PORTIER Henri

Par Josette Ueberschlag

Né le 15 février 1941 à Lorient (Morbihan), mort le 4 janvier 2007 à Apt (Vaucluse) ; professeur d’histoire-géographie ; militant anarcho-syndicaliste ; militant de la FEN (tendance École Émancipée) ; membre actif du CIRA de Marseille ; cinéaste et historien du mouvement Freinet.

Henri Portier
Henri Portier
A Vence en 1976

Son père, Henri, Mathurin Portier, né à Rohan (Morbihan) le 7 mars 1912, fils d’un bourrelier, était pensionné militaire à 100 % pour une tuberculose contractée au service militaire en 1932. Henri Portier fut donc reconnu pupille de la Nation. Son acte de naissance ne comporte aucune mention de sa mère biologique. Son père se maria le 10 octobre 1946 à Cléguérec (Morbihan), avec Régina, Marie, Louise Henrio, née le 19 avril 1915 à Cléguérec, maroquinière de son métier, divorcée de Louis Raphaël, Eugène Servel en juin 1946. Celle-ci reconnut Henri Portier comme son fils en 1973.

Son père fut adhérent du Parti communiste français de 1944 à 1947, mais continua de lui apporter sa voix aux élections jusqu’à la fin de sa vie, le 1er mars 1985 à Lorient. Sa mère fut responsable de l’Union des Femmes Françaises, et le resta bien après le départ du PCF de son mari. Suivant leur exemple, Henri Portier ne cessa de mener des combats politiques, mais lui dans la mouvance anarchiste.

Sa conscience politique s’éveilla quand il était élève-maître à l’École normale d’instituteurs de Vannes (Morbihan), où il était entré en 1958. En 1961, selon son témoignage publié en 1997, il commença « sans enthousiasme » sa formation professionnelle dans des stages classiques où il fallait « singer de braves maîtres d’application aux méthodes infaillibles, ronronnantes », avec pour seule perspective « une nomination dans un bled perdu du Morbihan » puis « pour la gloire et la pacification dans un autre bled, des Aurès ». C’est à cette époque que débutèrent ses premières luttes syndicales et politiques, notamment pour la fin de la guerre d’Algérie. Il soutint ensuite le projet de Louis Lecoin en vue de faire reconnaître par le Parlement, le statut d’objecteur de conscience voté le 22 décembre 1963.

Entre-temps, en 1962, sursitaire, il commença à travailler comme surveillant dans un lycée pour financer ses études en histoire à la faculté des Lettres de Rennes et, dès ce moment, se syndiqua au Syndicat national de l’enseignement secondaire-FEN, en se reconnaissant dans la tendance « École émancipée » dont il resta un fidèle militant toute sa vie. Il était aussi depuis 1966, membre de l’Union des anarcho-syndicalistes (UAS) regroupant des militants de différentes fédérations et confédérations : FEN, CGT, FO, CNT. Pendant son parcours universitaire, notons aussi sa participation au groupe surréaliste du « Bigarro littéraire » animé par Annie Le Brun, Hervé Delabarre et Jean-Pierre Guillon, l’interruption de ses études durant un an de service militaire, enfin la préparation en 1970 d’un diplôme de psychologie sociale.

Étudiant, il rencontra Suzy Boussard, étudiante elle aussi, qu’il épousa le 5 septembre 1964 à Lorient (Morbihan). Née le 2 avril 1942 à Meknès (Maroc), elle était la fille d’Yves, Marie Boussard et d’Anne-Marie Kervahut. À 20 ans, elle fut envoyée au sanatorium des étudiantes à Vence (Alpes-Maritimes), géré par la Mutuelle nationale des étudiants de France. Grâce à une visite organisée par la MNEF, elle rencontra pour la première fois Célestin Freinet à l’école privée du Pioulier à Vence, fondée par ce dernier en 1935. Ce fut pour elle une révélation, comme pour son mari à la même époque.

Dès la fin de sa scolarité à l’école normale, Henri Portier participa en effet aux groupes de réflexion Freinet. Il se souvenait avoir eu en CP et CE, une institutrice et un instituteur pratiquant cette pédagogie, elle d’opinion socialiste et lui, membre du PCF. Son premier contact avec des pédagogues Freinet eut lieu à Gourin (Morbihan) dans la classe d’un instituteur qui les recevait ce jour-là. Cette visite fut décisive pour lui. Il noua avec ces militants, des liens durables dans les luttes ouvrières des années 1960-1970. Ceux-là devinrent pour lui une seconde famille.

Henri Portier fut victime de la répression qui sévissait dans l’enseignement après mai 1968. Sa délégation de surveillance n’ayant pas été renouvelée, il fut nommé avec son épouse pour enseigner à la rentrée 1970 au collège d’enseignement général d’Ambrières-le-Grand [devenu Ambrières-les-Vallées en 1972] (Mayenne), lui comme maître-auxiliaire sur un poste de PEGC section II, lettres-histoire.

Ce collège était une petite structure expérimentale, autogérée par les élèves et leurs professeurs visant une forme d’enseignement alternatif (cours de français, mathématiques et anglais, le matin ; ateliers l’après-midi). Ce projet initié par Pierre Dury, directeur du collège, et Patrick Picaut, PEGC (section II, mathématiques-physique), avait reçu l’agrément du ministère de l’Éducation nationale en tant que « recherche spontanée », autrement dit sur un projet écrit non par des universitaires, mais par l’équipe enseignante elle-même. Henri Portier y initia un atelier de cinéma qu’il équipa d’une caméra huit et super-huit, ce qui permit aux collégiens de créer de petits films d’animation. S’appuyant sur cette structure, il put organiser pour les enseignants, des formations à la pratique du cinéma en classe.

Selon Patrick Picaut, Henri Portier, fort convaincant auprès des parents d’élèves, ne ménagea ni sa peine, ni son temps pour promouvoir la pédagogie Freinet dans les villages de la Mayenne. Fondateur également du Sporting-club d’Ambrières en 1971, il s’illustra dans l’équipe de hand-ball.

Il quitta Ambrières à la rentrée 1980 ; en effet, le couple venait d’obtenir sa mutation pour le midi méditerranéen dont le climat sec était plus clément pour son épouse et leur fils asthmatique, Sylvain, né en 1975.

Nommé d’abord au collège de Cavaillon (Vaucluse), il devint ensuite « titulaire-remplaçant » pour l’ensemble du département du Vaucluse. Reçu en 1991 au concours interne du CAPES d’histoire-géographie, il obtint un poste de professeur certifié au lycée de Cavaillon. Et, seulement en toute fin de carrière, il accéda au lycée d’Apt dans lequel Suzy Portier enseignait déjà comme professeure de lettres.

Une fois nommé dans le Midi, il s’empressa de collaborer activement au CIRA de Marseille (Centre international de recherches sur l’anarchisme), animant des débats, présentant des films, y constituant une vidéothèque.

Pendant toute sa carrière, il milita dans le Mouvement Freinet dont il assura diverses charges, notamment :
- co-fondateur et animateur de la commission « Histoire et patrimoine de la pédagogie Freinet » ;
- secrétaire général du Comité pour la célébration du centenaire de la naissance de Célestin Freinet et, à ce titre, organisateur des journées internationales UNESCO à Paris, les 7 et 8 oct. 1996 ;
- membre du conseil d’administration de l’Institut coopératif de l’école moderne (ICEM) de la rentrée 1994 à celle de 1997.
- membre du conseil de l’école Freinet à Vence (Le Pioulier) de 1992 à 1999, y représentant l’association « Les Amis de Freinet » dont il fut adhérent de 1985 à 2004 ;
- archiviste des bandes cinématographiques en pédagogie Freinet et collecte d’anciens journaux scolaires (ce fonds depuis, a été déposé aux archives départementales des Alpes-Maritimes) ;
- nombre d’enquêtes pour relater la vie et les œuvres de militants Freinet, disparus.

Henri Portier se disait « syndicaliste révolutionnaire, pacifiste et antimilitariste, libertaire et anticlérical, pédagogue Freinet et anti-inspecteur, autogestionnaire et anti-carriériste, [vouant de surcroît une immense passion au courant] surréaliste ». Chez lui s’entrecroisèrent constamment engagements politiques et pédagogiques, nourris par de longues discussions avec Emmanuel Mormiche et Jacques Métivier, « ses véritables mentors » rencontrés en 1964 dans le cadre de l’UAS. Il apprit d’eux que l’on peut « conjuguer ensemble syndicalisme et anarchisme, que cela donne l’action directe, autogestionnaire et révolutionnaire ».

Il prit sa retraite en 2000, son épouse en 2002. Suzy Portier décéda quelques années après lui, à son domicile à Apt, le 10 janvier 2014.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article205403, notice PORTIER Henri par Josette Ueberschlag, version mise en ligne le 30 juillet 2018, dernière modification le 3 février 2019.

Par Josette Ueberschlag

Henri Portier
Henri Portier
A Vence en 1976
Croquis par Cabu

ŒUVRE : Cinématographe et Mouvement Freinet 1927-1940, éd. ICEM-Pédagogie Freinet, 1989. — « À l’origine d’un mouvement pédagogique : des idées des hommes… et le cinématographe », in La pédagogie Freinet. Mises à jour et perspectives, dir. Clanché, Debarbieux, Testanière, Presses universitaires de Bordeaux, 1994, p. 215-222. — « De l’utilisation du film comme outil pédagogique à l’appropriation du cinéma par les élèves comme outil de création », in Cinéma-École : Aller-retour, textes rassemblés par Didier Nourrisson et Paul Jeunet, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2001, p. 113-126. — Nombreux articles dans Le monde libertaire, L’Éducateur, le Bulletin des Amis de Freinet, L’École Émancipée. — Réalisation d’un coffret de 2 DVD comprenant notamment les films : L’école buissonnière (1949) et Prix et profits, la pomme de terre (1932), ainsi qu’un livret de 16 pages, éditions Doriane Films, 2007.

SOURCES : Notice Henri Portier dans le Dictionnaire Maitron des anarchistes par Marianne Enckell. — Témoignage de H. Portier in Le mouvement Freinet au quotidien. Des praticiens témoignent, Brest, éd. du Liogan, 1997 ; p. 26-27, p. 41 et p. 256-257 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3323758d.texteImage) — Archives privées de Claude Guihaumé, de Roger Ueberschlag à propos des « recherches spontanées ». — Notes de Jacques Cousin, Sylvain Dufour, Marianne Enckell, Jacques Girault, Guy Goupil, Claude Guihaumé, Michel Mulat et Patrick Picaut.

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