COHEN-HADRIA Élie

Né le 8 décembre 1898 à Tunis (Tunisie), mort en août 1987 à Paris ; docteur en médecine ; secrétaire général de la fédération socialiste SFIO de Tunisie (1927-1938, 1948, 1950-1956) ; éditorialiste de Tunis socialiste.

Né dans un famille juive modeste, il fit sa scolarité primaire et secondaire à Tunis puis ses études de médecine à Lyon. Revenu à Tunis en 1923, Élie Cohen-Hadria adhéra au Parti socialiste en 1925. Sa collaboration à Tunis socialiste fut d’emblée très régulière. Dès 1928, il fut chargé de l’éditorial en l’absence de Duran-Angliviel. En septembre 1934, il se trouva ainsi placé au premier rang des responsabilités, lors de la plus grande crise subie par le journal. Le 1er septembre, en même temps qu’étaient déportés dans le Sud l’équipe du Néo-Destour ainsi que quelques militants communistes, un décret nouveau était promulgué : il stipulait qu’en cas de poursuites contre les rédacteurs d’un journal pour les délits prévus par les décrets de 1926, ce journal était suspendu de plein droit. Le 9 septembre, Tunis socialiste était suspendu et ses rédacteurs poursuivis.

Tunis socialiste reparaissant en 1936, Élie Cohen-Hadria lui fournit un bulletin quotidien sous la rubrique « Pointes de feu » : il y abordait les sujets les plus divers, mais il s’attacha particulièrement à soutenir l’action engagée par Pierre Viénot pour la révision des conventions passées avec les sociétés concessionnaires des services publics.

Il participa au congrès interfédéral d’Afrique du Nord (Alger 1929) et organisa celui de Tunis (1931). Il participa également à plusieurs congrès et conseils nationaux : Paris 1930 ; Avignon 1933 ; conseil national juillet 1934 à Paris ; congrès de Marseille 1937 et de Nantes 1939. À ce dernier congrès, il intervint sur les visées italiennes en Tunisie, préconisa la dénonciation des conventions franco-italiennes de 1896 et de larges mesures d’apaisement et d’amnistie en faveur des Tunisiens.

Chargé d’une mission spéciale à Paris en juillet 1934 après le renvoi en France de Durel et la menace qui pesait sur la Fédération et le journal, il obtint la publication par Le Populaire d’une longue série d’articles. Une nouvelle mission l’amena à Paris en 1938, après l’arrestation de Chedly Rhaïm et la suspension de Tunis socialiste par l’autorité militaire.

Réfugié dans la clandestinité, il évita l’arrestation pendant l’occupation allemande de la Tunisie. Engagé dans les FFL, il reprit sa place au journal en août 1945. Dans le conflit avec André Duran-Angliviel, il resta fidèle à la SFIO et rédigea l’éditorial de Tunis socialiste jusqu’à la disparition de ce journal pour impécuniosité (juin 1948).

Il participa au congrès interfédéral d’Alger en 1946 et à la semaine d’études de Meung (1947) où il fut chargé du rapport sur l’Union Française. Il fut le principal rédacteur des motions de la Fédération de Tunisie sur les problèmes tunisiens de juillet 1946 et de décembre 1949. Cette dernière est remarquable en ce qu’elle emploie pour la première fois le mot d’indépendance.

De nouveau secrétaire fédéral en 1950, il assura en même temps la direction du nouvel hebdomadaire de la fédération, Fraternité, jusqu’en 1952, de Tunis socialiste de nouveau de 1952 à 1956. Il intervint au conseil national du Parti, février 1952, au moment de l’aggravation des relations franco-tunisiennes.

Par Robert Verdier* et Alain Savary*, il contribua à l’information du Parti et de l’opinion publique métropolitaine. Le choix qu’il a suggéré d’Alain Savary par Pierre Mendès-France pour établir les premiers contacts avec Bourguiba à Groix peut être considéré comme un des éléments préparatoires du voyage de Pierre Mendès France à Tunis le 31 juillet 1954.

Le désenchantement des éléments les plus modérés de la Fédération encouragés par la volte-face de Guy Mollet* en février 1956 contraignirent Elie Cohen-Hadria à saborder le journal en octobre 1956 et à quitter le secrétariat fédéral en novembre.

Jusqu’à son départ pour la France, il dirigea les services de santé de l’Oeuvre de secours aux enfants.

Dans ses Souvenirs d’un témoin socialiste il écrit : "Je puis me dire à la fois Juif, Tunisien et Français. Il ne m’a certes pas toujours été facile d concilier ces trois appartenances. C’est dans le socialisme que j’ai finalement trouvé le point d’appui qui m’était nécessaire pour réaliser pleinement mon équilibre."

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20279, notice COHEN-HADRIA Élie, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 6 mai 2018.

ŒUVRE : Sous sa signature ou, le plus souvent, sous le pseudonyme de Drech, il écrivit de nombreux articles : deux à trois milliers sans doute dans Tunis socialiste, Fraternité, Le Populaire de Paris, etc. — Nombreuses études de 1947 à 1957 dans la Revue Socialiste soit sur le problème de l’Union française, soit sur la question tunisienne. À signaler en particulier une vue d’ensemble de l’action des socialistes en Tunisie sous le titre « Méditation critique, oui ; mea culpa, non » n° 109, juillet 1957.
OUVRAGE : Du protectorat français à l’indépendance tunisienne : Souvenirs d’un témoin socialiste, Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine, Nice, 1976.

SOURCES : Ci-dessus et Aline Naura, « Les socialistes devant la crise de 1929 », Le Mouvement social, janvier-mars 1972. — Janine Carmi, Entre trois identités dans la Tunisie coloniale : Élie Cohen-Hadria, Jérusalem, Institut Ben-Zvi pour la recherche sur les communautés jives d’Orient, 2009, 150 p. — Daniel Mayer, "Elie Cohe-Hadria et la réconsiliation", Le Monde, 4-5 octobre 1987.

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