CLUCHIER Joseph, Marius, Paul

Par Antoine Olivesi, Francis Roux

Né le 4 avril 1892 à Gigondas (Vaucluse), mort le 29 janvier 1981 à Montfavet (Vaucluse) ; instituteur ; syndicaliste, secrétaire de la Fédération SFIO du Vaucluse (1931-1940, 1945-1947) ; sous-préfet d’Arles en 1951 ; préfet honoraire.

Issu d’une famille de petits paysans propriétaires de Sablet-près-l’Ouvèze (Vaucluse), orphelin de père dès l’âge de six ans, Joseph Cluchier poursuivit ses études malgré des conditions familiales difficiles : d’abord à l’EPS de l’Isle-sur-la-Sorgues, puis reçu premier à l’École normale d’instituteurs d’Avignon de 1909 à 1912.
Affecté au 3e régiment d’infanterie à Hyères, reçu à Saint-Maixent, mobilisé, il fut blessé à Dieuze dès le mois d’août 1914. Versé au 240e d’infanterie, promu sous-lieutenant il passa au 401e régiment d’infanterie et fut à nouveau blessé, en avril 1917, au Chemin des Dames. Versé alors dans l’aviation il devint pilote à l’escadrille V. B. 292. Blessé une troisième fois, il termina la guerre comme lieutenant, titulaire de trois citations, de la croix de guerre avec palmes et de la Légion d’honneur...
Ces brillants états de service ne furent pas incompatibles avec ses convictions socialistes : inscrit au Parti SFIO, dès 1919 à Orange, il commença une carrière de militant, puis de responsable, dont la fidélité ne devait jamais se démentir.
En 1920, se séparant de la majorité de la Fédération vauclusienne, il ne quitta pas « la vieille maison » bien qu’un rapport de police de février 1922 ait cru devoir signaler comme « actif propagandiste » de la section orangeoise du Parti SFIC naissant. En 1930, il devint secrétaire fédéral du Vaucluse, et conserva ce poste jusqu’à la guerre, l’assumant même pendant quelques mois après la Libération.
À ce titre, il participa activement aux grands débats qui secouèrent la SFIO entre 1930 et 1934 : membre du bureau lors du meeting houleux du 5 octobre 1930 au Théâtre Antique d’Orange où l’on vit Déat, Marquet et Renaudel conspués par les contradicteurs communistes qui entonnaient L’Internationale ; présidant la séance d’ouverture du congrès national extraordinaire du Parti socialiste à Avignon, le 16 avril 1933, où s’affrontèrent Marceau Pivert d’une part et Renaudel et Déat d’autre part, prélude à la prochaine scission. Il participa aux discussions et aux congrès préparant le Front populaire : le 11 février 1934, il était avec Vaillandet et de nombreux enseignants socialistes à la réunion publique préparatoire de la grève antifasciste du lendemain. Il y prenait la parole après l’orateur communiste, le docteur Aymé. Toutefois il resta toujours partisan dans ses prises de position aux congrès fédéraux d’une nette démarcation entre SFIO et PC, préconisant le front commun contre le fascisme, mais sans aliéner l’autonomie du Parti.
Il fut candidat aux élections cantonales d’Orange-Ouest en octobre 1934, mais échoua avec 406 voix sur 2 235 votants. En 1936, évincé d’Avignon par quelques manœuvres, il fut désigné comme candidat SFIO dans le fief de Daladier, à Orange. Avec 1 439 voix sur 14 640 suffrages exprimés, il n’arriva qu’en troisième position, après le communiste Charpier qui obtenait 4 824 voix, Daladier étant réélu dès le premier tour avec 7 922 voix. Le congrès fédéral d’Avignon du 27 mai 1936 lui témoigna la reconnaissance des élus du parti, Vaillandet et Lussy. Ami fidèle de ce dernier, il l’accompagnait parfois dans ses tournées de propagande pendant les années du Front populaire : aussi en juillet 1936, il était à Apt, avec Léo Lagrange, en juin 1937 à Lagnes avec Jules Moch...
Le 29 mai 1938, le congrès fédéral d’Avignon le désigna comme délégué du Vaucluse au congrès national de Royan, avec Vaillandet et Lussy. Le 21 mai 1939 il participait à un congrès fédéral privé et le 10 juin présidait à l’Isle-sur-la-Sorgues une réunion publique où Vaillandet attaquait sévèrement Daladier. Mais la guerre était là... et il fut à nouveau mobilisé, dans l’aviation à Lyon.
En prélude à cette activité politique des années 1930, P. Cluchier avait, dès les années 20, marqué sa place dans le syndicalisme enseignant.
Au retour de la guerre, nommé instituteur à Orange, il avait adhéré à l’Amicale des Instituteurs du Vaucluse. Celle-ci se transforma en syndicat affilié à la Fédération des fonctionnaires, déposant ses statuts le 29 février 1920 : succédant à Léon Boudon, Cluchier en devint secrétaire général dès 1921 et le resta jusqu’en 1929-1930, au moment où devenant secrétaire de la Fédération SFIO du Vaucluse il ne voulut pas mêler les responsabilités syndicales et politiques. Marié à une institutrice qui allait se faire un nom dans la littérature régionale, il devint en 1927 directeur d’école à Montfavet (quartier Est d’Avignon) : avec sa femme ils ne cessèrent d’y faire progresser l’école laïque face à une école confessionnelle très agissante.
Représentant des instituteurs au conseil d’administration des Pupilles de la Nation, fondateur de la « Mutuelle accidents » des élèves des écoles publiques de Vaucluse, membre du conseil départemental de l’Enseignement primaire à partir de 1929, il se montrait à chaque occasion ardent défenseur de l’indépendance et des libertés syndicales : en janvier 1927 par exemple, il protesta auprès du Parti communiste contre la distribution de tracts devant les écoles disant qu’« il fallait faire confiance au SNI si on avait à se plaindre des instituteurs » ; en juillet 1926, c’est en qualité de président de la réunion syndicale publique et contradictoire de la CGT à Orange, le 29 juin précédent, qu’il adressait une lettre au préfet pour protester contre la révocation de Piquemal ; le 21 novembre 1926, au nom du SNI il écrivait au préfet pour protester contre un discours de Poincaré : « les fonctionnaires ne sont pas les vampires de la nation [...] si l’on veut que les instituteurs soient des modèles, il faut améliorer leurs traitements, la vertu ne doit pas nécessairement être en haillons ».
Il prit la parole le 22 mai 1927 au congrès confédéral des fonctionnaires de Vaucluse où l’on notait la présence de Belin de la Fédération postale nationale. Puis son action politique éclipsa son activité syndicale. Cependant on le vit intervenir au congrès de l’Union départementale du 19 décembre 1937, présidé par Léon Jouhaux et qui réclamait la réalisation intégrale du programme de Front populaire mais il ne fit pas partie des instituteurs sanctionnés pour avoir fait grève le 30 novembre 1938 : il est vrai qu’ils furent peu nombreux, communistes pour la plupart. Lui-même d’ailleurs avait déjà encouru une sanction administrative : le 7 novembre 1934 il avait reçu une réprimande académique pour avoir violemment attaqué, dans un de ses articles hebdomadaires du Réveil vauclusien, le 23 août 1934, le gouvernement d’Union nationale et qualifié Gaston Doumergue de « rebouteux stupide et béat de Tournefeuille [distillant] des radios-infusions ».
Mobilisé comme lieutenant en 1940, il appartint ensuite à la Résistance dans l’organisation intérieure du Parti socialiste. Menacé d’une arrestation imminente, il rejoignit en 1944, le maquis du Mont Ventoux. À la Libération, il proclama à l’Hôtel de ville d’Avignon le retour à la légalité républicaine et fut nommé, en 1945, secrétaire général de la préfecture du Vaucluse, au titre de la Résistance. Il assuma les mêmes fonctions à Draguignan, dans le Var, en 1949, puis fut nommé sous-préfet d’Arles en 1951. En 1957-1958, il acquit le rang de préfet honoraire attaché au cabinet du secrétaire d’État à l’Intérieur, Maurice Pic.
Après sa démobilisation, revenu à Montfavet, il participa à l’organisation clandestine du parti SFIO. Menacé d’arrestation par la Gestapo, il se réfugia dans le Ventoux en 1944.
Nommé préfet de Digne à la Libération il opta pour le secrétariat général de la Préfecture de Vaucluse, département qu’il connaissait bien. Il passa ensuite au secrétariat général de la préfecture du Var, puis fut nommé sous-préfet d’Arles en 1951. Nommé préfet par le ministre socialiste Pic, il prit sa retraite et se retira à Montfavet.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20210, notice CLUCHIER Joseph, Marius, Paul par Antoine Olivesi, Francis Roux, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 3 avril 2009.

Par Antoine Olivesi, Francis Roux

ŒUVRE : Article hebdomadaire dans Le Réveil vauclusien avant 1940 sous le signe des « Trois flèches ».

SOURCES : Arch. Dép. Vaucluse, 1 M 723, 817, 840, 842, 826, 3 M 285, 10 M 31 et 33. — Réveil vauclusien, coll. Musée Calvet, années 1927-1929. — A. Autrand, op. cit. Statistiques électorales. Vie politique. Conseil général de Vaucluse. — Le Petit provençal, 17 avril 1933 (photo), 21 mai 1934. — Le Provençal Vaucluse, 31 janvier et 1er février 1981. — Renseignements communiqués par l’intéressé (22 novembre 1975).

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