CODOU Roger

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 20 janvier 1906 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, Val-de-Marne), mort le 23 janvier 1999 à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) ; combattant des Brigades internationales en Espagne ; militant communiste, puis oppositionnel.

Roger Codou en Espagne
Roger Codou en Espagne
Gavroche, n° 102, novembre-décembre 1998

Petit-fils d’un ouvrier chapelier combattant de la Commune de Paris (il n’apparaît pas dans le tome 5 du DBMOF), fils du secrétaire du syndicat parisien de la Chapellerie, Roger Codou fut élevé dans le milieu syndical : « mes sorties se passaient dans les couloirs de la Bourse du Travail ou dans les assemblées tumultueuses de la salle Ferrer » (témoignage autobiographique). Après ses études au lycée Diderot d’où il sortit avec un diplôme de modeleur, Codou partit travailler à Marseille (Bouches-du-Rhône) puis à la société des torpilles de Saint-Tropez (Var). Dans un témoignage autobiographique, il raconta ses premiers engagements politiques : « C’est à ce moment que je découvris la littérature anarchiste et que je m’y plongeai à corps perdu. J’en étais à me demander si j’étais à ma place dans une usine travaillant pour la guerre. C’est à ce moment que le secrétaire du syndicat me remarqua et m’embrigada. Du même coup j’entrai aux Jeunesses communistes. Un problème de transport avait causé un mécontentement dans l’usine. Exploité par le syndicat il dégénéra en mouvement de grève auquel je pris une part active. J’étais seul modeleur et à peu près libre de mes mouvements et je circulais dans les divers ateliers. J’ai été licencié en compagnie du secrétaire et du secrétaire adjoint ».

R. Codou travailla quelque temps comme pêcheur sur le Lénine dont le patron Sigalas*, militant du Parti communiste, devint son beau-père en août 1929. Mais Roger atteignait l’âge de la conscription : « Encore imprégné des idées anarchistes et militant dans un parti qui à l’époque était violemment antimilitariste, j’avais décidé de refuser le service militaire. Je ne m’étais pas présenté au conseil de révision et avais été fait bon absent. J’écrivis une lettre à Painlevé - ministre de la Guerre - pour lui signifier ma décision en donnant à mon refus le sens d’une protestation contre la guerre du Maroc (1926). Je revins à Paris pour faire mes adieux à mes parents et décidai de me rendre à la caserne pour ne pas être arrêté à leur domicile. Immédiatement jeté en prison, j’entrepris une grève de la faim pour ne pas partir dans un bataillon disciplinaire dont on m’avait menacé. Transporté à l’hôpital, je fus transféré à Nantes, dix jours plus tard, dans les locaux disciplinaires de l’hôpital Broussais. Après quinze jours de grève de la faim, je consentis à m’alimenter sur l’assurance que je serais déféré devant un conseil de guerre... ». Au bout de huit mois, l’armée le réforma. Représentant dans une maison de charpentes métallurgiques d’octobre 1929 à juin 1932, il fréquenta à Paris les milieux anarchistes qui le déçurent puis participa à un cercle d’études marxistes que le Parti communiste décida de dissoudre. Le Parti communiste reçut son adhésion en 1929.

Il retourna à Saint-Tropez où un concours s’ouvrit pour le poste de secrétaire adjoint de la mairie. La municipalité de droite dut constater sa réussite aux épreuves mais le révoqua à l’issue du stage d’un an. Codou rendit alors publiques quelques illégalités dans la gestion financière, ce qui lui valut plusieurs inculpations. Un accident de moto, survenu en avril 1934 suivi de graves problèmes de santé, l’écarta de toute activité pendant plusieurs années.
À l’issue de sa convalescence, Roger Codou partit comme volontaire en Espagne républicaine de janvier 1937 au 25 novembre 1938. Il appartint à la 15e Brigade internationale puis à l’état-major de la 14e et fut blessé deux fois à Brunete en juillet 1937, à Gandesa en mars 1938. Il avait le grade de lieutenant. Au moment du Pacte germano-soviétique, il subit une perquisition mais échappa à l’arrestation en contractant un engagement dans l’armée. Il fut finalement mobilisé et envoyé à Vannes (Morbihan), fait prisonnier par les Allemands puis libéré, n’ayant pas été pris les armes à la main. Il revint à Saint-Tropez où la police l’arrêta le 2 août 1940 et, il séjourna aux camps de Chabanet (Ardèche), Nexon (Haute-Vienne), Sisteron (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) avant d’être transféré en Algérie (Djelfa puis Bossuet). Il fut libéré le 2 juin 1943 et requit aux établissements Caudron comme modeleur puis comme chef d’atelier.
Roger Coudou revint en France en octobre 1944. Sa femme faisait partie des FTP de Lyon. Il s’occupa de la fabrication de faux papiers, entra au cabinet ministériel de Charles Tillon, dirigea des journaux consacrés à l’aéronautique puis une entreprise polonaise de transports internationaux. Il eut l’occasion de circuler pendant vingt ans dans tous les pays de l’Est. Le rapport Krouchtchev - dont il eut communication en février 1956 à Varsovie - puis l’intervention soviétique en Hongrie, qu’il vécut à Budapest même, l’amenèrent à rompre avec le Parti communiste français : « les commentaires de l’Humanité ne purent qu’accentuer mon indignation. Je ne voulus pas plus longtemps me faire complice des crimes du stalinisme par mon silence. Je ne repris plus ma carte en faisant connaître les raisons qui dictaient ma décision ».

R. Codou participa par la suite aux activités de groupes oppositionnels et notamment à UNIR.

Toujours très actif et lucide, il mourut à quatre-vingt-treize ans à l’hôpital de Montfermeil dans la nuit du 22 au 23 janvier 1999.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20248, notice CODOU Roger par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 7 novembre 2016.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Roger Codou en Espagne
Roger Codou en Espagne
Gavroche, n° 102, novembre-décembre 1998
Roger Codou blesssé en Espagne
Roger Codou blesssé en Espagne

ŒUVRE : Roger Codou, Le Cabochard. Mémoires d’un communiste, 1925-1982, François Maspero, Actes et mémoires du peuple, Paris, 1983, 241 p.

SOURCES : Arch. Dép. Var, 2 M 7.33.1, 4 M 47, 7 M 4.10, 7 M 12.2. — Arch. AVER. — Témoignage autobiographique de Roger Codou, 7 p. — A. Moine, Déportation et Résistance en Afrique du Nord, op. cit., p. 145-146. — J. Delperrie de Bayac, Les Brigades internationales, op. cit., p. 242, 391, 396. — Roger Codou, "Un volontaire français dans les brigades internationales", Gavroche, revue d’histoire populaire, n° 102, novembre-décembre 1998 (À propos du livre de Rémi Skoutelski, L’Espoir guidait leurs pas, Grasset). — Notes de Jacques Girault.

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