COFFIN Lucien, Louis, Antoine

Par Gilles Morin, Claude Pennetier

Né le 29 décembre 1900 à Saint-Amand-Montrond (Cher), mort le 12 septembre 1964 à Saint-Amand-Montrond ; instituteur dans le Cher ; militant syndical et socialiste (SFIO puis PSA) ; député SFIO du Cher (1945-1956), membre du comité directeur de la SFIO (1949-1953, 1956-1958) ; sous-secrétaire d’État à la France d’Outre-Mer.

Après avoir fait ses études à l’École normale d’instituteurs de Bourges (Cher) de 1917 à 1920, titulaire du brevet supérieur, Lucien Coffin, fils d’un ouvrier charron, fut nommé instituteur à Savigny-en-Sancerre, puis, en 1923, à Dun-sur-Auron, enfin à Saint-Amand. Il adhéra en 1925 au syndicat unitaire de l’enseignement du Cher et en devint aussitôt secrétaire à la propagande. Le jeune instituteur de Dun constatait avec regret l’isolement de ses amis syndicalistes révolutionnaires au sein de l’Union départementale CGTU. Pour se lier au mouvement ouvrier, il recréa la Bourse du Travail de Dun, disparue depuis 1914, et en assura le secrétariat en 1926. Il tenta sans succès de regrouper les syndicats « minoritaires » du Cher ; seul le syndicat des bûcherons de Dun l’appuya. Devant cet échec, il se rapprocha des organisations de masse réformistes.

Coffin se heurta au Parti communiste sur le problème de l’école laïque qu’il considérait comme un pas en avant, au moment où Joseph Boyer*, professeur à Gannat (Allier), écrivait la brochure, L’École laïque contre la classe ouvrière, pour dénoncer « l’école laïque bourgeoise » (L’Émancipateur, 11 août 1931). Il accepta de participer, avec les socialistes et les confédérés, aux cérémonies officielles du cinquantième anniversaire de l’école laïque à Saint-Amand en août 1931. Peu après, Coffin adhéra à la SFIO. Le Réveil socialiste du Cher rendit publique sa décision en publiant dans son numéro du 26 décembre 1931 un article : « J’adhère au PS ». À l’automne 1932, Coffin mena une campagne au sein du syndicat unitaire de l’enseignement du Cher pour la fusion au niveau départemental avec le Syndicat national des instituteurs. À l’assemblée générale du 27 octobre 1932, il déclara qu’il « ne cro[yait] pas à un redressement possible de la CGTU » et, sans rien abjurer de ses idées, qu’il pensait préférable « de porter son activité à la CGT, afin d’y grossir la gauche révolutionnaire » (compte rendu de la réunion, archives du Syndicat unitaire de l’enseignement du Cher). Il obtint la majorité des voix, mais pas les deux tiers statutaires ; il quitta la Fédération unitaire de l’enseignement et la CGTU. Il fut muté à Saint-Amand, fief du socialiste Robert Lazurick*. Ensemble, ils organisèrent la reconstruction de la fédération socialiste après le départ du néo-socialiste Henri Laudier*. Coffin fut secrétaire administratif en 1933 et secrétaire fédéral en 1936 ; il le resta jusqu’en 1939. Après la réunification syndicale, il appartint à la commission administrative de l’Union départementale CGT.

Lieutenant de réserve, Coffin fut mobilisé et affecté à une batterie d’intervalle de la ligne Maginot. Il fut fait prisonnier avec son unité dans les Vosges, le 27 juin 1940. En captivité jusqu’en avril 1945, il fut membre du comité de résistance de l’Oflag, secrétaire d’un groupe d’études sociologiques destiné à contrebalancer la propagande de Vichy et secrétaire d’une section socialiste clandestine. Dès son retour, le 27 avril 1945, il fut élu secrétaire général de la fédération socialiste du Cher, fonction qu’il conserva jusqu’à son élection à la députation en octobre 1945. Il soutenait et tenta de faire réintégrer l’ancien député Lazurick qui, ayant obtenu sa réintégration, démissionna immédiatement de la SFIO.

Après avoir échoué aux cantonales en septembre 1945, où il fut nettement battu par le conseiller général sortant, le communiste Pierre Jobleau*, il fut présenté comme tête de la liste socialiste dans le Cher aux élections législatives de 1945. Il fut le seul élu de la liste socialiste, avec 31 897 voix sur 151 378 votants. Le préfet - fait plutôt rare à cette époque - le mettait en cause dans son explication concernant l’élection d’un seul député pour la SFIO, écrivant : « Ce parlementaire paraît, en effet, être peu apprécié dans le canton de Saint-Amand ; de plus sa qualité d’instituteur n’est pas de nature à amener au socialisme les cultivateurs qui, par nature, sont défiants à l’égard des fonctionnaires. Par ailleurs l’air distant de M. Coffin, son manque de familiarité tant avec les cultivateurs qu’auprès des ouvriers, ont écarté de lui bien des suffrages. » (F/1cII/132). Il fut réélu le 2 juin 1946 (28 397 suffrages), le 10 novembre 1946 (22 862 suffrages) et le 17 juin 1951. Il ne se présenta pas en 1956 pour raisons de santé. En 1948, il avait été désigné comme secrétaire du groupe socialiste.

Coffin intervint activement dans la vie interne de la SFIO. Il appela à voter contre le rapport moral de Daniel Mayer* au congrès fédéral d’août 1946 et vota pour l’investiture Thorez* en décembre 1946, ce qui le situait parmi les proches des positions de Guy Mollet*. Candidat sans succès à l’élection au comité directeur au congrès de 1948, il fut élu l’année suivante et fut en charge des liaisons avec le groupe parlementaire socialiste en 1952. Il accepta de quitter le comité directeur après l’élection de Pierre Commin* comme sénateur en juillet 1952, afin que le secrétaire national adjoint de la SFIO puisse demeurer dans cette instance. Il siégea, en dehors de cette brève interruption, au comité directeur du Parti socialiste de 1949 à juillet 1953 puis de 1956 à septembre 1958 et au conseil d’administration du Populaire de 1949 à 1953. Il appartint encore à la commission de la presse du parti en 1950.

Coffin avait été secrétaire d’État à la France d’Outre-Mer du 12 juillet 1950 au 10 août 1951 (cabinets Pleven, puis Queuille) ; il était alors toujours lié à Guy Mollet. Ils se séparèrent sur la question de l’armée européenne. Coffin, résolument hostile à la Communauté européenne de défense, fut indiscipliné le 30 août 1954, contribuant au rejet du projet de traité. Il présenta la motion minoritaire contre la ratification des Accords de Londres et Paris au conseil national d’octobre 1954 et au congrès national extraordinaire de novembre 1954. De nouveau indiscipliné le 30 décembre 1954, il fut exclu pour avoir voté les Accords de Londres et Paris au congrès national de février 1955, mais fut réintégré en juin suivant avec la plupart des 17 exclus de février.

En 1956, Coffin, qui avait annoncé depuis longtemps son intention en arguant de son état de santé, ne se représenta pas à la députation. Il poursuivit néanmoins des activités politiques. Pendant la guerre d’Algérie et après mai 1958, en désaccord avec la direction du parti, il fut l’une des voix qui défendirent régulièrement les minoritaires dans le comité directeur. Il refusa encore le retour au pouvoir du général de Gaulle, participa à la conférence minoritaire de juillet 1958 et appela à voter contre le projet constitutionnel. Mais il refusa dans un premier temps de participer à la scission au congrès d’Issy-les-Moulineaux en septembre 1958. Son adhésion au Parti socialiste autonome, en janvier 1959, créa la surprise dans les milieux socialistes du Cher. Coffin organisa une section PSA, puis PSU à Saint-Amand, mais la maladie limita son activité. Il continuait à s’exprimer grâce à des conférences et surtout à des tribunes libres parues dans Le Berry républicain.

Lucien Coffin n’était pas orateur : ses longs monologues passionnaient peu les auditoires, mais il manifestait des qualités dans les débats contradictoires. Ses liens avec les militants socialistes qui l’entouraient étaient plus intellectuels qu’affectifs ; un de ses amis socialistes parle d’une « véritable dictature intellectuelle de Coffin au sein de la SFIO du Cher ». Les Renseignements généraux notaient : « son caractère autoritaire et son abord froid, [qui] lui [enlevaient] la popularité à laquelle il pourrait prétendre en raison de sa valeur. »
Lucien Coffin épousa 11 août 1923 à Orval (Cher) Jeanne, Germaine, Amélie Cassonnet, née le 5 janvier 1899 à Morlac (Cher), fille d’un cartonnier. Ils eurent un enfant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20262, notice COFFIN Lucien, Louis, Antoine par Gilles Morin, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 14 avril 2016.

Par Gilles Morin, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat., F7/7/15502, n° 4344 ; F/1a/3353 ; F/1cII/217 et 308, 581AP/106. — Arch. du Syndicat unitaire de l’enseignement du Cher. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 35. — L’Émancipateur. — Le Réveil socialiste du Cher. — Le Populaire du Cher. — Gilles Morin, L’Opposition socialiste à la guerre d’Algérie, de la SFIO au PSU, histoire d’un courant politique (1954-1960), thèse d’histoire, Université de Paris I, 1992. — Témoignage de J. Roger, secrétaire du nouveau Parti socialiste dans le Cher. — État civil de Saint-Amand-Montrond.— Note de Jacques Girault.