COLOMBEL Jean, Pierre, Aimé.

Par Claude Liscia

Né le 2 octobre 1918 à Notre-Dame-d’Aspres devenu Les Aspres (Orne), mort le 24 avril 1977 à Lyon ; professeur ; militant communiste ; résistant FTP dans les Hautes-Alpes ; directeur de l’Union française de l’information ; militant syndical (secrétaire de la FEN du Rhône).


Jean Colombel fut initié au militantisme par son père, rédacteur aux Postes, radical et franc-maçon qui mourut en 1940. Sa mère était surveillante aux Postes. Le couple habitait Paris, rue La Fontaine dans le XVIeme arrondissement.
Elève du lycée Bertholet à Annecy (Haute-Savoie), bachelier en 1936, puis élève en classe de Première supérieure au lycée Henri IV à Paris en 1937-1939, Jean Colombel fut candidat à l’Ecole normale supérieure en 1938 et en 1939. À la Sorbonne, il obtint la licence-ès-Lettres (Lettres classiques) en 1942 et un diplôme d’études supérieures sur "Stendhal peintre de lui-même".
Au lycée, il adhéra aux Jeunesses communistes en 1937 après avoir participé aux manifestations organisées par le Front populaire, aux bagarres contre les Jeunesses patriotes soutenues par le Parti populaire français de Jacques Doriot. Mobilisé au début de la guerre (16 septembre 1939-23 août 1940), il fut blessé le 20 décembre 1939, (mutilé à 20 %).

II intégra la résistance en 1941, et commença par être agent de liaison dans l’Aisne, couvrant à l’arrière les sabotages de trains livrant en Allemagne des produits agricoles français. En 1942, il partit enseigner au prytanée de Briançon dans les Hautes-Alpes. De 1943 à 1944, il rejoignit comme commissaire politique les Francs-Tireurs et partisans (FTP) du département. Après leur réorganisation en mai 1944, il demeura en contact avec le maquis de Vallouise-Béassac, dont Fernand Lagier-Bruno était le chef de camp, aidé par son beau-frère Célestin Freinet, responsable du ravitaillement et son épouse Élise Freinet, infirmière. A la Libération, il fut décoré de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance. Admissible à l’agrégation en 1943, il demanda un emploi de professeur en juin 1943 et il retira sa candidature en septembre 1943.

En 1944, Jean Colombel démissionna de l’armée et s’engagea dans le journalisme politique. Établi à Lyon où sa compagne, Jeannette Prenant (voir Jeannette Colombel) était chargée par le Parti communiste français de la lutte des femmes, il fut engagé au quotidien communiste lyonnais La Voix du peuple dont il écrivit les éditoriaux. Désapprouvant la direction du journal lorsqu’elle voulut masquer les différends opposant les communistes aux socialistes, il réussit à amener sur ses positions Julien Airoldi, secrétaire de la Fédération et député du Rhône. Professeur titulaire de collège, en congé de convenances personnelles, il fut réintégré au Centre national d’enseignement par correspondance en octobre 1946. Il fut en congé d’inactivité pour raisons de santé en 1948-1949. En 1946, de retour à Paris, il travailla à l’hebdomadaire communiste France Nouvelle ; l’année suivante, le secrétariat du Parti communiste lui confia la direction de l’Union française de l’information (l’UFI), agence de presse couvrant un million de lecteurs à travers quatorze journaux, La Voix du nord, La Marseillaise, Les Nouvelles de Bordeaux, Les Lettres françaises, Vaillant, etc. Jean Colombel se chargeait des éditoriaux, composait des pages d’informations diverses et des romans-photos tirés de la littérature, telle La Chartreuse de Parme de Stendhal, un de ses auteurs préférés. Cependant un premier heurt se produisit avec la direction du Parti lorsque Maurice Thorez lui interdit de mentionner le match France-Yougoslavie dont la plupart des journaux français faisaient la une, parce que le Kominform venait de condamner la Yougoslavie, en train de s’affranchir de l’impérialisme soviétique. En outre, ébranlé par les aveux extorqués aux accusés lors des procès à l’Est, ébranlé par l’éditorial de Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty dans Les Temps modernes : " Il n’y a pas de socialisme quand un citoyen sur vingt est au camp … ", il démissionna de ce poste prestigieux et réintégra l’Education nationale tout en demeurant membre du PCF.
Titulaire du certificat d’aptitude au professorat par équivalence, professeur suppléant au lycée Marceau de Chartres (Eure-et-Loir) en octobre 1950, il se maria le 2 juin 1951 à la mairie du XVIeme arrondissement de Paris avec Jeannette Prenant avec laquelle il avait eu des enfants. Il fut nommé en octobre 1951, professeur au collège Neyret à Lyon (Rhône) où il s’installa définitivement avec sa famille.
Jean Colombel, à Lyon, lutta durant une décennie contre les guerres d’Indochine et d’Algérie. Élu à la fin de 1955 secrétaire de la Fédération départementale de l’Education nationale (FEN), il contribua à imposer à propos de l’Algérie une ligne politique en rupture avec la position socialiste de la Fédération au niveau national. En effet, parmi les syndicats composant la FEN du Rhône, celui des instituteurs, comprenant une forte majorité affilié à l’Ecole émancipée, était favorable à l’indépendance de l’Algérie. Partageant ce point de vue, Jean Colombel fut tenté de démissionner du Parti communiste lorsque celui-ci souscrivit au durcissement de la guerre en votant, le 12 mars 1956, les pouvoirs spéciaux au gouvernement conduit par le socialiste Guy Mollet. Il y demeura néanmoins pour entraîner les militants communistes vers des actions offensives unitaires. Ainsi, au printemps 1960, se regroupèrent pour réclamer l’indépendance de l’Algérie une trentaine d’organisations dont il assuma la direction : PCF, PSU, CGT, CFTC, FEN, AGEL, Mouvement pour la paix, Scouts de France, anarchistes, cercles Tocqueville, Ligue des droits de l’homme, etc. Et, tandis que la fédération parisienne du PCF refusa de participer à la manifestation unitaire du 27 octobre 1960 appelée par l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), les communistes lyonnais s’y joignirent.

En mai 1968, bien qu’il n’était plus secrétaire de la FEN du Rhône, Jean Colombel remplaça provisoirement son successeur, empêché par des ennuis de santé, pour assurer la liaison avec les étudiants, organiser les grèves. C’est alors qu’il démissionna du PCF. Dans les années 1970, il renoua avec l’écriture en publiant plusieurs articles dans Le Magazine littéraire, notamment sur les FTP, sur les livres de Charles Tillon et de Claude Roy. Il découvrit le monde de Michel Zévaco, proposa dans Les Temps modernes une analyse de son roman feuilleton, “Les Pardaillan“, et entreprit de l’adapter à la télévision. La maladie interrompit ce projet : il mourut en avril 1977.
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Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20411, notice COLOMBEL Jean, Pierre, Aimé. par Claude Liscia, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 20 janvier 2019.

Par Claude Liscia

SOURCES : Arch. Nat., 20140530/45. — Entretien avec Jeannette Colombel. - Jeannette Colombel : Brumes de mémoire, Stock 1980 ; Les Amants de l’ombre, Flammarion, Paris, 1990 ; La Nostalgie de l’espérance, Stock, Paris, 1997. - Jean Colombel, "Zévaco/Pardaillan", in Les Temps modernes, août-septembre 1974. — Geneviève Massard-Guilbaud, Enquête sur les réseaux de soutien au FLN dans la région lyonnaise (1955-1962), Mémoire pour la maîtrise d’histoire sous la direction d’Yves Lequin 1982. — Olivier Cogne et Gil Emprin (dir.), Histoire des Francs-tireurs et partisans : Isère, Savoie, Hautes-Alpes, PUG, coll. Résistances, 2017. — Notes de Jacques Girault et de Josette Ueberschlag.


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