COMPAIN André, Eugène

Par Didier Bigorgne

Né le 10 septembre 1904 à Guise (Aisne), mort le 9 janvier 1977 à Charleville-Mézières (Ardennes) ; ouvrier de la métallurgie, puis du bâtiment ; syndicaliste, militant communiste et résistant FTPF ; trésorier de l’UD-CGTU des Ardennes (1934-1936), dirigeant de l’UD-CGT des Ardennes (1944-1953) ; membre du bureau régional communiste (1933-1939) ; maire de Levrézy (Ardennes) de 1934 à 1940, puis de 1944 à 1953 ; conseiller d’arrondissement (1938-1940) ; conseiller général (1967-1977).

André Compain était le fils naturel de Louise Martine, couturière de profession. Il fut reconnu et légitimé par le mariage de Louise Martine avec Fernand Alfred Compain, ouvrier maçon, le 4 août 1906 à Guise. Après avoir fréquenté irrégulièrement l’école primaire jusqu’à l’âge de dix ans, il entra à l’usine en 1917 pour exercer le métier de mouleur. En 1925, la famille était installée à Braux (Ardennes) où le père travaillait comme charretier. Après avoir fait son service militaire comme caporal, André Compain épousa, le 25 septembre 1926, la fille d’un ouvrier d’usine de Levrezy, Germaine Julie Laure Henri, sans profession, puis ouvrière taraudeuse, déléguée suppléante de son atelier en 1937 ; de cette union naquit un garçon en 1927. André Compain disait de son épouse en 1937 : « Elle est adhérente du Parti depuis deux ans, mais son activité est presque nulle. »
Enthousiasmé par les grandes grèves de Château-Regnault en 1926, André Compain adhéra à la CGTU, puis au Parti communiste en 1930 (d’autres sources donnent 1928). Licencié de l’usine Malicet-Pequel à Braux en 1930, il accéda rapidement à des responsabilités politique et syndicale. En 1932, il était secrétaire-trésorier de la cellule communiste de Levrézy qui comptait une vingtaine d’adhérents. Il devint membre du bureau de la Région communiste des Ardennes en 1933, puis responsable financier du journal L’Exploité en 1935. Au sein de la CGTU, après la dissolution de la 2e Union régionale en mai 1934, il fut nommé trésorier de l’UD-CGTU des Ardennes nouvellement créée ; il occupa cette fonction jusqu’au congrès de la réunification syndicale CGT-CGTU qui se tint le 19 janvier 1936 à Charleville.
André Compain fut l’un des premiers maires du Parti communiste des Ardennes. Après la démission du maire socialiste SFIO de Levrézy et de son conseil municipal en janvier 1934, suite à un différend avec la préfecture au sujet des chômeurs, il conduisit la liste communiste à la victoire, avec onze élus sur douze, lors de l’élection municipale partielle qui suivit ; il devint alors maire de Levrézy. Il mena aussitôt la lutte contre le chômage. Membre de l’Union départementale des chômeurs des Ardennes et instigateur d’un comité local, il fut parmi les organisateurs de la « Marche de la faim » des 22-23 février 1935 pour exiger l’ouverture de grands chantiers et du fonds de chômage national. La manifestation qui s’acheva devant la préfecture des Ardennes se heurta à des forces de police considérables ; André Compain, avec les principaux responsables de la marche, Pierre Lareppe*, Clément Pierlot et Camille Génon, fut arrêté. Le 28 mars suivant, il comparut en audience de simple police et fut condamné à trois francs d’amende pour avoir enfreint l’arrêté préfectoral du 30 janvier 1935 qui interdisait la manifestation. Il fut aussi suspendu de sa fonction de maire pendant quinze jours pour le même motif. André Compain fut réélu maire, après un nouveau succès de la liste communiste qui remporta la totalité des sièges au scrutin municipal des 5 et 12 mai 1935.
Aux élections législatives des 26 avril et 5 mai 1936 ; André Compain fut le candidat de son parti dans la 1re circonscription de Mézières. Arrivé en deuxième position au premier tour avec 2 943 suffrages sur 13 403 inscrits et 11 790 votants, il se désista en faveur de Maurice Voirin, député socialiste sortant, qui fut réélu au scrutin de ballottage. Après les grèves de l’été 1936 qu’il anima à Levrézy, André Compain fit partie de la délégation ardennaise, emmenée par Ambroise Croizat de la Fédération des Métaux, qui négocia la convention collective de la métallurgie, le 24 juin 1936, au ministère du Travail ; celle-ci mit deux jours pour obtenir des délégués patronaux un salaire de base de quatre francs. Le 13 juin 1938, André Compain, qui était toujours secrétaire du syndicat CGT des Métaux de Levrézy, devint membre de la commission départementale paritaire de conciliation des conflits du travail, composée d’un nombre égal d’employeurs et d’ouvriers et placée sous la présidence du préfet des Ardennes. Entre-temps, il avait été élu conseiller d’arrondissement pour le canton de Monthermé lors de l’élection complémentaire des 3 et 10 avril 1938 provoquée par le décès de l’élu socialiste SFIO Léon Bosquet. Arrivé en tête au premier tour avec 1 464 voix sur 4 512 inscrits et 3 522 votants, il l’emporta au scrutin de ballottage en réunissant 1 980 suffrages sur 3 424 votants.
Son autobiographie du 11 octobre 1937 établie pour la commission des cadres porte la mention sur la page d’évaluation « Vu par Heussler, impossible », ce qui signifie qu’il avait été envisagé par André Heussler*, responsable de la prospection des cadres pour l’Espagne, comme une recrue possible mais que cette hypothèse s’était avérée impossible.
En septembre 1939, André Compain fut mobilisé dans les Ardennes, avec le grade de sergent. Démobilisé après la signature de l’armistice, il était déchu de son mandat de maire depuis le mois de janvier 1940. Sous l’Occupation, il s’engagea dans la Résistance au sein de la 1re Compagnie FTPF qui harcela les Allemands sans répit à partir de juin 1944. Le 3 septembre 1944, il participa à la défense du pont de service SNCF de Château-Regnault, indispensable à la poursuite des Allemands vers Givet et la Belgique. Sa lutte contre l’occupant lui valut l’attribution de la Croix du combattant et de la médaille de la Résistance. À la Libération, André Compain retrouva son poste de maire de Levrézy. Il reprit rapidement son activité syndicale. Le 8 octobre 1944, il fut élu membre de la commission exécutive de l’UD-CGT des Ardennes ; il conserva cette fonction jusqu’au 1er mars 1953. Également élu administrateur CGT de la Caisse primaire de Sécurité sociale des Ardennes en 1947, il le demeura jusqu’en 1967. Il exerçait alors la profession d’ouvrier en bâtiment.
Avec les succès de la liste communiste aux élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945 et des 19 et 26 octobre 1947, André Compain fut maire de Levrézy jusqu’au scrutin d’avril-mai 1953 qui fut marqué par la défaite de sa liste face à celle du Parti socialiste SFIO. Il resta toutefois conseiller municipal jusqu’au 1er janvier 1967. Entre-temps, il avait figuré, à deux reprises, sur la liste de son parti pour les élections législatives. Le 17 juin 1951, il recueillit 32 641 suffrages pour une moyenne de liste de 32 741 voix sur 150 894 inscrits et 126 225 votants ; avec 130 967 voix, le Parti communiste était le premier parti des Ardennes, mais il n’eut aucun élu en raison des listes apparentées (SFIO, Radicaux, MRP et Indépendants) qui totalisèrent 270 726 voix. Le 2 janvier 1956, il obtint 37 894 voix pour une moyenne de liste de 38 238 voix sur 164 654 inscrits et 138 498 votants ; le Parti communiste, avec 153 003 suffrages, arriva en deuxième position derrière la liste du Front républicain (185 855 suffrages) et retrouva alors un siège de député avec l’élection de Pierre Lareppe*.
Pendant une vingtaine d’années, André Compain fut le candidat du Parti communiste aux élections pour le conseil général dans le canton de Monthermé ; celles-ci se résumèrent, de 1955 à 1967, à un duel au second tour avec le conseiller général et maire socialiste SFIO de Braux, René Hugot. En avril 1955, avec 2 230 voix sur 8 917 inscrits et 5 155 votants, Compain arriva nettement en tête au premier tour ; il réunit 2 912 suffrages sur 5 917 votants au scrutin de ballottage, mais échoua de justesse face à Hugot qui totalisa 3 004 voix. Il fut éliminé, dans les mêmes conditions à l’élection cantonale des 4 et 11 juin 1961. Il se plaça encore en première position au premier tour avec 2 069 voix sur 9 093 inscrits et 5 132 votants ; il rassembla 2 752 suffrages sur 5 785 votants au scrutin de ballottage, mais fut devancé de 169 voix par Hugot. Finalement, André Compain fut élu conseiller général du canton de Monthermé le 1er octobre 1967. Avec 2 151 voix sur 8 795 inscrits et 5 500 votants, il devança Hugot de 778 voix au premier tour pour l’emporter au scrutin de ballottage en obtenant 3 266 suffrages sur 6 098 votants. Il fut réélu le 30 septembre 1973 : arrivé en tête au premier tour avec 2 151 voix sur 8 888 inscrits et 4 394 votants (soit plus de 50 % des suffrages exprimés, mais moins de 25 % des inscrits), il dut retourner devant les électeurs et triompha en recueillant 2 924 voix sur 5 070 votants. Au conseil général des Ardennes, il fut membre de diverses commissions : agriculture, commerce, industrie, travail et prévoyance sociale. Surtout, il contribua à l’aménagement touristique de Haulmé dans la vallée de la Semoy. L’élu André Compain resta un militant. Il fut membre du comité fédéral du Parti communiste des Ardennes du 17 juin 1945 au 20 juin 1965 et de la section communiste de Levrézy jusqu’à sa mort.
Le dimanche 9 janvier 1977, après avoir participé aux manifestations pour la célébration du 10e anniversaire de la naissance de la ville de Bogny-sur-Meuse (fusion des communes de Braux, Château-Regnault et Levrézy), André Compain fut victime d’un grave accident de la route. Transporté en urgence à l’hôpital de Charleville-Mézières, il y décéda dans la soirée. Lors de ses obsèques civiles au cimetière de Levrézy, le Parti communiste rendit un hommage solennel à l’élu, titulaire de la médaille de vermeil de l’administration communale et départementale, mais aussi au militant qui avait été licencié et privé de travail trente-trois fois au cours de sa vie. Aujourd’hui, une place de Bogny-sur-Meuse et une rue de Monthermé portent le nom d’André Compain.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20492, notice COMPAIN André, Eugène par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Didier Bigorgne

SOURCES : Arch. Nat. F7.13 130 et F7.13 132. — Arch. Dép. Ardennes, 1M15 ; 3M 5, 6, 7, 8 et 9. — RGASPI, 495.270 3892. Autobiographie du 11 octobre 1937 (Claude Pennetier). — Arch. comité national du PCF. — L’Humanité-Dimanche, 30 août 1964. — Nouvelles des Ardennes, 16 janvier 1977. — Bulletin municipal de Bogny-sur-Meuse, 1er mai 1986. — Presse locale. — Notes d’Henri Manceau. — État civil de Guise et de Bogny-sur-Meuse (commune de Braux).

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