WYPYCHOWSKI Josef

Par Joël Drogland

Né le 12 janvier 1901 à Tranbezyn (Pologne), disparu le 13 juillet 1944 après son arrestation à Malay-le-Grand (Yonne) ; cultivateur.

Plaque de Malay-le-Grand
Plaque de Malay-le-Grand

Depuis l’automne 1943, la famille Wypychowski habitait la ferme de La Mattre, à l’entrée du hameau des Fleuris, à trois kilomètres du village de Malay-le-Grand, près de Sens (Yonne). Josef était marié à Janina Jasiak et ils avaient trois enfants, Wanda 19 ans, Jean-Alphonse 17 ans et le petit Stanislas, 5 ans. Les terres qu’ils cultivaient appartenaient au propriétaire du proche château de la Houssaye.

Jean-Alphonse avait des contacts avec le maquis « Bourgogne » (Maquis 6 du Service national maquis), dont le PC se trouvait dans le hameau du Clos-Aubry, sur la commune des Bordes, à quelques kilomètres par les chemins de terre. De là sans doute l’idée d’organiser une filière d’évasion pour des déserteurs de l’armée allemande : un gros contingent d’Allemands de la division SS Hohenstauffen était en effet cantonné à Malay-le-Grand et il y avait parmi eux de nombreux jeunes Alsaciens. Au village de Malay-le-Grand d’ailleurs, Gaston Charruet, résistant FTP, avait organisé lui aussi une filière d’évasion. Mais il ne semble pas que la famille Wypychowski ait été en relation avec lui. On ne sait pas comment s’est établi le contact entre cette famille et les candidats à la désertion. Toujours est-il que le 12 juillet, à la nuit tombée, arrivèrent à la Mattre deux soldats de l’armée allemande, un Polonais et un Russe, qui y avaient été enrôlés sous contrainte.

Les déserteurs passèrent la soirée et la nuit à la ferme et il fut convenu de les acheminer au plus tôt au maquis « Bourgogne ». Mais les Allemands investirent la ferme au petit matin : à l’évidence, il y avait eu une dénonciation. Joseph, le père, était parti travailler aux champs. Toute la famille sauf le dernier fut alignée contre le mur extérieur de la maison. Du grenier, l’un des déserteurs fit feu et abattit un soldat allemand. Profitant de l’effet de surprise, la famille se mit à l’écart, ce qui lui permit d’être épargnée. Wanda, la fille aînée, courut avertir son père, qui commit l’erreur fatale de rejoindre son domicile. Les deux déserteurs avaient été tués et le soldat allemand agonisait. Josef fut arrêté. Son épouse et ses enfants avaient été immédiatement protégés par des voisins puis par le maquis « Bourgogne ». La ferme fut pillée puis incendiée. Trois autres Polonais furent arrêtés dans le village de Malay-le-Grand, sans qu’aucune preuve n’ait existé de leur participation à la filière d’évasion. Ils disparurent à jamais.

Josef Wypychowski fut détenu quelques heures au village où il fut torturé. Puis il disparut. Après la Libération, le tribunal civil de Sens établit judiciairement son décès et l’acte de décès fut transcrit dans le registre d’état-civil avec la mention « décédé en un lieu inconnu postérieurement au 13 juillet 1944, par suite d’un fait de guerre ». Le 8 septembre 1944, le corps d’un inconnu de sexe masculin dont le décès paraissait remonter à six semaines environ fut découvert dans un bois de Malay-le-Grand. Ce corps ne put être identifié. Un deuxième acte de décès avec le même contenu fut donc inscrit dans le registre d’état-civil.

Le nom de Josef Wypychowski figure sur le monument aux morts de Malay-le-Grand et sur le monument des déportés et fusillés de l’Yonne à Auxerre, et il a obtenu la mention « Mort pour la France ». Mais ces événements avaient été presque oubliés jusqu’aux recherches récentes de l’historien Didier Perrugot. À son initiative, une cérémonie à la mémoire de Joseph Wypychowski et des trois ouvriers agricoles polonais arrêtés le même jour et disparus eux aussi a été organisée à Malay-le-Grand, le 14 juillet 2014, avec pose d’une plaque commémorative, en présence Mme Agnieszka Kucinska, Consule générale de Pologne, du sous-préfet de Sens et du président du Conseil départemental de l’Yonne.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article203744, notice WYPYCHOWSKI Josef par Joël Drogland, version mise en ligne le 24 mai 2018, dernière modification le 24 mai 2018.

Par Joël Drogland

Plaque de Malay-le-Grand
Plaque de Malay-le-Grand

SOURCES : Didier Perrugot, "Le drame du 13 juillet 1944 à Malay-le-Grand", in Yonne-Mémoire 40/44, numéro 32, novembre 2014. — Mémorial GenWeb.

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