COLLOMP Joseph, Victorin

Par Jacques Girault

Né le 2 janvier 1865 à Flayosc (Var), mort le 9 mai 1946 à Draguignan (Var) ; commerçant ; conseiller général ; maire de Draguignan ; député SFIO du Var en 1936.

Joseph Collomp
Joseph Collomp

Son père était ouvrier cordonnier à Flayosc, et sa mère était accoucheuse. Sa mère très pieuse lui fit donner une solide éducation religieuse ; aussi fit-il baptiser ses deux enfants et accepta-t-il que sa fille se marie à l’église. Dans ce village, Joseph Collomp travailla lui aussi comme ouvrier cordonnier après la mort de son père en 1876. Il quitta l’école aussitôt mais continua à fréquenter les cours du soir. Soutien de famille, il ne fit pas de service militaire. Après son mariage avec une institutrice à Flayosc en 1890 (le couple eut deux enfants), il devint représentant de la succursale des Dames de France de Toulon et pendant huit ans habita Gonfaron où son épouse fut nommée. Il devait au début de siècle s’établir comme commerçant à Draguignan. Il ajoutait à un dépôt de machines à coudre la vente de chaussures, de bicyclettes, de tissus, etc.
Joseph Collomp, contremaître ouvrier, pour n’avoir pas soutenu son patron, fut congédié et son épouse, institutrice à Flayosc, fut déplacée. « Candidat ouvrier du Comité socialiste » à l’élection pour le conseil général dans le canton du Luc, le 31 juillet 1898, il battait le candidat radical-socialiste avec 639 voix sur 2 233 inscrits. Son affiche se réclamait de la « République sociale » et de « la lutte de nos pères ». Se présentant comme « enfant du peuple intelligent et capable » son programme était antidreyfusard (Il est « bien et dûment condamné ») et « socialiste » (suppression des monopoles, briser l’oligarchie qui domine l’État, décentralisation, laïcité, service militaire universel, retraite « propriété pour tous »). Il devenait le premier conseiller général socialiste du département avec Massebœuf, élu à Toulon, et le plus jeune membre de l’assemblée. Il appartenait depuis 1898 au groupe socialiste révolutionnaire dont le dirigeant varois était le député Maurice Allard. Il avait joué un rôle important lors de la tentative de constitution d’une Fédération des groupes socialistes (congrès de Toulon, le 7 janvier 1899, puis du Luc, le 23 décembre 1900 où naquit une fédération varoise affiliée au Parti socialiste français). Par réaction son groupement finit par s’affilier au Parti socialiste de France dont Collomp fut le vice-président du congrès fédéral le 13 septembre 1903. Il soutint la grève des bouchonnières de Gonfaron en janvier 1902 pour obtenir une augmentation de salaires, acquise au bout d’un mois. Libre penseur, il présidait le congrès de la Fédération de la Libre pensée, varoise au Luc, en avril 1904.
Le journal satirique Les Coulisses, le 9 mai 1903, dressait son portrait : « plutôt petit et boulot, le teint basané, les cheveux noirs rebellement bouclés, la moustache à la Guillaume II [...] remuant, pétulant ». « Père de la Fédération révolutionnaire du Var », Collomp, d’après le journal, comme Allard, participait souvent aux banquets et y prononçait des discours caractérisés par un zézaiement continu. Ce portrait semble inexact ; sa taille était moyenne, son teint clair et son verbe net. En outre, selon le témoignage de sa fille, il ne parlait pas le provençal.
Les préfets donnèrent deux avis différents. L’un, en 1901, notait son « tempérament ardent » et son « caractère sympathique ». En 1907 pour un autre, le « lieutenant d’Allard » était un « politicien sans valeur, vindicatif et haineux ».
Seul candidat au renouvellement de 1904, Joseph Collomp, « attaché au parti de la Révolution » comme il se définissait, fut réélu, le 31 juillet, par 1 025 voix sur 2 337 inscrits. Élu par la gauche vice-président de l’Assemble départementale en 1909, il devait à nouveau conserver son mandat cantonal, le 24 juillet 1910, où, seul candidat, il obtenait 856 voix sur 2 187 inscrits.
Joseph Collomp fut parmi les protagonistes de l’unification socialiste dans le Haut-Var et participa, le 19 novembre 1905 au congrès de fusion. Il ne fut pas élu au comité fédéral.
Avec Gustave Fourment, Collomp fut élu conseiller municipal minoritaire socialiste à Draguignan en 1908. Au deuxième tour, le 10 mai, il obtint 792 voix sur 2 484 inscrits alors que la liste radical-socialiste avait onze élus. Le 1er octobre 1908, puisque socialiste SFIO il fut le seul conseiller général à ne pas être invité par le préfet à la réception en l’honneur des élus cantonaux. Le 18 octobre, en conseil municipal, avec Fourment, il signa une déclaration qui refusait la motion politique présentée par la majorité radicale. Il devait déployer une grande activité lors de la campagne électorale de 1912. La liste « d’union socialiste » eut deux élus, dès le premier tour, le 5 mai 1912, dont Collomp avec 953 voix sur 1290 inscrits. Après un deuxième tour victorieux, le 19 mai, il était élu premier adjoint d’une municipalité dirigée par Fourment. Il joua en fait le rôle de maire, Fourment s’occupant peu des affaires municipales. Il faisait partie des commissions des Finances, des Travaux, des Eaux et de l’Eclairage des Fêtes et Théâtres.
Non mobilisé en 1914, Joseph Collomp devait être un des principaux animateurs de l’activité du conseil général pendant la guerre et présida la commission départementale en 1915-1916. Son épouse, institutrice, avait déployé une grande activité syndicale avant la guerre. On mesure mal son influence sur son mari qui devait être favorable à la politique d’Union sacrée de son parti. Il avait participé à la campagne contre les trois ans mais sans antimilitarisme. Leur fils qui s’était engagé, fut tué au front, le 29 octobre 1918.
Sa femme étant malade, Joseph Collomp vendit son commerce et acheta un magasin de chaussures qu’il tenait avec sa fille, puis, après 1924, avec un employé. Il s’installa aussi dans une « campagne », hors de la ville dans le quartier des Salles. Il était membre du conseil d’administration de la coopérative vinicole en 1930.
Désormais la lutte pour la paix fut au centre de ses préoccupations. En 1927, lors de l’inauguration du monument aux morts de Draguignan, il proclamait « [...] nous avons trop ou trop peu combattu car il nous reste à gagner la Paix [...] la plus belle conquête de l’humanité. »
Après la guerre, Collomp participa au congrès fédéral de Carnoules, le 30 septembre 1918 et fut au centre de la préparation des élections législatives puis sénatoriales par la SFIO. Il faisait partie des commissions mises en place à ces occasions.
En 1919, Joseph Collomp se représenta sur la liste socialiste aux élections municipales de Draguignan. Le 30 novembre, il obtenait 670 voix sur 2 616 inscrits ; une partie de la liste du « Bloc républicain varois » était élue. Pour le deuxième tour, Collomp ne figurait plus sur la liste socialiste qui fut battue.
En décembre 1919, Joseph Collomp annonçait dans la presse locale qu’il ne se représentait pas pour le conseil général et qu’il s’effaçait devant Brunet, « un ami politique, un ami personnel ». Il obtint tout de même 127 voix le 14 décembre. Ce dernier mourut un an plus tard. Les socialistes du Luc étaient divisés entre Collomp et Gabriel Barbarroux. Le rapport préfectoral indiquait que Collomp paraissait « acquis [...] à la fraction [...] de résistance ». Le choix était donc aussi politique entre deux hommes dont l’un s’était rallié au communisme. Un « comité de l’Union républicaine et socialiste » soutenait Collomp. La Fédération socialiste refusa de se prononcer. Le 19 décembre 1920, Collomp était distancé avec 418 voix sur 1 716 inscrits.
Joseph Collomp fut membre de la commission exécutive du comité général varois pour l’élection rouge en 1924. Aux côtés de Gustave Fourment, il anima la reconquête municipale à Draguignan. La liste du Cartel des Gauches triompha le 3 mai 1925 et, personnellement, Collomp arrivait en cinquième position avec 1 200 voix sur 2 372 inscrits. Le 10 mai, Fourment, élu maire, refusa et demanda à ses collègues de désigner Collomp.
Réélu le 5 mai 1929, à la tête d’une « liste d’union des gauches » comprenant dix-sept socialistes SFIO et six radicaux-socialistes avec 1 406 voix sur 2 630 inscrits, Collomp fut à nouveau réélu, le 5 mai 1935, avec 1 280 voix sur 2 685 inscrits. La liste « d’action socialiste et républicaine » qu’il conduisait comprenait des membres du Parti socialiste de France. Le sénateur Fourment présidait le comité. La presse publia sa déclaration où il indiquait que Joseph Collomp avait « fait naturellement une part large à ses collaborateurs d’hier, mais [cette liste] n’est pas une liste d’exclusivisme. Il l’a complétée avec des républicains de toutes nuances [...] ». Certaines réalisations municipales de la ville lui doivent beaucoup (suppression des 9/10 des droits d’octroi bains-douches, collège de jeunes filles, caisse d’Epargne, hospice de vieillards, pouponnerie, etc.). À partir de 1925, il présidait l’association des maires de l’arrondissement et faisait partie de divers conseils d’administration (Caisses régionales de crédit agricole mutuel, des assurances mutuelles contre la mortalité du bétail, etc.). Dans le Parti socialiste aussi, Collomp fut désigné à la commission administrative de la Fédération des municipalités socialistes lors de sa création, le 22 mai 1927. Enfin, Collomp était, dans les années 1920, membre du comité fédéral de la Ligue des droits de l’Homme et du Citoyen.
En avril 1928, le conseiller général radical-socialiste du canton de Comps-sur-Artuby démissionna. Joseph Collomp, qui avait de la famille dans cette région, fut sollicité pour représenter ce canton déshérité. Il fut élu, le 24 juin 1928, par 346 électeurs sur 518 inscrits et réélu le 18 octobre 1931 pour 337 électeurs sur 482 inscrits. Au renouvellement de 1937, il ne se représentait pas et patronnait la candidature de son adjoint à la municipalité de Draguignan.
Collomp devait au conseil général siéger principalement dans les commissions des finances et de l’hydraulique. Secrétaire de l’assemblée dès 1928, il en devint le vice-président en 1930 et demeura trois années à ce poste. Il devait à partir de 1934 en être le doyen d’âge.
Au conseil général, Joseph Collomp joua aussi un rôle politique important. Resté à la SFIO, en dépit de son amitié pour Fourment, il déposa avec les conseillers généraux restés à la SFIO et l’élu communiste le 18 octobre 1934 une motion politique qui réclamait entre autres la dissolution des ligues fascistes et félicitait « les ouvriers et paysans du Var rouge de la victoire éclatante qu’ils ont remportée aux élections cantonales sur les forces coalisées des faux républicains et des fascistes de la réaction ». Le 25 août 1935, il signa une lettre aux élus du département rédigée en commun par socialistes SFIO et communistes en vue des élections sénatoriales. Il fit partie, le 11 mai 1936, de la délégation qui se rendit auprès de Fourment pour tenter de le faire revenir sur sa démission du poste de président du conseil général.
Collomp présida la plupart des manifestations antifascistes de Draguignan à commencer par celle du 12 février 1934. Président du congrès fédéral de la SFIO des Arcs, le 1er septembre 1935, pressenti, il s’effaça pour permettre à Henry Sénès d’être candidat au Sénat.
Pour les élections législatives de 1936, la Fédération SFIO devait tenir compte de deux données politiques dans l’arrondissement de Draguignan : le député socialiste sortant Auguste Reynaud avait suivi Pierre Renaudel pour s’en détacher très vite ; le Parti communiste était en progrès. Après le congrès fédéral des Arcs, Le Populaire du Var, le 22 février 1936 annonçait sa candidature. En dépit de son âge, Collomp accepta de représenter son parti car il semblait être la seule personnalité susceptible d’entraîner des hésitants.
Jacques Toesca a pu écrire à propos de Joseph Collomp « sage vieillard d’une rare fraîcheur de sentiments, d’un accueil toujours juvénile, survivant sans prétention de l’époque héroïque. Son âge ne lui permettait plus de visiter toutes les communes d’un arrondissement immense, et les secrétaires fédéraux firent pour lui de nombreuses conférences » (Un militant de province, p. 178). À l’issue d’une campagne électorale intense, le 26 avril 1936, il devançait le candidat communiste de 200 voix avec 5 435 voix sur 23 244 inscrits. Devenu candidat du Front populaire, il était largement élu, le dimanche suivant avec 11 911 voix.
Sa profession de foi insistait sur sa fidélité au socialisme et son dévouement permanent. Candidat qui n’effaçait pas son accord avec le Parti communiste dans le Front populaire, il s’adressait aux « travailleurs du Var rouge » au nom de la tradition socialiste qui triomphait depuis longtemps et qu’il incarnait depuis le début.
À l’Assemblée, où il se rendait régulièrement toutes les semaines, Collomp participa aux commissions de l’administration générale, départementale et communale et des comptes définitifs et des économies. Effacé, les deux premières années, il intervint, en 1938, pour demander des crédits en faveur du collège de sa ville. En 1939, il rapporta sur une proposition de loi de prise en charge par les communes des rémunérations du personnel de service des écoles maternelles et des frais de nettoyage des écoles primaires. Enfin, il déposa une proposition de loi sur la chasse en 1940 qui ne fut pas discutée.
D’accord avec les positions de Léon Blum au moment de Munich, Joseph Collomp vota contre les pouvoirs constitutionnels au maréchal Pétain, le 10 juillet 1940.
Joseph Collomp fut suspendu de ses fonctions de maire de Draguignan le 11 décembre 1940. En février 1942, il écrivait au commissaire du Gouvernement chargé de régulariser les questions d’allocations de retraite des députés. Il déclarait exploiter une propriété de quatorze hectares dont dix occupés par des vignes, des oliviers et des terres labourables, le reste étant boisé. La réponse positive lui valut un complément de ressources. Il fut plus tard expulsé par les autorités allemandes.
À la Libération, Joseph Collomp présidait la délégation spéciale mise en place le 18 août 1944. Il refusa de conduire la liste patronnée par la SFIO et le MLN aux élections municipales d’avril 1945.
Joseph Collomp eut des obsèques civiles. Sur sa tombe, il avait demandé que soit gravé : « Il fut des quatre-vingts ».
La vie politique de Joseph Collomp s’identifia avec la montée du socialisme dans le Var ; administrateur, il n’était pas un orateur mais un militant disponible et populaire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20387, notice COLLOMP Joseph, Victorin par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 23 septembre 2019.

Par Jacques Girault

Joseph Collomp
Joseph Collomp

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021 et 13567. — Arch. Dép. Var, 2 M 3 52 ; 2 M 5 180,184, 186 ; 2 M 5.194, 208, 211, 230, 242, 244, 245, 273, 274, 281, 321 ; 2 M 7.24.1, 28 2, 30 1, 32 1, 33 1, 35 2, 35 4 ; 4 M 41, 49 4 3 ; 14 M 7 6 ; 18 M 13, 91 ; 3 Z 4.21. — Arch. Assemblée nationale, dossier personnel. — A. Lemonnier, Historique du conseil général et des conseils d’arrondissement du Var [...], Draguignan, 1933. — Dictionnaire des parlementaires français, t. III, Paris. — Renseignements fournis par la mairie de Draguignan et par la fille de l’intéressé Madame A. Antonini. — Renseignements fournis par Yves Rinaudo. — Notes de Maurice Mistre.

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