscrits, 10 154, puis 16 510 voix), de 1967 (65 448 inscrits, 13 563, puis 22 858 voix) où il s’approcha du succès (dans la circonscription d’Auxerre, Guy Lavrat* aurait été en état de gagner si des directives nationales n’avaient pas réservé ce siège aux socialistes), de 1968 (64 948 inscrits, 11 975, puis 18 420 voix), de 1973 (71 252 inscrits, 15 942, puis 24 365 voix), de 1978 (81 937 inscrits, 17 011, 30 688 voix). Il fut également candidat aux élections législatives de 1981 (84 462 inscrits, 13 1965 voix, désistement au 2e tour pour le candidat PS arrivé en tête de la gauche) ; en 1986, scrutin départemental à la proportionnelle (221 098 inscrits, 16 903 voix pour le PCF) ; en 1988 (78 325 voix, éliminé) ; en 1993 (81 428 inscrits, 8 402 voix, éliminé) ; en 1997 (82 407 inscrits, 9 511 voix, éliminé).
Candidat aux élections cantonales dès octobre 1951 à Joigny, Jean Cordillot fut battu en 1961 et élu en 1967 (2 361 voix, puis 3 598 voix au deuxième tour) dans le canton de Sens-Nord, seul communiste, réélu en 1973 dans le canton de Sens-Sud-Est dès le premier tour, réélu en 1978 et en 1985 (1 706 voix, 2 938 voix).
Jean Cordillot conduisit la liste communiste aux élections municipales de Sens en 1959, en 1965 et en 1971. En 1977, la liste d’union de la gauche obtint deux élus, dont Cordillot ; en 1983, six candidats furent élus après une campagne « difficile et médiocre », la liste ayant deux têtes, un socialiste et Cordillot. En 1995, la liste communiste l’emporta dans le cadre d’un « face à face », devançant la liste du maire de droite sortant de 4 788 contre 4543. Il s’agissait d’une liste de très large rassemblement, non soutenue par le Parti socialiste, les négociations PC-PS ayant échoué, le PS revendiquant la tête de liste ; la liste comprenait cependant trois socialistes dont deux furent exclus du PS. Il devint maire et bénéficia pour agir de larges soutiens, mais le mandat fut difficile en raison du pouvoir de la droite dans l’office de logement et aussi du peu d’aide de la fédération communiste qui avait mis à l’index, en 1994, Guy Lavrat et Jean Cordillot. Il dut solliciter à plusieurs reprises des arbitrages nationaux qui lui furent d’ailleurs favorables. En 2001, la conjoncture électorale précédente ne se retrouva pas ; l’union fut difficilement au rendez-vous et une liste de droite put, dès le premier tour, reconquérir la ville, au terme dit-il « d’une campagne inouïe axée sur les problèmes de sécurité ». Il resta conseiller municipal d’opposition et conseiller régional.
À partir des années 1980, Jean Cordillot, tout en restant un militant communiste actif, affichait des désaccords avec la ligne politique de la direction du PCF et avec l’orientation de la fédération communiste icaunaise. Il figurait en 51e position sur la liste « Bouge l’Europe ! » conduite par Robert Hue pour les élections européennes de 1999 et parmi les 500 élus présentant la candidature de Robert Hue aux élections présidentielles de 2002. Membre d’ATTAC, il intervint à plusieurs reprises pour soutenir les sans-papiers et dans le cadre du Réseau Éducation sans frontières. Après avoir, avec d’autres « communistes unitaires », approuvé un appel pour soutenir une éventuelle candidature unitaire à la présidence de la République en 2007, il signa aussi l’appel « L’Heure du choix » soutenant une « candidature recevable par le plus grand nombre de sensibilités et qui exprime aussi les attentes et les valeurs des communistes ». « J’ai désapprouvé la candidature de Marie-Georges Buffet et n’ai pas fait campagne pour elle », écrit-il en octobre 2007.
Militant communiste caractérisé par une rigueur et un sérieux qui impressionnaient y compris ses adversaires, Jean Cordillot manifesta une volonté d’ouverture, notamment dans le domaine religieux, dans celui de la gestion locale et enfin dans la prise en compte des nouvelles sensibilités du mouvement social.
Jean Cordillot est chevalier de la Légion d’honneur et officier des Palmes académiques.
Jean et Suzette Cordillot sont parents de cinq enfants : Michel (1951), américaniste, historien du mouvement ouvrier ; Martine (1952) ; Claudine (1953), maire communiste de Villejuif (Val-de-Marne) ; Daniel (1956), qui occupe des responsabilités au SNUIPP et à la FSU ; Françoise (1961).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20615, notice CORDILLOT Jean, André par Jacques Girault, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 24 octobre 2016.

Par Jacques Girault, Claude Pennetier

Jean Cordillot chez lui en 2007
Jean Cordillot chez lui en 2007
Suzette Cordillot, chez elle en 2007
Suzette Cordillot, chez elle en 2007

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. ADIAMOS (archives de Jean Cordillot classées par Amélie Pillard). — Presse syndicale. — DPF, 1940-1958, op.cit., t. 3 — Entretiens de Claude Pennetier avec Suzette et Jean Cordillot.

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