CLAVERI Georges, Pascal

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 20 août 1899 à Grenoble (Isère) ; peintre en bâtiment ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1925-1927), secrétaire de la CGTU (1929-1932) ; militant communiste.

Fils de Maria Monin et de Barthélémy Claveri monteur en aviation, Georges Claveri quitta l’école en 1911 (à l’âge de douze ans) pour entrer comme apprenti peintre à la maison Kaslin (ou Kassler)-Clavery et Cottin à Grenoble. Il y resta jusqu’à son engagement pour quatre ans au 11e régiment d’artillerie en janvier 1918. Présent sur le front d’Orient à Salonique puis à Constantinople, aux RM 905 et 907 en 1920-1921, il fut libéré en janvier 1922 et reprit son travail de peintre chez son ancien employeur. Claveri adhéra au Parti communiste et à la CGTU au cours de l’année 1922. Il fut dès 1923 secrétaire adjoint de l’Union départementale CGTU et membre du comité départemental de la Fédération communiste d’Isère. Mais, en décembre 1923, les militants communistes locaux l’exclurent pour malversations : il aurait gardé par-devers lui le montant d’une partie des cotisations qu’il avait recueillies (Arch. Jean Maitron et Arch. Dép. Isère). La décision fut rapportée quelques années plus tard mais, en 1930, Lucie Colliard* lui rappela sans ménagements cette « affaire » inconnue des militants parisiens (Le Cri du Peuple, 22 octobre, 5 et 20 novembre 1930).
Georges Claveri arriva à Paris en décembre 1923 et logea jusqu’en 1925 dans un hôtel voisin des locaux syndicaux de la rue de la Grange-aux-Belles. Il travailla pendant une semaine à la coopérative « La Famille nouvelle », avant d’entrer comme ouvrier peintre à l’entreprise Vigne, rue du Chemin Vert. Il adhéra au syndicat du bâtiment qui lui confia le secrétariat de la section technique des peintres. Malgré son exclusion, Claveri fréquentait les milieux communistes. La police l’interpella le 9 janvier 1924 au cours de la manifestation organisée sur les Grands boulevards en faveur des anarchistes espagnols Nicolau et Mateu. La CGTU utilisa son nom comme gérant de plusieurs journaux de la main-d’œuvre étrangère : El proletario, L’Emigrante, Zwiazkomiel Tolski. Au congrès extraordinaire de décembre 1924, Claveri fut élu membre de la commission exécutive de la Fédération unitaire du bâtiment et délégué à la propagande. Sa situation de célibataire lui permettait un militantisme intense et des déplacements fréquents. Dès août 1925, il entra à la commission exécutive de la CGTU et devint un commis voyageur du syndicalisme, présent dans les grandes grèves où l’encadrement local s’avérait insuffisant.
Jean Georges*, secrétaire de l’Union départementale CGTU de Haute-Garonne et secrétaire à la propagande de la XIe région unitaire, ayant été emprisonné en juin 1925, Claveri partit le remplacer en novembre, et, après la libération de Georges en février 1926, demeura à Toulouse en qualité de délégué à la propagande. Il partit en mai 1926 à Laroque d’Olmes (Ariège) pour soutenir la grève des ouvriers du textile. Il fut pendant deux mois le propagandiste et le conseiller technique de la grève. Mais, le 10 mai 1926, la police l’arrêta pour entraves à la liberté du travail. Il sortit de la maison d’arrêt de Pamiers le 10 septembre, alors que le mouvement avait pris fin un mois plus tôt. Claveri retourna dans la région toulousaine jusqu’en février 1927, puis, après un passage à Paris, partit à Alger en mars 1927. Il fut à nouveau arrêté le 8 avril 1927 à Oran, pour « propos anarchistes et incitation au meurtre ». Selon la police, il aurait au cours d’une réunion publique « invité les ouvriers appelés (au régiment) à retourner leurs armes contre leurs officiers » (Arch. Jean Maitron). Le tribunal correctionnel d’Oran le condamna le 20 mai 1927 à deux ans de prison et mille francs d’amende, peine transformée en appel à dix-huit mois de prison et mille francs d’amende. Après la lecture de cette dernière sentence, il aurait crié : « Vive l’Armée rouge ! Vive la Révolution ! » (La Voix des Travailleurs, hebdomadaire communiste de la région Garonne, 8 août 1927). Il séjourna à la prison Barberousse puis à Maison Carrée jusqu’au 7 octobre 1928. Le Parti communiste l’avait présenté comme candidat d’amnistie aux élections législatives des 22 et 29 avril 1928, dans la circonscription de Foix (Ariège) : 19 588 inscrits, 1 066 voix au 1er tour et 389 au second, selon La Voix des Travailleurs, 3 mars 1928.
Le congrès de la CGTU tenu du 19 au 24 septembre 1927 à Bordeaux l’avait élu membre suppléant de la commission exécutive. À ce titre il participa, aussitôt après sa libération, au comité confédéral national d’octobre 1928. Partisan résolu de la nouvelle tactique « classe contre classe », Claveri connut une brusque promotion. Le congrès réuni du 15 au 21 septembre 1929 l’élut secrétaire de la CGTU chargé de la trésorerie. Il fit la même année un voyage à Moscou, avec une délégation du Secours rouge international, et y retourna dès mai 1930 pour percevoir les frais du voyage de la délégation au congrès de l’Internationale syndicale rouge (ISR) : 9 500 francs selon la police qui laissait comprendre que cette démarche pouvait masquer une subvention faite par l’ISR, car, à son retour fin juin, « la trésorerie de la CGTU se trouva subitement renflouée » (Arch. Jean Maitron). Claveri ne ménagea pas les militants du Comité des 22 pour l’unité syndicale, qualifiés d’« agents de la bourgeoisie » qui « forgent les armes contre la Russie des Soviets » (Vie ouvrière, 21 novembre 1930). Albert Vassart* raconta que dans les organismes dirigeants de la CGTU le trésorier conseillait une seule réponse aux signataires : « le mot de Cambronne » (Mémoires inédites). Le Cri du Peuple réagit en rappelant les circonstances de son exclusion de 1923, agrémentées de quelques renseignements sur sa vie grenobloise. Ces révélations le discréditèrent auprès de quelques dirigeants de la CGTU. Très affecté, souffrant de dépression, il demanda, en février 1931, à être relevé de ses fonctions au secrétariat de la CGTU. La direction refusa, mais l’éloigna de Paris en lui retirant, semble-t-il, la charge de la trésorerie. Il fit une tournée de propagande dans le Nord en mars 1931, participa à la réorganisation de la région lyonnaise et dirigea une grève du textile à Vienne (Isère) en avril 1931. Il fut cependant réélu au secrétariat de la CGTU au congrès (6e congrès confédéral) tenu au Magic City du 8 au 15 novembre 1931.
Georges Claveri participa aux travaux du VIIe congrès du Parti communiste (Paris, 11-19 mars 1932). Mais, quelques mois plus tard, en octobre 1932, il se vit priver de toutes fonctions dirigeantes dans les organisations ouvrières par décision du Comité central, à la suite « d’irrégularités dans la gestion des fonds confédéraux » (Arch. Jean Maitron). Son principal accusateur aurait été Gaston Monmousseau*. Claveri démissionna du Parti communiste en mai 1933 et de la CGTU en juillet 1933. Le secrétariat du PC demanda à la municipalité communiste d’Ivry-sur-Seine de le renvoyer du poste d’employé communal qu’il occupait depuis quelque temps. Il reprit son travail de peintre et fit paraître en 1936, comme gérant, un mensuel intitulé Unité des peintres. La fusion syndicale et les événements du Front populaire le conduisirent à donner son adhésion à la CGT en juin 1936. Il la quitta à nouveau en décembre 1938, après les grèves du 30 novembre.
Mobilisé le 25 août 1939 et versé à la 244e compagnie du train à Largentière (Hautes-Alpes), Claveri fut, le 6 octobre 1939, affecté spécial à l’usine Capra de La Courneuve (Seine). Rappelé aux armées le 7 février 1940 par mesure disciplinaire (à la demande de l’État-major de Paris qui le considérait vraisemblablement comme communiste), il partit au 213e dépôt d’Infanterie à Saint-Benoît (Seine-et-Oise) puis à Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme), Villard (Villar-d’Arêne ?) (Hautes-Alpes), Prémol (?) (Isère) pour aboutir le 12 août 1940 au centre de séjour surveillé de Fort-Barraux (Isère). Il disait alors n’avoir aucun rapport avec son homonyme militant doriotiste. Il fut libéré le 1er mai 1941 après s’être engagé sur l’honneur « à n’adhérer à aucun parti antinational ou à n’avoir aucune activité politique et syndicale » (Arch. Jean Maitron).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article20108, notice CLAVERI Georges, Pascal par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13104, F7/13106, F7/13652, F7/13832. — Arch. PPo. 300. — Arch. Dép. Isère, renseignements recueillis par Pierre Broué. — Arch. RGASPI, Moscou, 495 270 685. — Arch. Jean Maitron. — La Voix des Travailleurs, 13 juin 1926, 11 juin 1927, 8 août 1927 et 3 mars 1928. — Le Cri du Peuple, 1930. — Vassart, Mémoires, inédit. — État civil de Grenoble.

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