COMBRISSON Roger

Par Sylvie Contrepois

Né le 22 février 1922 au Châtelet-en-Brie (Seine-et-Marne), mort le 7 février 2008 à Corbeil-Essonnes (Essonne) ; déporté ; chef de district SNCF ; militant communiste et syndicaliste CGT, secrétaire du syndicat national des cadres CGT de la SNCF (1953-1959) ; maire de Corbeil-Essonnes (1959 à 1995) ; député (1967-1968, 1973-1981, 1986-1988) ; conseiller général (1964-1976, 1985-1992).

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

Fils d’un cheminot (Robert, sa mère Hélène), Roger Combrisson se destinait à la profession d’instituteur. Mais l’insuffisance des ressources familiales le contraignit à entrer dans la vie professionnelle. Alors auxiliaire des PTT, puis de la SNCF, il reprit des études par correspondance en vue de passer le concours d’ingénieur des travaux publics de l’État. Cette entreprise n’aboutit pas : entré dans la clandestinité en juillet 1943 pour échapper au STO, il fut arrêté à Épierre (Savoie) trois mois plus tard, déporté dans un camp de travail forcé de Chemnitz, puis transféré au camp de concentration de Flossenbürg. De retour en 1945, il entra à la SNCF à Corbeil, prépara le concours de chef de district qu’il passa avec succès en 1947. Mais, victime de « discrimination syndicale », selon son propre témoignage, il n’accéda à ce grade qu’en 1952. Il fut alors muté à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise, Val-de-Marne).

S’il fréquenta précocement le milieu politique - il adhéra un temps à la Jeunesse communiste en 1936, à l’âge de quatorze ans -, Roger Combrisson appartint, en fait, à la génération des militants de la Libération. Issu d’un milieu non politisé et non syndiqué, il situe lui-même les débuts de son engagement pendant cette période ; 1945 étant l’année de son adhésion au Parti communiste et à la CGT.

Cette trajectoire dépassa rapidement la dimension strictement individuelle et devint celle d’un couple. En effet, en mars 1947, à Essonnes, en effet, Roger Combrisson épousa Denise Caen, postière puis institutrice, elle aussi récente militante de la CGT et du PCF, fille d’une famille de commerçants juifs de Corbeil en partie décimée pendant la guerre.

Cette année-là, on retrouva Roger Combrisson parmi les plus jeunes conseillers municipaux de France. Âgé de vingt-cinq ans, il fut aussi secrétaire de la section du Parti communiste de Corbeil, secrétaire du syndicat des cheminots de Corbeil, membre du bureau du secteur CGT Paris Sud-Est et délégué du personnel cadre au Ier arrondissement Voie et Bâtiments Sud-Est.
S’investissant surtout dans ses mandats et responsabilités politiques, il devint président du groupe communiste au conseil municipal de Corbeil, en 1951. Face à un conseil très hétéroclite, où les hauts responsables d’entreprise tenaient une place importante, il s’investit tout particulièrement dans les affaires financières et occupa le devant de la scène municipale.

En 1951 également, s’ouvrit une courte période pendant laquelle il assuma des responsabilités nationales au sein de la Fédération CGT des Cheminots. D’abord membre du bureau fédéral, chargé de la représentation des cadres, il devint secrétaire du tout nouveau Syndicat national des cadres, créé à l’occasion du congrès de 1953. Son approche, alors présentée comme novatrice, peut être résumée par cet extrait d’intervention : « Nous devons avoir confiance en la masse honnête des cadres et en nous-mêmes. Militer parmi les cadres pour les mieux connaître et pour leur donner le sentiment qu’il existe des cadres CGT qui sont décidés à défendre leurs revendications ; que ces cadres CGT constituent une véritable organisation de cadres ouverte à tous, où l’on se retrouve entre cadres, où l’on parle des conditions de commandement et d’exercice de la fonction, conditions tant matérielles, que morales, que techniques. [...] Il s’agit de donner un contenu à ce syndicat [...] et ce contenu ne pourra être qu’un contenu de masse. » (compte rendu sténographique du congrès de 1953, p. 89).

C’est en 1959 que Roger Combrisson quitta ses responsabilités syndicales pour se consacrer pleinement à son mandat de maire de Corbeil-Essonnes, qu’il assuma à plein temps. Dans un contexte local marqué par la relative faiblesse du PCF, la liste communiste venait de s’imposer à la faveur d’une triangulaire, avec 46 % des voix. Un credo pour le nouveau maire : anticiper sur l’accroissement de la population et réaliser le plus rapidement possible l’ensemble des équipements collectifs et des infrastructures nécessaires au développement harmonieux d’une ville moyenne.

À l’issue du premier mandat, un bilan conséquent facilita sa réélection. Plus d’un millier de logements HLM avaient été construits et la réalisation d’une trentaine d’équipements avait été engagée, voire, dans certains cas, achevée (maison des jeunes et de la culture, gymnases, centre médico-pédagogique pour enfants inadaptés, crèche, bibliothèque, conservatoire de musique, centre de diagnostics et de soins...). Les infrastructures de la ville furent modernisées ; les politiques de l’enfance, de la santé, de la culture étant considérablement développées.

Roger Combrisson resta maire de la commune jusqu’en 1992, date à laquelle il fut remplacé par Marie-Anne Lesage, laquelle se fit battre dès les élections suivantes, deux années plus tard, par le candidat RPR Serge Dassault, représentant notoire du grand patronat français. L’avionneur se présentait régulièrement à toutes les élections locales depuis 1977, gagnant chaque fois un peu plus de terrain, au fur et à mesure des reculs enregistrés par le PCF au niveau national.

Davantage investi dans les sphères de la représentation élective que dans celles de la direction politique - il refusa de suivre l’école de quatre mois et ne fut membre du bureau fédéral de l’Essonne que pendant les quelques années suivant la création de la nouvelle fédération en 1965 -, Roger Combrisson n’en tint pas moins une place importante sur la scène politique départementale, voire nationale. Il fut en effet conseiller général du canton de Corbeil (1964-1976, 1985-1992), conseiller régional (1976-1981) et député de la 1re circonscription de l’Essonne (1967-1968, 1973-1981 et 1986-1988). Commentant publiquement ce parcours, lors de sa nomination au titre de conseiller général honoraire, le 17 juin 1992, il se fit fort de rappeler les valeurs fondamentales au principe de son engagement : « Je ne pense pas que l’on entre en politique pour y faire carrière, mais pour y faire œuvre quasi sacerdotale. [...] Je n’ai cessé de cultiver, ma vie durant, ce pubère idéal auquel je crois, aujourd’hui plus que jamais, en dépit des bouleversements de l’histoire contemporaine et des conclusions, à mon sens trop hâtives, que certains en tirent comme si l’Histoire s’était arrêtée. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20462, notice COMBRISSON Roger par Sylvie Contrepois, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 5 mars 2012.

Par Sylvie Contrepois

[Assemblée nationale, Notices et portraits]

ŒUVRE : Le « pool des transports » et ses conséquences dans les chemins de fer français, numéro spécial du bulletin d’information de l’Union internationale des travailleurs des transports des ports et de la pêche, 1955.

SOURCES : Arch. Dép. Essonne, 1W60 ; Br 539 ; g.BR 2103 ; 4°987, g.br.502 ; PER 765 ; PER 180. — Arch. mun. de Corbeil-Essonnes, comptes rendus des conseils municipaux, 1947-1993. — Comptes rendus sténographiques des congrès de la fédération des cheminots de 1951, 1953, 1956, 1958, 1961. — Who’s Who. — Corbeil Express, 14 mai 1959, interview p. 3. — Discours prononcé à l’occasion de la cérémonie de nomination au titre de conseiller général honoraire, le 17 juin 1992. — Jacques Varin, Corbeil-Essonnes, Aux rendez-vous de l’histoire, Messidor, 1986. — Sylvie Contrepois, Stratégies et pratiques syndicales au tournant du XXIe siècle. Une contribution aux théories de l’action collective, Thèse pour le doctorat de sociologie, Université d’Évry, novembre 2001 — Entretiens avec Roger Combrisson, décembre 2001.

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