LABROSSE Juliane

Par Gérard Leidet

 Institutrice à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; militante syndicaliste du SNI, secrétaire générale de la section des Bouches-du-Rhône (1926-1927).

Institutrice et directrice de l’école de filles de La Timone à Marseille, Juliane Labrosse était, en octobre 1924, militante du Syndicat général des instituteurs et institutrices des Bouches-du-Rhône (SG), membre de sa commission de surveillance, et élue au Conseil départemental de l’enseignement primaire. En octobre 1923, elle avait été avec V. Etienne, déléguée au congrès de son syndicat.

Le département connaissait une situation particulière au plan syndical depuis 1922. Après la guerre, les Marseillais étaient partisans de la fusion entre les « anciens » syndicats de la Fédération des syndicats des membres de l’enseignement laïque, à laquelle ils appartenaient, et les sections départementales du Syndicat national né en 1920 de la transformation en syndicat des amicales d’instituteurs. Mais le bureau fédéral élu en 1919 et dirigé par Louis Bouët était fermement opposé à cette fusion. Dès lors la polémique entre fusionnistes et anti-fusionnistes ne cessa de faire rage dans la Fédération qui s’affilia à la CGTU, et les relations avec les dirigeants du syndicat des Bouches-du-Rhône se dégradèrent. Au congrès fédéral de Brest en août 1923, la majorité se sépara du syndicat des Bouches-du-Rhône. En 1924-1925, le Syndicat général (SG) des Bouches-du-Rhône regroupait 500 instituteurs syndicalistes « dissidents » qui n’acceptaient pas la scission entre la CGT et la CGTU et refusaient de rejoindre le SN-CGT (78 000 membres) ou le SMEL-CGTU (3 600 membres). Le SG, souvent désigné comme « Fédération Gourdon-Vielmas », prônait donc une autonomie « provisoire » en attendant la « fusion » et la réunification syndicale. Le « Syndicat général » avait donc désigné successivement, selon Bernard Varèse, secrétaire général du SN des Bouches-du-Rhône, deux réalités : « celle de la fusion qui regroupa pendant près de deux ans (jusqu’en janvier 1924) tous les membres des deux syndicats (SN et SMEL participant par leurs délégués aux congrès de leurs fédérations respectives), et celle de la « dissidence » qui n’était plus affilié à aucune fédération… ».

À la rentrée 1924, la commission de surveillance du SG était donc composée de trois membres par syndicat : Mme Darbon, Etienne Millet, Bernard Varèse pour le SN-CGT ; Brun, Labeille, Teissier pour le SMEL-CGTU ; Jean Angelini, Victor Gourdon et Orsini pour le SG ; auxquels étaient adjoints les quatre élus au Conseil départemental : Arnaud et Feljas pour les instituteurs, Mme Féraud et Juliane Labrosse pour les institutrices. Dans cette instance, en novembre de la même année, cette dernière fut chargée du rapport concernant la surveillance après la classe, de 16 h 30 à 18 h. La revendication, présentée depuis juillet 1923 à la mairie de Marseille, demandait une rétribution proportionnelle au traitement, ce qui était loin d’être le cas, puisque « pour une durée de travail quatre fois moindre, la ville nous donne un salaire dix fois plus petit ».

Lors de la séance du conseil intersyndical du 15 janvier 1925, la discussion revint sur la question des directions déchargées de classes. Le transfert (création d’une direction déchargée de classe dans une école où fonctionnait un cours complémentaire) ayant été décidé par le conseil départemental sur la proposition de l’administration, Arnaud et Feljas du SMEL votèrent contre, ainsi que Vielmas* du SG. Mme Féraud et Juliane Labrosse s’abstinrent, celle-ci expliquant que la création et le transfert constituaient deux sujets bien distincts. S’il avait été question de création d’une direction déchargée elle aurait voté contre ; en s’abstenant, elle s’était conformée à l’ordre du jour voté par son assemblée corporative. Elle demanda à cet égard de poser le principe que les délégués au CD devaient se conformer aux directives des assemblées corporatives.
Juliane Labrosse participa au congrès national du SN à Strasbourg, les 5, 6 et 7 août 1925, en compagnie de Bernard Varèse, Victor Gourdon, Armand Bernard et Jules Gautier, membres du bureau départemental. De retour du congrès, elle rendit compte de la question du « traitement unique ». Elle rappela combien les jeunes avaient intérêt à revendiquer des hausses de traitement en début de carrière et une diminution du nombre de classes dans la grille des salaires. Elle les exhortait à rejoindre le SN afin de soutenir les efforts de Louis Roussel.

Lors de l’assemblée générale du 11 mars 1926, Bernard Varèse rendit compte des négociations menées avec le SG, qui avaient abouti à un référendum se concluant en faveur de l’adhésion au SN. La « fusion » devenait, en partie, effective : dix membres du conseil syndical du SG remplaçaient dix membres démissionnaires du SN (Mmes Bouffard, Granet et Macchia ; MM Aillaud, Mouton, Musso, Mariani, Poggi, Mazet, Vedel). Juliane Labrosse fit partie des dix nouveaux membres du conseil issus du SG, en compagnie de Mme Féraud ; Mme Arnaud (Aix), Finiels (Salon), Angélini, Daumas, Gourdon, Giudicelli, Taupenot, et Vielmas (Marseille). En conclusion, l’assemblée adressa une demande à l’Inspecteur d’académie afin de bien vouloir convoquer « en toute circonstance », au moins deux délégués du Syndicat national pour assurer la présence de l’ancien représentant du SN et de l’ancien représentant du SG.
À l’automne 1926, deux groupements universitaires étaient affiliés à la CGT : le SNI (78 000 adhérents) et la Fédération de l’enseignement des 2e et 3e degrés (dit syndicat Zoretti, (500 membres). La question était de savoir si le SNI devait demeurer dans la CGT par le canal de la Fédération des fonctionnaires, ou bien former, avec le syndicat Zoretti, une Fédération de l’Enseignement qui aurait sa place au Cartel des services publics au sein de la CGT. Juliane Labrosse proposa la nomination de deux rapporteurs : « pour le retrait du SNI de la Fédération des Fonctionnaires » et pour l’avis contraire, l’assemblée générale départementale du SN devant valider le choix. Dans la même période, elle s’adressait aux « sauvages », désignant ainsi les nouvelles recrues qui, adhérant directement au SG, ne choisissaient pas une carte confédérale, et leur demandait d’adhérer au SNI.
Juliane Labrosse devint secrétaire générale de la section des Bouches-du-Rhône du SNI en octobre 1926, succédant à Bernard Varèse. Elle était assistée d’Armand Bernard, secrétaire administratif, instituteur à l’école de garçons Arenc-Bachas, responsable de la vie des sous-sections, de Daumas, trésorier général, instituteur à l’école des Chartreux et de René Millet, secrétaire de la rédaction du bulletin, instituteur à l’école de la rue Hesse. Deux conseillères départementales siégeaient alors au bureau du syndicat : mademoiselle Leschi*, institutrice à l’école maternelle de Salon puis à l’école Menpenti de Marseille (s’agit-il d’Antoinette Leschi, future inspectrice primaire et épouse de Paul Cuminal ?), et Marthe Rigaud, institutrice à l’école de filles du quartier des Crottes.

Le 15 décembre 1926, Juliane Labrosse fit partie de la délégation du comité de vigilance intersyndical pour les études surveillées (composé de Mmes Leschi, Marthe Rigaud, et Jules Gautier pour le SN ; Dollo, Ollivier et Jean Salducci pour le SMEL), reçue par l’adjoint au maire à l’Instruction publique. Elle souhaitait que le personnel enseignant puisse bénéficier d’un réajustement de l’indemnité de surveillance, proportionnelle au relèvement de traitement que la municipalité accordait à ses employés. Elle rencontra Siméon Flaissières , alors maire de la ville, et le 2 mars 1927, le conseil municipal décida d’accorder une augmentation d’indemnité de surveillance égale aux 3/10 de celle des employés municipaux.

Juliane Labrosse présida l’assemblée générale départementale du SNI du 20 octobre 1927, où fut débattue la question de la double affiliation au SN et au SMEL. Elle fit voter qu’un.e instituteur.trice double-affilié.e puisse faire partie du conseil syndical du SN (23 pour, 14 contre) mais que ce ne soit pas possible s’il.elle était aussi membre du CS du SMEL (32 contre, 6 pour).

En tant que secrétaire de la section départementale du SNI, Juliane Labrosse était en 1927 gérante du Bulletin. Elle quitta, le 17 novembre 1927, la fonction de secrétaire général et fut remplacée par Jules Gauthier. Elle demeura au conseil syndical en tant que responsable de la commission aux traitements (avec Arnaud, Jouve et Rémigous). Elle était dans le même temps déléguée à la Fédération des Amis de l’instruction laïque des Bouches-du-Rhône, avec Mlle Fambon, Mme Féraud, Bernard, Daumas, Gourdon, Main, et Millet. À ce titre, elle assista, comme déléguée du SN, au VIe congrès départemental à Saint-Chamas. Le 17 janvier 1928, lors de l’AG du SN, l’ordre du jour évoquait l’ouverture d’une souscription pour l’agrandissement du sanatorium de Sainte-Feyre (Creuse). Elle fit valider sa proposition de conserver à la souscription son caractère humanitaire, en partageant en deux la somme recueillie (700 francs) : une pour Sainte-Feyre, l’autre à la caisse de solidarité du SN.

Juliane Labrosse représentait la section départementale du SN, avec Mme Compan et Gruat, à la Commission permanente de la Régionale du Sud-Est qui regroupait les SD des Bouches-du-Rhône, de l’Hérault, du Vaucluse, des Basses-Alpes, des Alpes-Maritimes, du Var, du Gard et des Hautes-Alpes. Lors de l’AG du 25 octobre 1928, elle souligna l’influence très bénéfique de ce regroupement. La Régionale n’avait-elle pas initié la prise en compte par le Syndicat national du « vœu régional » du décompte du temps de congé pour maladie ou maternité des suppléantes dans le temps de service ? Ou bien étudié un projet visant à ce que tous les candidats reçus au concours des bourses, 2e série, soient admis de droit dans les écoles primaires supérieures ? Envisagé que soient supprimés les cours complémentaires d’enseignement général, pour faire place à de nouvelles classes d’EPS plus rationnelles dans une grande ville comme Marseille ? A la fin du congrès de Rennes, l’administration de la Régionale du Sud-Est fut confiée à la section des Bouches-du-Rhône et le secrétariat dévolu à Juliane Labrosse. Une réunion de la Régionale eut lieu à Marseille le 2 décembre 1928, à la brasserie du Chapitre. Elle réunit une douzaine de membres. Florentin Alziary, secrétaire de séance, proposa d’intercaler ce nouvel échelon entre la section départementale et la Fédération. Juliane Labrosse, présidente de séance, appuya la proposition de reconnaissance statutaire de « Régionales » dont la composition, l’organisation et le rôle seraient réglés par un congrès, et insista pour que cette question soit mise à l’étude dans les sections départementales.

En 1935, Juliane Labrosse fut nommée officier d’académie, alors qu’elle était directrice d’une école à La Ciotat (Bouches-du Rhône).

 

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article205378, notice LABROSSE Juliane par Gérard Leidet, version mise en ligne le 30 juillet 2018, dernière modification le 9 janvier 2019.

Par Gérard Leidet

SOURCES : Bulletin mensuel de la section des Bouches-du-Rhône (Ex Union et association pédagogique) du Syndicat national des institutrices et instituteurs publics de France et des colonies, années 1925-1927. — JO, lois et décrets, 14 juillet 1935. — François Bernard, Louis Bouet, Maurice Dommanget, Gilbert Serret, Le syndicalisme dans l’enseignement. Histoire de la Fédération unitaire des origines à l’unification de 1935, en particulier tome II, p. 228.— Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement (1919-1935), Aux origines du syndicalisme enseignant, Syllepse, 2005. — Notes d’Alain Dalançon. — Karnaouch Denise, La Presse corporative et syndicale des enseignants. Répertoire. 1881-1940,L’Harmattan, 2004. – 360 p.— Bulletin mensuel du syndicat des institutrices et instituteurs publics de la section des Bouches-du-Rhône, porte en sur-titre : "Syndicat national des instituteurs et institutrices de France et des colonies" ; Cote BN : 8° Jo.1127.

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