CHOPELIN Pierre

Par Madeleine Singer

Né le 6 octobre 1933 à Charlieu (Loire) ; professeur agrégé de philosophie, puis inspecteur pédagogique régional-inspecteur d’académie ; membre du comité national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1962 à 1969.

Pierre Chopelin était l’unique enfant d’Émile Chopelin qui avait épousé Marie-Antoinette Buisson. Celui-ci était ourdisseur-en-soierie à domicile, c’est-à-dire préparait la chaîne pour le tissage avant le passage des navettes sur le métier à tisser. Possédant trois ourdissoirs, il avait en plus de sa femme une ou deux ouvrières ourdisseuses chez lui et donnait à l’extérieur du travail à des dévideuses en amont de l’ourdissage, ouvrières qu’il rémunérait. Il travaillait « à façon » pour des patrons d’usine qui le payaient à l’heure. Il se trouvait donc dans une situation intermédiaire entre l’ouvrier salarié et l’artisan, plus proche toutefois de ce dernier puisqu’il était propriétaire de ses ourdissoirs. Le ménage menant une vie très économe put faire faire des études à leur unique enfant. Après une 6e à l’institution Notre-Dame de Charlieu, Pierre Chopelin entra en 5e à l’institution Saint-Gildas de Charlieu en 1944 et passa en 1951 la deuxième partie du baccalauréat. Il prépara la licence de philosophie aux Facultés catholiques de Lyon (Rhône) et l’obtint à Grenoble (Isère) en 1955. Il fréquenta alors la Sorbonne où il eut le DES en 1956, puis le Capes et l’agrégation en 1958. Après avoir enseigné un mois au lycée de garçons de Tournon (Rhône), il partit au service militaire d’où il ne revint qu’en mars 1961.
Nommé alors au lycée Ampère de Lyon, il compléta son service à partir de 1983 au Lycée Henriot de la même ville. Il eut dans cet établissement une classe de Lettres supérieures ainsi qu’une Première supérieure qui préparait aux ENS de Fontenay et de Saint-Cloud. Il y fut muté en 1987 et compléta son service avec une classe de Lettres supérieures au lycée du Parc à Lyon. En 1989 il fut nommé Inspecteur pédagogique régional-Inspecteur d’académie (IPR-IA). Après une année de stage à Paris, il fut affecté à trois académies : Lyon, Grenoble, Marseille. Malgré le petit nombre des professeurs de philosophie, c’était sans aucun doute une charge trop lourde. Une légère augmentation des IPR a depuis lors légèrement allégé la tâche. Si les académies dont Pierre Chopelin s’occupait, varièrent à partir de 1995, c’est en cette qualité d’IPR-ITA qu’il prit sa retraite le 6 octobre 1998, mais termina par nécessité de service l’année scolaire 1998-1999.
En 1965 il avait épousé Nicole Gautier qui était également professeur agrégée de philosophie et milita tant au SGEN qu’au Parti socialiste (PS). Ils eurent deux enfants : un fils qui, après des études à l’École de management de Lyon (ex-École supérieure de commerce), entra comme cadre dans une entreprise automobile ; une fille qui était en 1999 contractuelle en lettres classiques dans un collège.
Pierre Chopelin adhéra au SGEN dès son retour d’Algérie. À cette époque, il lisait Le Monde et avait été très marqué par l’expérience de Pierre Mendès France qui en 1954 avait mis fin à la guerre d’Indochine. Or lui-même avait été militaire au centre d’instruction de Télergma dans le Constantinois. Les problèmes qu’il y avait aperçus avaient éveillé en lui le désir de s’engager. Les positions du SGEN et de la CFTC en général sur le drame algérien l’incitèrent à entrer au SGEN plutôt qu’au SNES. D’ailleurs le premier congrès académique auquel il assista à Lyon au printemps 1961 ne fit que le conforter dans son choix : il fut en particulier « très favorablement impressionné par l’intervention très nette et même très musclée à cet égard » de Jean Mousel*, secrétaire général adjoint à Paul Vignaux* en même temps que secrétaire du Second degré. Il se souvient encore qu’il intervint en séance pour appuyer par sa propre expérience l’analyse de J. Mousel. Il fut aussitôt repéré comme un possible secrétaire départemental (SD) par Jean Vurpas* secrétaire académique qui cherchait à pourvoir le poste de SD du Rhône alors vacant. Sans ce passage par l’Algérie, il n’aurait jamais accepté, dit-il, de devenir SD du Rhône quelques mois plus tard. Présent au congrès national de 1962, il y rencontra pour la première fois P. Vignaux et par l’entremise de J. Vurpas, il fut inscrit sur la liste du secrétaire général pour le comité national auquel il fut ainsi élu.
Pendant sept ans, P. Chopelin se dépensa sans compter. Comme on le voit par ses interventions lors de la commission administrative Second degré qui se tenait au cours de chaque comité national, il se préoccupait des questions les plus diverses. En novembre 1964, il attirait l’attention des collègues sur « les notices individuelles pour l’affectation de défense » qu’on venait de leur faire remplir : cela permettait la mobilisation en temps de paix, dans le cadre de laquelle un refus de faire cours en cas de grève était assimilé à un refus d’obéissance et le contrevenant à un déserteur ! Pierre Chopelin se souciait aussi bien de l’accueil des stagiaires dans les établissements que de l’unité d’action entre les syndicats, nécessaire au succès de la grève.
Sur son activité dans le département, nous sommes renseignés par la correspondance qu’il échangea avec P. Vignaux ainsi que par les lettres qu’il m’écrivit dans les années 80 lorsque je préparais ma thèse. P. Chopelin réunissait régulièrement les adhérents de la section, consacrant chaque fois du temps à la formation des nouveaux membres (stagiaires du Capes entr’autres). Les papiers qu’il rédigeait, tels que « Tolérance et respect » ou « L’esprit laïc », étaient destinés aux présents, à charge pour les secrétaires de section de les répercuter autour d’eux s’ils le jugeaient bon. En même temps il entretenait des relations suivies avec l’Union départementale (UD) CFTC-CFDT du Rhône. Le SGEN était alors représenté au bureau de l’UD par André Rougemont*, professeur d’enseignement général sciences en CET, et par Suzanne Rata, agrégée de lettres. Mais il fallait les épauler et décider avec eux des positions à adopter quand il y avait des problèmes.
Ce fut le cas en 1964 lorsque sous l’impulsion du syndicat CFTC de l’enseignement privé, des UD organisèrent des commissions « Enseignement public et enseignement privé ». Par lettre du 15 juin 1964, P. Vignaux proposa au secrétaire général de l’UD du Rhône de substituer à la commission prévue une commission « Enseignement-Industrie ». Le mercredi 23 décembre 1964, P. Chopelin envoya à P. Vignaux une longue lettre relatant l’offensive lancée à l’intérieur de l’UD par des représentants de l’enseignement privé : ils déclaraient que la loi Debré devait servir à intégrer l’enseignement privé à l’enseignement public et qu’il fallait « réformer » l’enseignement public. « Mais nous craignons fort, disait P. Chopelin, que par ce biais on prône une " diversification " qui permette en fait aux établissements confessionnels de conserver " une personnalité propre " dont on ne peut d’avance définir les bornes et les limites ». P. Chopelin ajoutait que pour certains camarades des UD, le problème de l’enseignement privé confessionnel n’était « ni le plus grave, ni le plus actuel », vu qu’ils étaient préoccupés par « les scandales de la taxe d’apprentissage », par les usines telles que Berliet créant leur école technique, etc. Il avait donc réuni le lundi précédent son conseil syndical au grand complet et allait avec leur accord écrire le même jour au bureau de l’UD. Il se plaignit dans cette dernière lettre de ne voir que des enseignants dans la commission « Enseignement-Industrie ». Il souligna que cela ne permettrait pas à la commission de prendre valablement position sur la réforme de l’enseignement, ni sur la laïcité, alors que c’était notamment sur cette dernière question que l’UD éprouverait des difficultés dans ses prochains contacts avec des groupements extérieurs comme « Horizon 80 » dont les représentants avaient déjà été rencontrés par la commission politique de l’UD.
Quelques mois plus tard, un communiqué du syndicat de l’enseignement privé du Rhône (CFDT) parut dans un journal local, Le progrès du 16 juin 1965. Comme le fit remarquer P. Chopelin dans une lettre adressée au président de l’UD, un tel texte pouvait avoir l’air d’engager l’UD tout entière, alors qu’il attaquait un autre syndicat confédéré auquel il reprochait de refuser la participation de ses adhérents aux jurys des Capes ouverts désormais aux maîtres qui demeuraient dans l’enseignement privé. P. Chopelin soulignait qu’aucun responsable du SGEN n’avait pris l’initiative de porter sur la place publique ses désaccords avec le syndicat en question. Il envoya en même temps une copie de sa lettre aux membres du conseil départemental SGEN auxquels il annonçait une réunion à ce sujet. Le bureau de l’UD adressa à la presse une mise au point spécifiant qu’il n’était pas solidaire du communiqué publié par la Fédération de l’enseignement privé CFDT et regrettant que celle-ci ait mis en cause les syndicats de l’enseignement public et par conséquent le SGEN adhérant à la même Confédération. On se doute qu’après ce genre d’incident, la commission « Enseignement-Industrie » n’eut pas une très longue vie. Mais P. Chopelin ne perdit pas de vue le problème laïc. Aussi participa-t-il à la Commission de défense du service public qui se réunit à l’issue du comité national du 1er novembre 1966. Le SGEN avait constitué cette commission, le 16 octobre 1965, autour des animateurs parisiens : il s’agissait d’alerter l’opinion publique, vu la multiplication des mesures d’aide à l’enseignement privé prises par le gouvernement de Georges Pompidou.
L’UD avait alors d’autres préoccupations car en 1965 débuta en France l’agitation au sujet du Vietnam. Après l’attaque par le Nord-Vietnam dans le golfe du Tonkin du destroyer américain Maddox, venu appuyer une action de commando sud-vietnamien, en août 1964, les États-Unis avaient commencé des raids de représailles contre le Nord. Ces raids qui se multiplièrent en 1965 émurent l’opinion publique française. Par Syndicalisme, nous savons que l’UD du Rhône participa le 1er octobre 1966 à une manifestation commune à toutes les organisations de gauche, lesquelles réclamaient la paix au Vietnam. Le SGEN ne semble pas y avoir participé car, comme me l’écrira plus tard P. Chopelin, l’UD du Rhône dont « les responsables étaient assez farouchement PSU (Parti socialiste unifié) » était très en pointe, alors que « nous (c’est-à-dire le conseil syndical SGEN du Rhône) jugions certains textes trop unilatéraux, " trop manichéens ". Il nous semblait à la fois moins naïf et plus efficace de soutenir les prises de position des libéraux américains et leur pression sur leur propre gouvernement pour obtenir l’arrêt des bombardements et l’ouverture de négociations ». C’était d’ailleurs la position du bureau national du SGEN telle que l’avait définie P. Vignaux.
Quelques mois plus tard, au début de 1967, naquit un « Collectif UNEF-SNESup-Syndicat des chercheurs-Syndicat CGT des techniciens du CNRS » qui invita les sections SGEN du Supérieur à y adhérer. Le 6 février, P. Vignaux mit P. Chopelin au courant de son entretien téléphonique avec Maurice Gonnaud, responsable du SGENSup à Lyon : celui-ci avait compris qu’il n’était pas question de rejoindre ce Collectif, qu’une réunion ne pouvait être acceptée que si elle était placée sous l’égide de l’UNEF, du SNESup et du SGEN sans mention du Collectif. P. Vignaux ne fut toutefois pas satisfait du texte adopté, « plein d’assertions discutables et d’erreurs de fait » - texte que nous n’avons pas retrouvé. Aussi il écrivit le 21 mars à P. Chopelin qu’il aurait préféré une « rupture », motivée par « l’incompatibilité avec les positions de la CFDT et l’action du SGEN ». P. Chopelin était dans une situation difficile car il recevait des motions de certains établissements qui « réclamaient, parfois en termes violents, une ferme condamnation de la politique américaine - et de la guerre au Vietnam », textes inspirés pour l’essentiel par des militants du PSU. Lui-même, pas plus que P. Vignaux, n’était convaincu par la description que donnaient certains de la « candeur démocratique » des communistes au Vietnam. « Le sort des catholiques vietnamiens, des partis et mouvements non-communistes nous inquiétait, dit-il, alors que les militants les plus durs du SGEN, au PSU, ne voulaient pas prendre en considération ce genre d’inquiétude ». S’il y eut encore, le 27 avril 1968 à Lyon, une manifestation pour la paix au Vietnam à laquelle l’UD CFDT participa aux côtés de toutes les forces de gauche, sans le SGEN, l’agitation toutefois se ralentit vu l’annonce par le président des États-Unis, le 31 mars 1968, de l’arrêt des bombardements du Nord-Vietnam, sauf dans le secteur situé au nord de la zone démilitarisée séparant les deux états vietnamiens.
La correspondance de P. Chopelin avec P. Vignaux ne concernait pas seulement son département car il se souciait de la politique nationale du SGEN. Déjà, au début de 1965, il avait adressé aux secrétaires de section une longue étude où il défendait la décision du récent comité national (novembre 1964) : celui-ci avait autorisé les responsables nationaux du SGEN à participer aux travaux du comité national d’« Horizon 80 », « afin de prendre part à l’élaboration d’une politique assurant dans l’affectation des ressources nationales, une priorité absolue au service public de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique ». Cette association avait été constituée pendant l’été 1964 afin de mettre au point le programme de Gaston Defferre, alors candidat à l’élection présidentielle de décembre 1965. P. Chopelin montrait que, malgré les reproches qu’on pouvait faire à ce dernier, G. Defferre et H.80 constituaient « le seul " noyau " sérieux d’un éventuel regroupement de la gauche non-communiste » alors que « le Parti communiste ne semble pas prêt à jouer le jeu d’une gauche où il ne serait que partie d’un ensemble »
Quand le comité national d’octobre 1965 se préoccupa de cette élection, G. Defferre s’était retiré et, le 6 septembre, François Mitterrand s’était déclaré candidat. P. Chopelin intervint au cours des débats pour qu’on tînt compte non seulement des sections anciennes et implantées de l’Est ou du Nord, mais encore des sections nouvelles en voie d’implantation. Lorsque le compte rendu du comité national parut dans Syndicalisme universitaire, il se plaignit dans une lettre à P. Vignaux de n’y pas retrouver le caractère « vivant » des débats. Le comité national avait donné mandat au bureau d’obtenir des candidats des éclaircissements sur leurs options concernant la politique de la science et de l’éducation ainsi que sur ses implications immédiates ; il était précisé que les questions ne s’adresseraient qu’aux « candidats susceptibles de représenter une opposition démocratique et sociale respectueuse du principe de laïcité tel que le SGEN l’a toujours défendu ». P. Vignaux avait refusé de remplacer « sociale » par « socialiste », alors que P. Chopelin souhaitait une option politique de gauche plus claire en pensant à ses sections lyonnaises et aux jeunes qui venaient d’adhérer au SGEN sur des positions plus marquées à gauche depuis la fin de la guerre d’Algérie. Il écrivit donc à P. Vignaux que, tout en réaffirmant les exigences du SGEN en matière de laïcité, les dirigeants du Syndicat semblaient n’avoir eu qu’un souci : « laisser les adhérents voter le cœur léger Lecanuet si telle était leur préférence ». Jean Lecanuet était en effet le candidat que le MRP (mouvement républicain populaire) opposait tant au général de Gaulle qu’à François Mitterrand. P. Chopelin ajoutait qu’une position moyenne pouvait être adoptée pour éviter une rupture dans les rangs du SGEN, vu les réticences des sections alsaciennes, mais il aurait voulu que P. Vignaux le dise nettement. Celui-ci lui répondit que le supplément de Syndicalisme universitaire, du 25 novembre, consacré à l’élection présidentielle, lui donnerait satisfaction : le bulletin contenait en effet les réponses de F. Mitterrand aux questions posées par le SGEN. Les mêmes questions n’avaient pas été posées à J. Lecanuet qui n’avait pas demandé à rencontrer le syndicat.
Quelques mois plus tard, P. Vignaux fit envoyer à P. Chopelin un paquet de cartes pour la réunion de la Convention des institutions républicaines qui se tenait à Lyon les 19 et 20 mars 1966. Celle-ci était une des composantes de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) qui s’était constituée en septembre 1965. Reconstruction avait accepté, au nom de son groupe d’études politiques, un siège au Comité exécutif de la FGDS, siège occupé par Pierre Cournil*. P. Vignaux signalait dans sa lettre qu’il avait obtenu que le rapport social fût confié à Raymond Marion*, ancien secrétaire de la Fédération CFDT des produits chimiques. P. Vignaux ajoutait d’ailleurs dans une lettre suivante que Marion avait rencontré à cette réunion André Rougemont, secrétaire CFDT des CET pour le Rhône, et pensait - comme lui-même - que « l’attitude de retrait de trop de militants syndicaux réduit l’efficacité d’une action fondée sur l’analyse de réalités politiques présentes ». P. Chopelin était en effet soucieux, tant qu’il fut SD du SGEN, de respecter « la différence des genres », « de poser certes les problèmes politiques dans le syndicat, mais de tout faire pour qu’on ne puisse pas l’accuser d’être d’abord dans le SGEN, un " leader politique " ». Il tenait toutefois P. Vignaux au courant de la situation politique lyonnaise, par exemple lors des élections législatives des 5 et 12 mars 1967 ; le 4 mars, il lui signalait que la « lettre ouverte » du SGEN avait été envoyée à tous les candidats officiels du PSU et de la FGDS, que pour le deuxième tour, elle serait envoyée aux candidats du PC arrivés en tête des partis de gauche, puisque, en vertu des accords nationaux, ils devaient représenter toute la gauche. Dès le 21, P. Vignaux le félicita de « la manière parfaite dont (il) avait tenu " la ligne " pour ces élections ». Dans la même lettre, P. Vignaux lui demandait de constituer à Lyon un groupe d’études politiques car il était soucieux de susciter en province ces groupes afin de donner une « base suffisante » au mandat de Pierre Cournil. P. Chopelin n’accepta pas et m’écrivit plus tard : « Compte tenu de la situation à Lyon où un fort courant PSU " noyautait " le SGEN, il me semblait maladroit de trop embarquer le SGEN-Rhône du côté de la FGDS ».
Quand survinrent les événements de Mai 68, la situation de P. Chopelin fut aussi difficile que lors des débats sur le Vietnam. Parmi les membres du SGEN, les uns reprochaient à P. Vignaux de n’avoir pas pris fait et cause, immédiatement et sans réserve, pour le mouvement étudiant. C’étaient notamment les membres du PSU où militait le ménage Lauvergnat-Gagnère ; elle était secrétaire de la section SGEN du lycée Lumière ; son mari enseignait au lycée Jean Perrin où se trouvait le secrétaire académique, Jean Vurpas. Mais en même temps, dans les tout premiers jours de Mai, P. Chopelin était bombardé de coups de téléphone de certains responsables du SGEN Sup de Lyon qui insistaient pour que le SGEN - et tout particulièrement le SGEN Sup - ne s’embarquât pas à la légère derrière n’importe quel mot d’ordre sous prétexte de « suivre le mouvement ». Comme responsable général du Rhône, P. Chopelin avait des difficultés « à défendre l’indépendance syndicale, face à des militants SGEN fascinés par l’orientation étroitement PSU des principaux responsables de l’UD ». Nous avons en effet évoqué dans l’annexe V de notre thèse le texte rédigé le 17 juin 1968, au nom de l’UD CFDT du Rhône, par Jean-Claude Beaumont, assistant d’histoire. Ce texte, publié par Alain Schnapp et Pierre Vidal-Naquet dans le Journal de la Commune étudiante, relatait les travaux des commissions où siégeaient étudiants et enseignants : on y remettait en cause un enseignement au contenu « traditionnel », un enseignement « autoritaire » ; on contestait le rôle d’une Université « bourgeoise », etc.
Participant à la session de cadres qui se tint à Bierville en septembre 1968, P. Chopelin en fit un bon compte rendu pour Syndicalisme universitaire. Il fallut ensuite affronter une rentrée mouvementée dans les établissements scolaires, à Lyon comme ailleurs. Au comité national de novembre 1968, il déclarait : « Des groupes extrémistes sabotent littéralement les cours et certains collègues sont au bord de la dépression nerveuse ». Aussi affirmait-il qu’il fallait avoir le courage de dire à certains groupes qui veulent « se servir de l’Université comme levier de la Révolution sociale » qu’ils sont « objectivement réactionnaires ».
Le seul sujet qui put faire l’unanimité au sein de la section SGEN-Rhône pendant les années dont P. Chopelin en eut la charge, c’était la réforme de l’enseignement prônée depuis 1964 par Antoine Prost*. « Nombre de nos réunions lui ont été consacrées. C’était même " la grande affaire " : les propositions du SGEN lui ont donné à l’époque un " poids " auprès de l’Administration, auprès des autres syndicats, auprès des Associations de parents d’élèves qu’il n’avait pas auparavant ». Il ajoutait : « La qualité de la réflexion et de la recherche menées autour des travaux de Prost nous permettait de nous faire entendre de certains milieux. Je me souviens qu’en tant que SD du Rhône, j’ai largement pu profiter de cette " avancée " dans les réunions publiques où nous étions en concurrence souvent difficile avec les syndicats de la FEN. »
En 1969 P. Chopelin quitta ses responsabilités syndicales car il souhaitait militer sur le plan politique. Mais jusqu’à sa nomination comme IPR, il demeura adhérent et continua à suivre les questions syndicales. Par une lettre de Claude Bouret* du 29 mai 1970, nous apprenons que P. Chopelin s’était ému d’un compte rendu du bureau national qui évoquait des amendements présentés au congrès confédéral par l’UD du Rhône. Ces amendements déposés l’un par Rhodiaceta, l’autre par les PTT de Lyon contestaient « l’esprit » de l’enseignement, « basé sur la hiérarchie et l’autorité ». Le SGEN s’y était opposé, déclarait C. Bouret, car les conversations au cours du congrès avaient montré « beaucoup d’hostilité et beaucoup de préjugés à l’égard de l’Éducation nationale actuelle de la part de la délégation de la région Rhône-Alpes ». Mais le bureau national ne mettait pas en cause l’action du SGEN au sein de l’UD du Rhône.
P. Chopelin adhéra au Parti socialiste (PS) en 1969. Il fit partie de la section de Charlieu où il avait un pied-à-terre, ainsi que de la Fédération de la Loire. Il fut candidat PS dans la sixième circonscription de la Loire, lors des élections législatives de 1973 et de 1978, ainsi que lors des élections cantonales de Charlieu en 1976. Ensuite il ne renouvela plus sa candidature car il cumulait de plus en plus difficilement cette charge avec son enseignement en classes préparatoires : après des réunions tardives, il avait encore un trajet d’une heure et demie pour regagner Lyon et il fallait faire cours quelques heures plus tard. Il cessa de cotiser au PS après le deuxième septennat de F. Mitterrand dont la politique l’avait déçu. Après avoir été un militant actif et compétent tant sur le plan syndical que politique, P. Chopelin assuma ensuite la lourde charge d’un Inspecteur, désireux de concilier le souci de l’avenir de l’enseignement philosophique avec la défense des collègues. Aussi entretint-il d’excellentes relations avec les responsables syndicalistes de toutes tendances. Il était officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19951, notice CHOPELIN Pierre par Madeleine Singer, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Th. Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J1471, spécialement les cartons 2, 4 et 5 pour la correspondance) ; Histoire du SGEN. Presses univers. de Lille, 1987, 669p. — Syndicalisme universitaire (1962-1970). — Lettres de P. Chopelin à M. Singer, 1er juillet 1981, 28 novembre 1981, 28 mars 1982, 29 juin 1982, 26 mars 1983, 30 juin 1995, 2 mars 1996, 2 septembre 1999, 7 novembre 1999 (AP).

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