TOURTAY Jules, Louis

Par Michel Thébault

Né le 22 juin 1898 à Limoges (Haute-Vienne), exécuté sommairement le 9 juin 1944 au lieu-dit Combeauvert, commune de Janaillat (Creuse) ; voyageur de commerce ; résistant Libération-Sud, FFI groupe d’Aubusson AS.

Photographie d’Identité judiciaire. Janvier 1943.
Photographie d’Identité judiciaire. Janvier 1943.

Jules Tourtay était le fils de Marcel Auguste Tourtay âgé de 26 ans à sa naissance, fermier, et de Marie Antoinette Mayadoux âgée de 19 ans, domiciliés tous deux 18, avenue de Toulouse à Limoges. Il s’engagea volontairement le 25 mars 1917 à la mairie de Limoges et fut incorporé dans le 12ème Régiment de dragons puis en septembre 1917 dans le 21ème Régiment de chasseurs, participant ainsi aux combats de la dernière période de la première guerre mondiale. En février 1919, il fut affecté à la 12ème section COA (commis et ouvriers d’administration) de la XIIème région militaire, puis transféré en mars 1920 à la section COA du Maroc occidental (campagne du « Maroc en guerre » de mars 1920 à février 1921). Démobilisé en mars 1921, il revint peu de temps à Limoges, repartant dès juin pour Fès au Maroc. Dans les années 1920 – 1930, il eut de nombreux emplois dans plusieurs villes françaises : boucher, comptable, épicier puis voyageur de commerce. Installé en 1926 à Paris, il y épousa le 6 octobre 1928, à la mairie du XVIIème arrondissement, Georgette Gilberte Cole, âgée de 20 ans et originaire de Lézinnes dans l’Yonne. Il se déclara alors chef de personnel de Maison d’industrie. En 1933, il résidait à Léognan (Gironde) et en 1934 à Périgueux (Dordogne) où il était gérant de la Coopérative Nouvelle contrôlée par le Parti communiste. Sans doute militant actif, peut-être membre du parti communiste, il fut condamné à Périgueux à plusieurs mois de prison, pour « entrave à la liberté du travail le 12 février 1934 » (il avait pénétré avec des camarades dans des ateliers pour appeler les ouvriers à la grève). Il fut amnistié de cette peine dès les débuts du Front Populaire en août 1936. Il vint enfin s’installer avec sa femme et ses deux enfants en juillet 1939 à Saint-Alpinien, une commune située à quelques kilomètres à l’est d’Aubusson. Exerçant vraisemblablement son activité professionnelle à Aubusson, il s’y engagea courant 1942 dans la résistance. Il faisait partie à Aubusson du groupe appelé le « groupe du café du commerce ». Ce café tenu dans les années 40 par un adjoint au maire d’Aubusson, François Chevalier, membre de la SFIO, devint un foyer de résistance spontané regroupant en particulier des représentants de la gauche aubussonnaise. Le groupe s’occupait essentiellement de propagande (distribution de tracts et de journaux clandestins, comme Combat, à Aubusson et dans les communes voisines) et s’affilia à Libération-Sud au début de l’année 1942 ; le nom de Jules Tourtay apparaît dans les listes des membres de Libération-Sud, région Émaux, Creuse (Laurent Douzou op. cit.). Le groupe organisa également le 11 novembre 1942 à 11 heures, une manifestation très suivie devant le monument aux morts d’Aubusson. Mais peu après, Jules Tourtay fut dénoncé secrètement par son épouse, hospitalisée à la suite de violences conjugales et souhaitant repartir en zone occupée avec ses deux enfants, sans doute à Lézinnes dans l’Yonne auprès de ses parents (Marc Parrotin, Le temps du maquis op. cit, pages 117 à 120, rapporte ce fait à mots couverts, citant en changeant à peine les noms, les rapports de police et de justice consultés aux archives départementales de la Creuse). Jules Tourtay fut arrêté en même temps que François Chevalier, le propriétaire du café du commerce, le 27 novembre 1942. Inculpés de manifestations anti-nationales, ils furent incarcérés à Guéret puis à Limoges, condamnés à des peines de prison (François Chevalier fut condamné en mars 1943 à un an de prison et 1000 Francs d’amende). Libéré à une date inconnue, Jules Tourtay ne fut pas concerné par les grandes rafles d’Aubusson (entre le 21 février 1943 et le 23 mars 1944, six rafles successives entraînèrent l’arrestation de 68 personnes).
Au soir du 7 juin 1944, après le départ des Feldgendarmes stationnés à l’Hôtel de France d’Aubusson, un groupe de résistants dont vraisemblablement Jules Tourtay se saisit du contrôle de la ville. Le retour des troupes allemandes arrivant par la route de Clermont-Ferrand, les 8 et 9 juin obligea les résistants à se disperser. C’est dans ce contexte que le 9 juin 1944, Jules Tourtay quitta Aubusson, pour gagner le maquis avec d’autres résistants aubussonnais. Il faisait partie du convoi transportant des résistants d’Aubusson et de Vallière (Creuse) se dirigeant vers Bellesauves (commune de Janaillat) pour rejoindre le maquis de l’AS qui y avait établi son poste de commandement. Arrivant de Pontarion le convoi fut intercepté au carrefour de Combeauvert (commune de Janaillat), carrefour entre la route de Guéret et celle reliant Pontarion et Janaillat. Des éléments de la division Das Reich (bataillon du régiment Der Führer), renseignés par un avion de reconnaissance, y avaient dressé un barrage pour intercepter les maquisards qui venaient de quitter Guéret le matin même, suite à la contre-attaque allemande pour reprendre la ville libérée par la résistance le 7 juin. Peu armés et pris par surprise, les résistants de ce convoi ne purent se défendre, plusieurs d’entre eux furent tués dans l’embuscade, les autres dont Jules Tourtay faits prisonniers, furent fusillés sommairement quelques centaines de mètres plus loin (trois fusillés blessés purent s’enfuir et être secourus, profitant du départ immédiat des allemands).
Il obtint la mention Mort pour la France. Son nom figure sur le monument aux fusillés et déportés d’Auxerre (Yonne), sur le monument dressé à Combeauvert en 1947 à l’initiative du maire de Janaillat, Prosper Coucaud, et sur le mémorial de la résistance creusoise à Guéret (orthographié Tourtary J.).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article201407, notice TOURTAY Jules, Louis par Michel Thébault, version mise en ligne le 5 avril 2018, dernière modification le 30 septembre 2019.

Par Michel Thébault

Photographie d’Identité judiciaire. Janvier 1943.
Photographie d’Identité judiciaire. Janvier 1943.

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Vienne (État civil, registre matricule et dossier Tourtay 1517 W 128, consulté par Christian Penot) — Marc Parrotin Le temps du Maquis, Histoire de la Résistance en Creuse Ed. Verso 1984 et Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Laurent Douzou La Désobéissance : Histoire du mouvement Libération-Sud Ed. Odile Jacob 1995 — Robert Petit La collaboration, la Résistance et l’épuration à Aubusson (1940 – 1945) Ed. Alice Lyner 2013 — Mémoire des Hommes — Mémorial genweb — État civil de Paris et Janaillat.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément