COEURDEVEY Jean [CŒURDEVEY Jean, Louis, Émile]

Par Madeleine Singer

Né le 29 octobre 1928 à Sarrebrück (Allemagne) ; professeur certifié de philosophie ; membre du comité national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1965 à 1971, en qualité de secrétaire académique de Dijon (Côte-d’Or) : maire PS de Couchey (Côte-d’Or) de 1983 à 1989.

Photographies fournies par Rémy Coeurdevey
Photographies fournies par Rémy Coeurdevey

Jean Cœurdevey était le deuxième des quatre enfants d’Édouard Cœurdevey qui avait épousé Marguerite Lévi. Celui-ci était depuis 1925 inspecteur primaire des écoles françaises des mines domaniales de la Sarre, territoire alors sous contrôle français. Édouard Cœurdevey fut en novembre 1928 nommé à Obernai (Bas-Rhin), comme directeur de l’École normale d’instituteurs catholiques du Bas-Rhin. Il avait de vives sympathies pour le personnel socio-politique qui fondera à la Libération le MRP (Mouvement républicain populaire) et il fut, au lendemain de la guerre 1914-1918, un des créateurs de la Paroisse universitaire. À ce double titre, il s’était investi dans le maintien du caractère confessionnel de l’enseignement en Alsace et en Moselle. Durant la guerre 1939-1945, l’École normale d’Obernai étant repliée dans le centre de la France, il trouva à Solignac (Haute-Vienne) une ancienne abbaye où il put l’abriter et la faire fonctionner après 1941 avec de jeunes Alsaciens-Lorrains évacués, expulsés ou évadés ; ce fut la seule École normale que le maréchal Pétain n’osa pas faire fermer. Cette École normale revint en 1945 à Obernai, puis fut l’année suivante transférée à Strasbourg-Neuhof (Bas-Rhin). Malgré les services rendus, Édouard Cœurdevey fut mis à la retraite d’office en 1946, vraisemblablement à cause de ses opinions politiques. Il devint alors conférencier pour le compte de « L’alliance nationale contre la dépopulation et pour la vitalité française » ; il le demeura jusqu’à sa mort en 1955.

Jean Cœurdevey entra en 1943 à l’École annexe préparatoire à l’École normale où il fut admis en 1944. Il y prépara le brevet supérieur ainsi que le baccalauréat et obtint les deux diplômes en 1947. Il fut alors instituteur un an à Erstein (Bas-Rhin). Il avait sollicité son admission dans la classe préparatoire à Saint-Cloud, à l’École normale de Metz (Moselle), mais faute de place, il fut en 1948 envoyé en Première supérieure au lycée Carnot à Dijon ; il y demeura quatre ans, poursuivant des études tant en vue de la licence de philosophie que de l’entrée à Saint-Cloud. Il fit son service militaire d’octobre 1952 à avril 1954, à Versailles (Seine-et-Oise, aujourd’hui les Yvelines), dans le service psychologique de l’armée de l’air où il fut assez disponible pour poursuivre la préparation de sa licence de philosophie qu’il obtint à Dijon en 1953, ainsi que le DES en 1954 à Dijon également. Il prépara alors le CAPES à Paris en qualité d’étudiant libre ; en outre en 1955 le Musée de l’homme lui décerna le certificat d’anthropologie.

Allant se marier en décembre 1955 avec Christiane Bolotte, élève à l’ENS de Fontenay-aux-Roses (Seine, Hauts-de-Seine), Jean Cœurdevey avait pris à la rentrée un poste de maître auxiliaire (MA) au CES de Château-du-Loir (Sarthe) et fut muté au bout de quelques semaines au lycée Benjamin Franklin d’Orléans (Loiret) où il resta jusqu’en 1957. Sa femme ayant été alors reçue au CAPES de philosophie et affectée au lycée Ernest Renan de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), il fut nommé MA dans le même département, au collège Chateaubriand de Dinan. L’année suivante, il put se rapprocher de son épouse et devint MA de lettres au collège de garçons de Lamballe (Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes-d’Armor). Selon le régime de l’époque, il y subit au cours de l’année 1959-1960 les seules épreuves pratiques du CAPES de lettres : avec l’inspecteur général Jean Guéhenno, il obtint la mention « très bien » et le titre de certifié. En 1961 il fut nommé au lycée Anatole Le Braz de Saint-Brieuc.

En 1963 un poste de professeur de psychopédagogie s’était libéré à l’École normale d’instituteurs de Dijon. Jean Cœurdevey put y être nommé car dans l’intervalle son titre de certifié de lettres s’était transformé en celui de certifié de philosophie, vu qu’il avait dans cette discipline la licence et le DES. Sa femme dut alors se mettre en disponibilité jusqu’à l’obtention en 1964 du poste de philosophie qui venait d’être créé au lycée Stephen Liégeard de Brochon (Côte-d’Or). Jean Cœurdevey occupa son poste jusqu’à la retraite en 1988. Toutefois en 1968-1969, il fut chargé de mission au CRDP de Dijon : c’était un de ces postes de Rénovation pédagogique, créés par le ministre Edgar Faure à la suite du mouvement de Mai 68. D’après la circulaire du 5 juin 1968, cette mission concernait « l’information, l’animation, le perfectionnement continu et la recherche pédagogique ». Avec Olivier Guichard qui succéda en 1969 à E. Faure, cette mission fut délaissée et Jean Cœurdevey revint à l’École normale. Il était en même temps chargé d’enseigner la psychosociologie à l’École d’assistantes sociales ainsi qu’au CREPS (centre régional pour l’éducation physique et sportive) de Dijon. Il faisait également des cours sur l’histoire des institutions scolaires et universitaires au CEPAG (centre d’études pour la préparation à l’administration générale) qui dépendait de la faculté de droit. Enfin pendant tout son séjour à l’École normale, il fut chargé de recherches sur l’audiovisuel. Le ménage eut quatre enfants : deux fils, l’un infographiste, l’autre géographe, informaticien spécialisé dans les satellites ; deux filles, l’une secrétaire en Allemagne, l’autre peintre et mère de famille.

Jean Cœurdevey avait été scout de France pendant les années 1946-1950 qu’il passa en Alsace. Dès 1956 il adhéra au SGEN en étant à Orléans, sur les conseils d’un de ses collègues, Marcel Reggui, professeur dans le même lycée, lequel était très proche d’Emmanuel Mounier, directeur de la revue Esprit, et collaborateur occasionnel de cette revue. Jean Cœurdevey était préparé à ce choix par l’influence de son père qui lui avait fait découvrir l’importance de l’intérêt collectif et qui à la Paroisse universitaire avait rencontré Paul Vignaux* ; en outre il avait fréquenté l’École normale où l’on ne concevait pas alors l’entrée dans l’enseignement sans adhésion syndicale. C’est en arrivant à Saint-Brieuc en 1961 que Jean Cœurdevey accepta une première responsabilité syndicale en devenant secrétaire départemental SGEN pour les Côtes-du-Nord, département qui n’avait pas encore beaucoup d’adhérents SGEN, mais où l’action CFDT était très vigoureuse. Nommé à Dijon, il fréquenta alors le bureau national des Écoles normales qui se réunissait à Paris six ou dix fois par an. Il y joua un rôle actif, se chargeant par exemple avec André Henry* d’un rapport « Psychopédagogie, philosophie, sociologie » pour la journée d’études du dimanche 23 janvier 1966, consacrée à la collaboration « École normale-Enseignement supérieur ».

Mais c’est son rôle de secrétaire académique qui allait bientôt l’absorber : à la rentrée de 1965, ayant « digéré » son installation dans un poste qui demandait beaucoup de travail personnel, il remplaça Jacques André car celui-ci, résidant à Nevers (Nièvre) pouvait difficilement assumer cette tâche. Pendant six ans, Jean Cœurdevey se dépensa sans compter, s’efforçant d’assurer le plus fortement possible la présence du SGEN auprès de l’administration rectorale, car cette présence s’était forcément estompée depuis le départ de l’ancien secrétaire académique, Guy Grand*, qui résidait à Dijon. Comme tous les secrétaires académiques, Jean Cœurdevey devait se préoccuper des élections aux Commissions administratives paritaires académiques (CAPA) qui eurent lieu en 1969, représenter l’académie dans les congrès nationaux comme au comité national où il siégeait désormais, veiller à la liaison entre le Syndicat et l’Union départementale (UD) CFDT de la Côte-d’Or, présider un bureau académique où se retrouvaient les diverses catégories. Or la dispersion des adhérents rendait ces réunions malaisées : dans une lettre de 1969, Jacques André se plaignait d’avoir été convoqué à Dijon pour un bureau académique de deux ou trois heures alors que le déplacement en exigeait six ; il souhaitait donc des réunions de plus longue durée.

Jean Cœurdevey se préoccupait en même temps de la propagande de rentrée dans toute l’académie, comme on le voit par son intervention au comité national d’octobre 1966. Il lui fallait éventuellement rendre visite à une section importante qui posait un problème ; ainsi il alla le 10 mars 1969 à Mâcon (Saône-et-Loire) : la Cité des neuf clés qui rassemblait le classique, le moderne et le technique, faisait des objections à la grève du 11 mars décidée par les organisations de fonctionnaires car les négociations de Tilsitt (nom de la rue où siégeait le ministère des Affaires sociales) n’avaient donné aucun résultat. La section fera grève par discipline. Jean Cœurdevey se souciait aussi de recréer et faire vivre le SGEN au niveau du Supérieur et de la Recherche scientifique ; en février 1969, il envoyait à Charles Piétri, secrétaire national du Supérieur, des conseils sur la manière de mieux assurer les liaisons entre cette section et les secrétaires académiques. Il préconisait notamment que les assemblées générales du Supérieur eussent lieu dans les mêmes locaux que celles des autres sections alors que souvent celles-ci siégeaient à Bierville et le Supérieur à Paris. On éviterait ainsi le grief fréquemment exprimé : « on ne les voit jamais ». Jean Cœurdevey cherchait également à introduire le SGEN dans l’administration et l’intendance universitaires où il était insuffisamment représenté, voulait développer sa présence dans le Premier degré vers lequel son rôle professionnel l’orientait. Quant au Second degré, il considérait qu’il « roulait » tout seul, vu qu’il y avait un secrétaire académique Second degré, Henri Goudet, professeur de lettres modernes au lycée Carnot de Dijon.

Par ailleurs il veillait à la notoriété du SGEN dans l’actualité éducative régionale. Il se souciait particulièrement de pédagogie comme le voit déjà par ses propos lors du congrès de 1964 : il aurait voulu que les rapports de Jacques Natanson* et d’Antoine Prost* parussent plus tôt afin qu’ils fussent mieux étudiés dans les congrès académiques ; il faisait également des propositions relatives aux épreuves du baccalauréat, aux conseils du cycle d’observation. Aussi intervint-il fréquemment lors des commissions pédagogiques qui se tenaient pendant les comités nationaux. On comprend qu’en septembre 1970, il exprimât dans Syndicalisme universitaire sa déception : la rentrée des classes s’était effectuée « sans que fût satisfait même le début de l’un des désirs les plus profonds des enseignants, l’un des besoins les plus urgents de l’enseignement, le recyclage. Seul le Premier degré en bénéficie à dose infinitésimale ». Cette question le préoccupait depuis longtemps : dans sa lettre du 14 mars 1969 à C. Piétri, il exposait le rôle que l’Enseignement supérieur devait jouer dans ce recyclage.

Mais depuis plusieurs années, c’était la politique générale du SGEN qui constituait le souci majeur de Jean Cœurdevey, comme on le voit par la correspondance qu’il échangea avec Paul Vignaux. En tant que secrétaire d’une académie pas trop éloignée de Paris, il siégea à titre consultatif, à partir de 1967, à de nombreux bureaux nationaux. Or depuis 1965 il y avait des divergences au sein du SGEN car P. Vignaux autorisait de moins en moins la discussion sur les positions qu’il prenait au nom du bureau national. Le 10 décembre 1966, Jean Cœurdevey lui écrivit sa « stupeur » devant la manière dont les séances du comité national du 30 octobre venaient d’être résumées dans Syndicalisme universitaire car on ne disait pas que le débat réclamé par des participants sur le fond de la question, à savoir « l’intervention syndicale dans la vie politique » n’avait pu avoir lieu ; il trouvait donc « malsain de trop cacher nos difficultés internes ». Comme un comité national restreint était prévu pour le 5 février suivant, afin de mettre au point la lettre aux candidats qui se présenteraient aux élections législatives de mars 1967, Jean Cœurdevey demandait que le texte projeté fût envoyé assez tôt pour qu’il pût être discuté dans toutes les académies et souhaitait que ce comité national restreint eût le temps de débattre le fonds de la question. Sa lettre, ajoutait-il, ne traduisait pas seulement son impression personnelle, mais celle de tous les camarades de l’académie qui avaient participé au dernier comité national. Dans sa réponse du 16 décembre 1966, Paul Vignaux* déclara que la question avait été réglée par le congrès d’avril 1966 : celui-ci avait approuvé par 91,5 % des suffrages une action sur l’opinion publique, les élus et les candidats en vue de défendre « les valeurs et les intérêts que représente l’organisation syndicale ». Mais P. Vignaux ne tenait pas compte du fait que la majorité avait été moindre lorsqu’il s’était agi pour le congrès d’approuver la participation des responsables syndicaux au comité national d’« Horizon 80 », créé dans l’été 1964 pour mettre au point le programme de Gaston Defferre, alors candidat à l’élection présidentielle. Aussi la réponse de Paul Vignaux* ne satisfit pas Jean Cœurdevey qui, le 21 janvier 1967, lui demanda de « faire vivre la démocratie syndicale », c’est-à-dire de laisser assez de temps à la discussion. P. Vignaux rétorqua qu’à ses yeux, les débats antérieurs avaient été suffisants.

Quelques mois plus tard, nouvel échange de lettres avant le comité national du 1er mai 1967. Jean Cœurdevey demandait qu’un temps suffisant fût consacré aux questions « générales », que le compte rendu des séances ne s’éparpillât pas sur plusieurs numéros de Syndicalisme universitaire, qu’on n’eût pas peur d’exposer les oppositions et les affrontements. P. Vignaux lui promit qu’une journée complète serait consacrée au rapport d’orientation et qu’un compte rendu ronéotypé serait envoyé aux membres du comité national.

Au mois d’août suivant, nouvelle lettre de Jean Cœurdevey : il s’élevait, comme Jacques André, contre le télégramme que Paul Vignaux avait envoyé à l’Histadrouth, la principale centrale syndicale d’Israël. Le gouvernement israélien, inquiet des accords militaires signés par l’Egypte avec la Jordanie et l’Irak, avait déclenché les hostilités le 5 juin au matin. Le soir même, P. Vignaux ayant pris conseil de J. Mousel* exprima au nom du SGEN une « sympathie profonde dans la lutte si courageuse Israël pour droit à l’existence ». Jean Cœurdevey jugeait que le geste était « précipité », car « l’affaire était encore trop obscure », « l’innocence d’Israël peu convaincante ». Ayant étudié dans l’annexe IV de notre thèse « le SGEN et la crise du Moyen-Orient en 1967 », nous ne pouvons nous étendre ici sur la position que le bureau national prit le 7 juin, ni sur la réponse de P. Vignaux à Cœurdevey. Mais l’objet principal de cette missive du 22 août était une Lettre de Reconstruction du 18 juillet qui préconisait des réunions en province afin de susciter des adhésions au Comité syndicaliste de Reconstruction au nom duquel Pierre Cournil* siégeait au comité directeur de la FGDS (fédération de la gauche démocrate et socialiste). Jean Cœurdevey proposait donc à P. Vignaux de venir à Dijon, tout en faisant observer qu’il y avait déjà un club affilié à la Convention (issu des présidentielles de 1965), qu’il n’était pas sûr qu’on trouvât quelqu’un pour animer une section Reconstruction : « nos meilleurs militants sont au PSU (parti socialiste unifié) ». P. Vignaux vint à Dijon le 19 octobre 1967, mais la réunion ne donna pas naissance à un groupe organisé, comme l’avait pensé Jean Cœurdevey.

Survinrent les événements de Mai 68. Jean Cœurdevey envoya au bureau national un rapport de six pages sur « La semaine universitaire du 6 au 11 mai 1968 à Dijon ». Si le dimanche 5 mai, il pouvait encore comprendre la position du bureau national qui venait de publier un communiqué refusant toute participation à la grève, dans les jours suivants « les causes immédiates et réelles (Nanterre et la Sorbonne) des événements n’apparaissaient plus qu’au second plan. Le plus important à Dijon semblait comme une occasion de manifester globalement et affectivement une intense anxiété sur la situation de l’Enseignement supérieur. Aussi la grève du SNE-Sup qui était apparue aux premières heures comme parfaitement démagogique, marquait au fil des heures, ou des jours, une volonté de solidarité dans la protestation globale, avec laquelle il paraissait impossible aux camarades du SGEN de ne pas se joindre ». Le SGEN-Sup participa donc à Dijon le lundi 6 mai au meeting de 13 heures et au défilé en ville de 18 heures. Le soir même furent rédigés deux communiqués, l’un par la section du SGEN-Sup, l’autre au nom de l’UD-CFDT par J Cœurdevey et Jean Rossigneux*, membre du bureau de l’UD ; ils dénoncèrent la répression et soulignèrent les inquiétudes des étudiants. Bien entendu nous n’évoquerons pas le rôle de la section SGEN-Sup pendant toute la grève, ni sa participation à la commission paritaire (moitié étudiants élus par l’UNEF, moitié professeurs élus par l’Assemblée générale), laquelle géra la Faculté jusqu’en septembre. Ce rapport de Jean Cœurdevey ne fut signalé nulle part dans Syndicalisme universitaire. Toutefois le bureau national fit appel à lui lorsque se réunirent en juillet, août, septembre 1968 les diverses commissions ; avec un maître d’internat, il représenta le SGEN dans celle qui était chargée d’étudier les conditions de travail des surveillants.

L’année suivante des dissensions croissantes apparurent au sein du SGEN. Une commission « Orientation 70 » fut constituée dans l’été 1969 afin de trouver un successeur à P. Vignaux qui ne se représentait pas ; la candidature de C. Piétri, prévue au congrès de 1968, suscitait maintenant de plus en plus de réserves. Cette commission dut enregistrer le 11 octobre 1969 le désaccord car la solution envisagée - à savoir une « troïka » constituée par A. Prost, épaulé par Jacques Julliard* pour les rapports avec la CFDT et par C. Piétri pour le Supérieur - se heurtait à l’opposition de ce dernier. Jean Cœurdevey organisa alors à Dijon le 26 octobre une réunion des secrétaires académiques de l’Est : Reims, Nancy, Besançon, Lyon. Il s’agissait de préparer les débats du comité national de novembre qui devait se prononcer sur les deux candidats en présence : C. Piétri et Jacques George* qui représentait les « minoritaires ». Soucieux d’éviter l’instauration d’une tendance qui serait « catastrophique pour le SGEN, déplorable pour le syndicalisme », ils demandaient que tout candidat au poste de secrétaire général fût « une personnalité qui affirmât hautement être "intégrative" de ce que certains appellent des courants au sein du SGEN ». C’est cette idée maîtresse que Jean Cœurdevey exprima au cours du comité national, comme il l’avait déjà fait en écrivant le 27 octobre à Henri Courtade*, secrétaire des lycées dans l’académie de Strasbourg, qui s’était informé auprès de lui par téléphone. Jean Cœurdevey vota pour le rapport de C. Piétri bien qu’il eût exprimé des réserves, celui-ci ne lui semblant pas attacher assez d’importance à la laïcité, alors que Jean Cœurdevey avait participé, après le comité national de novembre 1966, à la Commission de défense du service public que le SGEN avait constituée en octobre 1965 car le Premier ministre Georges Pompidou multipliait les mesures d’aide à l’enseignement privé. Jean Cœurdevey s’abstint sur le rapport de Jacques George* qu’il critiquait davantage, celui-ci refusant toute intégration de l’Université dans la société. Ayant promis alors à ce dernier de lui écrire, il lui envoya le 20 novembre une longue lettre : tout en considérant que P. Vignaux n’était plus en mesure « d’être en harmonie avec certaines tendances qui ont commencé à poindre dès avant mai 1968 », il déplorait que les minoritaires aient refusé les propositions de C. Piétri, à savoir intégrer Jacques Julliard dans la commission confédérale, confier à Jacques George la responsabilité de Syndicalisme universitaire et à Roger Lépiney* le secrétariat du Second degré car cela leur donnait « un avantage stratégique à l’intérieur du SGEN ».

Si en 1971 Jean Cœurdevey céda la charge de secrétaire académique à Henri Goudet, c’est sans doute qu’il était las d’un climat où les incidents se multipliaient. Déjà au bureau national du 13 février 1970, il avait demandé à être associé à la mise au point qui serait faite au sujet d’un bulletin de l’Yonne, département de son académie, animé par un secrétaire « minoritaire », Pierre Fleith. L’élection de C. Piétri au congrès de 1970 ne régla rien. Comme Jean Cœurdevey l’avait écrit à Jacques George* en novembre 1969, si le SGEN était « cassé en deux », « je ne verrais plus à quoi pourrait correspondre le temps, l’activité et les soucis que j’y consacre jusqu’à présent ». En outre il sentait son autorité dans l’académie moins assurée, vu l’influence exercée par P. Fleith. Mais il resta jusqu’en 1974 secrétaire académique adjoint chargé des personnels non enseignants, bien qu’en 1972, un changement de majorité au sein du SGEN ait amené au secrétariat général un ex-minoritaire, François Garrigue.

C’est alors que Jean-Louis Piednoir secrétaire du SGEN-Sup, mis en minorité, démissionna de sa fonction et se consacra à la mise en place d’un groupe d’une douzaine de personnes, le GRAFS (groupe de recherche, d’action et de formation syndicale) qui allait soutenir sa candidature au poste de secrétaire général lors du congrès de 1974, afin de « redresser la situation ». Dans l’équipe présentée au comité national du 1er décembre 1973, Jean Cœurdevey ne figurait pas encore. Il fut contacté par J.-L. Piednoir car, ayant participé à presque tous les bureaux nationaux à partir de 1969, il connaissait bien le Syndicat : on lui demanda d’assurer le secrétariat du Second degré avec Josette Legrand, professeur agrégée de physique au lycée Camille Sée à Paris. Dans le Syndicalisme universitaire du 7 février 1974, tous deux exposèrent leurs propositions afin de « reconstruire un outil syndical ». Malgré le soutien de plusieurs académies, ils n’obtinrent au congrès que 21,24 % des suffrages. Jean Cœurdevey se contenta alors de siéger au bureau des Écoles normales qu’il ne quitta qu’en 1982, jugeant que le rôle de ce bureau était devenu insignifiant. Demeuré simple adhérent, il démissionna en 1992, à cause, dit-il, du « putsch » de Nicole Notat qui élimina Jean Kaspar, secrétaire général de la CFDT, mais il conserva des liens forts avec la CFDT dijonnaise.

Depuis 1975, il consacrait son temps libre à la politique, ayant alors adhéré au Parti socialiste (PS) dont il fut, l’année suivante, le candidat lors des élections cantonales de Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or). Il ne fut pas élu, mais entra à la direction de la Fédération PS du département dont il fut un des secrétaires de 1977 à 1983, tout en étant en 1981 membre de la direction du GSE (groupe socialiste d’entreprise) Éducation nationale où il travailla avec Jules Béneton* et J.-L. Piednoir. Élu maire socialiste de sa commune de résidence Couchey (Côte-d’Or) en 1983, il perdit la majorité en 1989, mais resta conseiller municipal jusqu’en 1995. Il avait été en 1990 membre fondateur du cercle Galilée, avec Jean Poperen, alors ministre des relations avec le Parlement ; il s’agissait de réfléchir à une nouvelle définition de la Gauche. Ce cercle, sous la présidence de l’économiste René Passet, organisa à Paris de 1991 à 1994 vingt-cinq conférences-débats, à la préparation desquelles Jean Cœurdevey fut directement associé. À la mort de Jean Poperen* en 1997, le cercle cessa ses activités, faute de financement.

Jean Cœurdevey fut en même temps membre de nombreuses associations. Entré en 1988 à la section dijonnaise de la Ligue des droits de l’Homme, il en devint le secrétaire général en 1992 et la présida de 1993 à 1997 ; il appartenait encore en 1999 au bureau de cette association. Il était également à cette époque et au titre de la Ligue des droits de l’Homme, membre du conseil d’administration de l’ACODEGE (association côte dorienne pour le développement et la gestion d’actions sociales et médico-sociales) qui gère dix-sept établissements en Côte-d’Or. À Couchey il avait fondé en 1989 une association locale « Animation et Initiatives » où il jouait un rôle important. Il était devenu en 1998 le correspondant à Dijon de l’Association des amis du Monde diplomatique. C’était en effet un lecteur infatigable. Abonné au Monde ainsi qu’à treize périodiques, il lisait chaque année une cinquantaine d’ouvrages sans compter les revues. Il était chevalier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20256, notice COEURDEVEY Jean [CŒURDEVEY Jean, Louis, Émile] par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 30 novembre 2015.

Par Madeleine Singer

Photographies fournies par Rémy Coeurdevey
Photographies fournies par Rémy Coeurdevey

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, thèse, Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J 1471, notamment les cartons 4 et 5 pour la correspondance) ; Histoire du SGEN, Presses univers. de Lille, 1987, 669 p. ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Le Cerf, 1993 (Arch. Dép. Nord, J1578). — Syndicalisme universitaire, 1964-1974. — Lettres de Jean Cœurdevey à Madeleine Singer, 2 septembre 1981, 17 avril 1995, 8 mars 1999, 19 mars 1999, 20 avril 1999 (AP).

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