DIÉTRICH Eugénie [divorcée VERON]

Par Daniel Grason

Née le 17 juin 1878 à Paris (Ve arr.), morte le 8 août 1961 à Paris XVe (arr.) ; institutrice ; militante communiste ; résistante ; internée.

Eugénie Diétrich
Eugénie Diétrich

Fille d’Elisabeth et de père inconnu, Eugénie Diétrich au terme de sa scolarité obtint le brevet supérieur, elle devint institutrice. Elle épousa le 12 juillet 1900 Isidore Véron, le couple eut trois enfants, elle divorça à une date inconnue.
Elle s’impliqua dans le mouvement social, fut interpellée en 1915 pour « outrages à agent ». Elle a été membre du Groupe des femmes socialistes, du Comité et gérante du journal l’ « Équité » du syndicat des instituteurs et institutrices de la Seine en 1916. Pacifiste, elle adhéra au Syndicat de l’Enseignement laïque (unitaire), fut membre de la Section communiste des Lilas (Seine, Seine-Saint-Denis). Elle collabora à la Voix des femmes, et s’abonna à l’Humanité et à La Vie Ouvrière, a été élue trésorière adjointe de la Fédération des Locataires de la Seine au congrès fédéral du 15 avril 1923.
Elle avait été élue membre suppléante à la commission féminine de la CGTU au congrès de Bourges (Cher) qui se tint en novembre 1923. Le 5 mai 1924, elle devint membre du Comité central de l’UDC, 49e section des Lilas. Enfin en 1937, elle était membre de la section de Pantin du Parti communiste. Membre des Amis de l’Union Soviétique (AUS), du Secours Rouge International (SRI) et des Amis de l’Humanité.
Elle fut interpellée le 2 juin 1942 par des inspecteurs de la BS2 à son domicile 3 rue Léon-Dierx à Paris (XVe arr.), lors de la perquisition de son logement ils saisissaient : des cartes postales de l’Union Soviétique, des morceaux de tracts déchirés édités par le Parti communiste clandestin, deux jeux de pochoirs métalliques, lettres et chiffres.
Emmenée dans les locaux de la Préfecture de police, une femme policière la fouilla. Elle portait sur elle : une carte d’acheteur au nom de Madeleine Marzin domiciliée 3 rue Dierx, une carte de tabac au nom de Hénaff, 12 rue de la Procession, deux cartes textiles appartenant à Camille et Jean Atlan, une carte de charbon appartenant à Denise Véron née Diétrich. Elle assuma son engagement politique communiste, malgré la dissolution, elle restait « néanmoins attachée à ce Parti et je le soutiens moralement. »
Depuis la guerre, elle déclara qu’elle n’avait pas été sollicitée pour participer « à l’activité de l’organisation clandestine. Je l’ai d’ailleurs bien regretté et j’ai supposé que seul mon âge en était cause. »
Elle assuma le fait d’avoir hébergé Madeleine Marzin « de juin 1937 au mois d’octobre 1941, [qui] était une de mes anciennes collègues que j’avais connue avant-guerre au Syndicat de l’Enseignement. » Elle affirma qu’elle ignorait que depuis la guerre […] étant donné son état de santé, [qu’] elle participait encore à l’action communiste. »
Elle assura ignorer que Madeleine Marzin hébergeait son frère Francis évadé d’un camp d’internement. Les cartes postales souvenirs de l’Union Soviétique lui avaient été offertes par un docteur qui était marié à une Russe. Sur des carnets saisis étaient portés des indications sur du ravitaillement. Elle expliqua qu’elle achetait des produits frais en Bretagne pour ses filles Andrée et [Denise178187]->, et une dizaine de personnes qu’elle connaissait dont Madeleine Marzin et Jeanne Deus.
Elle répondit avec assurance à une dizaine de questions dont des notes concernant la « guerre germano-russe » où elle précisa crânement « elles ont été prises par moi à la suite de l’audition de Radio Londres. » Les tracts édités par le parti communiste découverts à son domicile : « Ce matériel ne m’appartient pas. » Les jeux de pochoirs métalliques : « Ils appartiennent à Madeleine Marzin. Elle s’en servait pour faire des tableaux de lecture à l’usage de ses élèves. » Où étiez-vous la matinée du 31 mai 1942 ? : « Je ne suis pas sortie ce matin-là. J’ai confectionné des rillettes à l’aide d’un lapin que j’avais reçu de Bretagne. J’ai fait mon ménage à fond. »
Incarcérée à la Petite-Roquette, un colis contenant notamment du beurre et du fromage arriva à son domicile. Elle comparut le 25 juin 1942 devant la section de de Paris du Tribunal d’État, en compagnie des dix-sept inculpés pour l’action de la rue de Buci, dont Madeleine Marzin. Elle fut en l’absence de preuves relaxée, le tribunal estima que : « son activité paraît se limiter à la propagande de l’ex. Parti communiste. Les militants vivant dans l’illégalité trouvait près d’elle refuge sûr, vivres etc. »
Maintenue en détention puis internée administrativement le 2 juillet 1942 au camp des Tourelles 143 boulevard Mortier à Paris (XXe arr.). Le 13 septembre 1942 une quarantaine d’internées dont Eugénie Diétrich étaient transférées à Aincourt (Seine-et-Oise, Yvelines), les détenus hommes « se sont massés aux fenêtres ainsi que des femmes juives parquées dans la cour de la caserne ont acclamé les partantes et ont manifesté bruyamment en chantant « La » Marseillaise », « Le Chant du départ » et « L’Internationale » relata dans une courte note la direction du camp.
Elle était dans le box des accusés de la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris le 26 févier 1943, en compagnie de Mayer Kaliski, Marcel Leclerc, Robert Desvignes, Robert Marcellesi et Jeanne Deus. Eugénie Diétrich a été acquittée une seconde fois. Elle a été internée au camp de la Lande à Monts (Indre-et-Loire), puis transférée au camp de Mérignac (Gironde). Les internées furent libérées par des groupes de résistants le 22 août 1944.
Le 24 avril 1945 elle témoigna devant la commission d’épuration de la police. Elle déclara : « Je n’ai pas été victime de sévices durant mon séjour à la Préfecture de police. » Elle porta plainte pour les vols d’aliments frais et de conserves, du linge dont vingt draps de lits, ainsi qu’une paire de jumelles Zeiss Kohn. Sur photographie, elle reconnue l’inspecteur G… qui avait eu « une conduite odieuse, il m’a dit qu’il ferait arrêter mon gendre et ma fille qui se trouvaient à cette époque en province. »
Elle porta plainte contre les inspecteurs qui l’arrêtèrent et contre ceux qui s’étaient rendus coupables de vols.
Eugénie Diétrich a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et Internée résistante. Elle mourut le 8 août 1961 à l’âge de 83 ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article200935, notice DIÉTRICH Eugénie [divorcée VERON] par Daniel Grason, version mise en ligne le 18 mars 2018, dernière modification le 24 mai 2019.

Par Daniel Grason

Eugénie Diétrich
Eugénie Diétrich

SOURCES : Arch. PPo. BA 1836, BA 2056, GB 098, KB 18, 77W 346 (dossier Desvignes), PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 12 juin 1942, 77W 346 (dossier (Desvignes), 77W 3121. – Bureau Résistance GR 16 P 185170. – État civil numérisé Paris Ve arrondissement V4E 3051 acte n° 31.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 177

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