CLÉAC’H André, Alain

Par Alain Dalançon

Né le 22 octobre 1916 à Brest (Finistère), mort le 12 septembre 1986 à Brest ; professeur agrégé d’histoire-géographie, puis proviseur ; syndicaliste ; secrétaire adjoint puis général de la section académique d’Alger du SNES (1956-1960).

André Cléac’h
André Cléac’h
Au milieu de sa classe au lycée d’Alger

Son père, agent technique à l’Arsenal de Brest, mourut en 1935. André Cléac’h reçut une éducation catholique traditionnelle mais fit toutes ses études primaires et secondaires dans l’enseignement public. Excellent élève, il obtint le 2e prix d’histoire, un accessit en mathématiques au Concours général et le baccalauréat ès sciences en 1934. Il termina en 1936 une licence d’histoire-géographie à la Faculté des Lettres de Rennes (Ille-et-Vilaine), obtint un diplôme d’études supérieures de géographie en 1937, puis un certificat d’études littéraires classiques en 1938.
Mobilisé le 1er septembre 1939 dans la Marine, il donna des cours à l’École navale puis suivit les EOR à l’école d’artillerie de Poitiers (Vienne), mais les papiers attestant sa promotion en tant qu’officier furent détruits dans l’incendie de la caserne bombardée par les Allemands en 1940. Démobilisé le 23 août 1940, il exerça comme délégué rectoral d’histoire-géographie au collège de Saint-Servan-sur-mer (Ille-et-Vilaine) du 11 novembre 1940 au mois de février 1942. Reçu à l’agrégation d’histoire-géographie à la session de 1941, il fut nommé professeur agrégé au lycée Pierre-Loti de Rochefort à partir de février 1942. Il obtint sa mutation pour le lycée d’Oran en Algérie à la rentrée 1942.
Après l’arrivée des troupes américaines, André Cléac’h fut « enrôlé », de juin 1943 à septembre 1945, comme « matelot sans spécialité », n’ayant plus de papiers militaires ; embarqué sur le croiseur La Gloire, il fut secrétaire de bord. Après un séjour de six mois à New-York, à la suite d’une avarie importante dans l’Atlantique-nord, il participa aux débarquements en Corse puis en Provence. De retour à la vie civile à la rentrée scolaire 1945, muté au lycée Bugeaud d’Alger, à l’annexe Émile-Félix-Gautier devenue lycée de plein exercice au cours de l’année 1945, il y demeura jusqu’en 1960.
Membre de la Société des agrégés, André Cléac’h milita surtout dans la section académique (S3) du Syndicat national de l’enseignement secondaire. Secrétaire adjoint à partir de 1956 puis secrétaire général du S3 d’Alger de 1958 à 1960, succédant à Nicolas Staropoli, il garda une totale indépendance à l’égard des partis politiques et des courants de la Fédération de l’Éducation nationale.
Ami de l’historien Charles-Robert Ageron, il espérait que les démocrates français, et parmi eux les enseignants, favoriseraient l’émergence d’une « classe intermédiaire musulmane » qui pourrait, à terme, prendre en mains les rênes de l’Algérie. Il ne partageait donc pas la notion d’islamisme national développé par le FLN mais, ulcéré par le « coup d’État » du 13 mai 1958, il manifesta son hostilité aux positions des ultras, partisans de l’Algérie française. Sentant que ses espoirs étaient vains, il favorisa la nomination d’enseignants algériens musulmans en France et défendit les jeunes enseignants français nommés la plupart du temps contre leur gré en Algérie. Ainsi il défendit une motion de son S3 au congrès du SNES de 1959 pour permettre notamment à tous ces jeunes de préparer l’agrégation et de la maintenir comme concours de recrutement du second degré, contre l’avis du secrétaire pédagogique Pierre Sénécat, ancien président de la Société des agrégés. . Il signa une tribune libre dans Le Monde du 23 août 1959 sous le titre « Service civique et promotion musulmane » qu’il explicita dans L’Université syndicaliste du 20 octobre : pour résoudre la crise du recrutement en Algérie, il condamnait le recours au système des nominations d’office et demandait l’augmentation des avantages matériels et le développement du recrutement local. Toujours fidèle à la laïcité (il présidait alors le Comité départemental d’action laïque) et à la « fraternité franco-musulmane », dont il se félicitait que son S3 soit un des derniers bastions, il apporta au congrès du SNES de Pâques 1960 un vibrant soutien au secrétaire général adjoint Ghouti Benmerah, en appelant à la défense de « la démocratie politique et sociale sans laquelle il ne peut y avoir de syndicalisme digne de ce nom ».
André Cléac’h habitait alors 40, boulevard Saint-Saëns à Alger. Menacé de mort par les ultras qui allaient constituer l’OAS, il fut contraint de rentrer en France avec sa famille en 1960. Il s’était marié avec Éna Plany, sans profession ; le couple avait eu une fille et deux garçons, tous nés en Algérie.
Il décida alors d’embrasser une carrière administrative en devenant censeur, directeur du lycée de Deauville (Calvados) de la rentrée 1960 à 1963, puis proviseur du même établissement jusqu’en 1967, où enseignait le secrétaire académique du SNES, Robert Bourdon, avec lequel il entretint de l’amitié. À la rentrée 1967, il fut nommé proviseur du lycée de garçons de Poitiers, au moment où s’effectuait le transfert progressif du vieux lycée Henri-IV du centre-ville vers le nouveau lycée Camille-Guérin, proche du nouveau campus universitaire. Il demeura à ce poste de direction jusqu’à sa retraite à la rentrée scolaire 1976, quittant ses fonctions le jour même de son 60e anniversaire. Il dirigea, avec une bienveillante mais ferme autorité, un lycée comportant toutes les classes préparatoires, un second et un premier cycle du second degré qu’il essaya de préserver le plus longtemps possible, malgré la réforme des collèges d’enseignement secondaire.
Syndiqué au Syndicat national des personnels de direction de l’enseignement secondaire, André Cléac’h cessa d’y adhérer en raison de la mollesse revendicative du syndicat. Il entretenait cependant les meilleures relations avec les sections syndicales des différents syndicats de la FEN, notamment du SNES dont les responsables départementaux et académiques étaient tous professeurs dans l’établissement, et avec le secrétaire académique du Syndicat national des intendants de l’éducation nationale, intendant de l’établissement. Cette entente avec les personnels et les syndicats qu’il sut gérer, sans abandonner son autorité de proviseur, permit à l’établissement de passer sans encombre la période de 1968 et surtout les deux années suivantes qui furent mouvementées dans le campus poitevin. Cependant, en raison de sa résistance aux injonctions autoritaires de l’inspecteur d’académie et du recteur, ce dernier jugea bon de ne plus le faire siéger à la commission administrative paritaire académique des agrégés, comme cela était de tradition pour le proviseur du lycée de Poitiers, où enseignaient 20 % des agrégés de l’académie.
Lors de la journée du 2 février 1977 organisée par le SNES et le SNEP à Paris, « Pour un enseignement de qualité pour tous », André Cléac’h vint témoigner, à la fois de la « chaude sympathie » qu’il avait vécue dans son établissement et des difficultés de tous ordres rencontrées par les chefs d’établissement confrontés à l’insuffisance des moyens et au désir de l’administration supérieure de les réduire à n’être « que le maillon inférieur d’une hiérarchie autoritaire ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20118, notice CLÉAC'H André, Alain par Alain Dalançon, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 30 décembre 2018.

Par Alain Dalançon

André Cléac’h
André Cléac’h
Au milieu de sa classe au lycée d’Alger

ŒUVRE : Avec Gabriel Esquer, Gabriel Audisio, Christian De Gastyne, Visages de l’Algérie, Horizons de France, 1953, 176 p.

SOURCES : Arch. ANOM, ALG 91 3 F/106 et 3 (Louis Botella). — Arch. du lycée Camille-Guérin de Poitiers — Arch. IRHSES (CA, congrès, dossiers Algérie de Nicolas Staropoli, L’Université syndicaliste) — Témoignages de son fils Jean-Yves. — Témoignages oraux.

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