CHOMMETON Léon, Paul

Par Jacques Girault

Né le 6 mars 1869 à Solliès-Pont (Var), mort le 6 août 1955 à Toulon (Var) ; militant socialiste ; maire de Bormes (1912-1944) ; conseiller général du canton de Collobrières ; député du Var (1928-1936).

Son père, compagnon charpentier, devint artisan chapelier. Chommeton, athée, après avoir été élève de l’École normale d’instituteurs de Draguignan, effectua son service militaire dans l’infanterie alpine dans les Alpes-Maritimes. Instituteur à Cogolin, à Flayosc, il fut nommé à Bormes en 1891. Quatre ans plus tard, il quitta l’enseignement car son tempérament indépendant ne pouvait souffrir les interventions politiques d’alors, dira-t-il plus tard. Il s’installa comme petit cultivateur tout en faisant de la représentation pour une maison de fleurs dans la région de cultures florales d’Hyères. En 1898, il devenait secrétaire de mairie à Bormes.
En juillet 1911, le maire - conseiller général radical-socialiste Vigourel mourut. Chommeton prononça le discours lors des obsèques. Aux élections complémentaires du 20 août 1911, il fut élu avec 234 voix sur 694 inscrits et accéda au poste de maire, la semaine suivante.
Pour le remplacement au poste de conseiller général du canton de Collobrières, la préfecture ne ménagea pas ses efforts pour empêcher l’élection de ce socialiste. Celui-ci dans sa profession de foi affirmait : « si je suis élu, je m’engage à faire toujours plus pour que la vague rouge monte et que le canton de Collobrières devienne une forteresse du socialisme ».
Fourment, le nouveau député socialiste de l’arrondissement de Draguignan, l’accompagna dans sa campagne électorale. Le 15 octobre, il l’emporta avec 491 voix sur 1 243 inscrits. Le Petit Var alors célébra cette « victoire sur la préfecture ».
Ces succès furent confirmés. Le 5 mai 1912, Chommeton arrivait en tête d’une « liste républicaine-socialiste », avec 405 voix sur 732 inscrits. Ce maire « unifié » et ce conseil « radical-socialiste » selon le sous-préfet de Toulon furent réélus après la création de la commune du Lavandou. Le 9 juin 1913, aux élections dans la nouvelle commune de Bormes, il recueillit 264 voix sur 406 inscrits. Il resta conseiller général au renouvellement du 3 août 1913, avec 534 voix sur 1 231 inscrits.
Chommeton s’opposa très vivement au sous-préfet de Toulon qui, dès juillet 1911, portait sur lui un jugement très sévère « intelligent, actif, sans aucun scrupule ». En novembre 1911, ce sous-préfet déclarait irrecevable un arrêté du maire qui réglementait les sonneries de cloches et commentait, « Je suis habitué au ton insolent [de Chommeton] pour ne pas m’en émouvoir, tant qu’il ne dépassera pas les bornes... ». Devant le conseil municipal, en novembre 1912, le maire se plaignit de la dépendance des communes par rapport à l’autorité préfectorale, « il n’y a pas de régime plus débilitant pour un peuple que le régime de la suprématie bureaucratique ». Le 20 décembre 1912, le sous-préfet demandait la suspension de Chommeton « qui manque toujours de mesure et d’éducation [et] s’est cette fois surpassé ». Lors de la mise en place de la délégation municipale au Lavandou, Chommeton écrivit en ces termes : « Laissez-moi vous plaindre pour toute la fatigue que vous vous imposez dans un but qui ne me paraît pas reluisant et par surcroît, laissez-moi plaindre aussi votre république. Veuillez agréer, Monsieur le sous-préfet, mes salutations socialistes ». Peu respectueux de l’administration dévouée à Clemenceau, alors sénateur du Var, Chommeton rendait publiques dans la presse ses attaques.
Chommeton militait activement pour le socialisme. Après avoir créé à Bormes le groupe socialiste « Germinal » en 1905, devenu membre du Comité fédéral, il fut délégué aux congrès nationaux de la SFIO à Saint-Quentin en avril 1911 et à Amiens en 1914 (mais nous nous demandons s’il y participa vraiment puisque la liste des délégués à ce congrès ne le mentionnait pas alors que le congrès fédéral des Arcs, le 4 janvier 1914, l’avait désigné).
Lors de l’élection législative de 1914, Chommeton présidait le comité électoral socialiste qui soutenait Renaudel dans la troisième circonscription de Toulon.
Au début de la guerre, mobilisé à l’Arsenal de Toulon, Chommeton aurait passé quatre jours en prison pour s’être soustrait à ses obligations militaires selon son adversaire aux élections de 1919. Nous n’avons pu vérifier cette affirmation.
Après la guerre, Chommeton fut avant tout l’inamovible maire de Bormes. L’appréciation du sous-préfet changea dès octobre 1911 : « possède un tempérament vif et combatif. Administre avec soin et dévouement [...] Rapports corrects ». Les variations furent sensibles à chaque réélection :
- le 30 novembre 1919, 258 voix sur 408 inscrits (premier de la liste SFIO selon le sous-préfet) ;
- le 3 mai 1925 ; 253 voix sur 382 inscrits (cinquième de la liste) ;
- le 5 mai 1929, 328 voix sur 408 inscrits (premier de la liste) ;
- le 12 mai 1935, 322 voix sur 484 inscrits (deuxième de la liste passée au PS de France selon le sous-préfet).
Chommeton fut le type du maire socialiste aux réalisations variées selon sa profession de foi pour les élections législatives de 1928 : caisse rurale de prêt, caisse locale d’assurance et de mutuelle pour les incendies et les accidents, cave coopérative, syndicat agricole, syndicat de défense forestière, succursale de la Caisse d’épargne autonome, visites médicales scolaires, fournitures scolaires gratuites etc. Il présidait en outre le syndicat des communes du littoral varois et travaillait, « avec un zèle méritoire à l’équipement touristique de sa commune. » (J. Pascal)
Sa conception de ses propres responsabilités dans le domaine scolaire était particulière à en croire Joseph Pascal, militant syndicaliste, qui exerça à Bormes de 1919 à 1922. « Quand en 1919, ma désignation pour Bormes fut connue, on lui avait dans son milieu partisan dit quelque bien du social Joseph Pascal puisqu’il m’accueillit avec faveur, mais nos relations s’altérèrent bientôt quand il m’eut dit : « Un instituteur doit faire la politique de son maire » (lettre du 9 avril 1923). Mais, très vite, Chommeton refusa des améliorations dans les locaux scolaires. Le délégué cantonal, Sagot-Lesage* constatait que « la pingrerie capricieuse du Citoyen Maire [...] est sévèrement jugée [...]. Mon rôle déjà amenuisé de collaboration placé entre le Maire et l’instituteur-directeur, monsieur Ch. l’a effacé à zéro » (lettre du 18 octobre 1922). J. Pascal caractérisait le maire en ces termes : « Un phénomène, ce monsieur Ch., maire autocrate de Bormes, aux coups de boutoir souvent dénoncés : « Je n’ai passé de contrat de politesse avec personne » déclarait-il. Et encore : « Je me laisserai couper en morceaux plutôt que de reconnaître que je me suis trompé » (lettre du 9 avril 1923). Ces témoignages correspondent bien à la renommée que s’était faite Chommeton.
Il resta l’inamovible conseiller général du canton de Collobrières, seul candidat jusqu’en 1937 :
- le 14 décembre 1919, 560 voix sur 1 113 inscrits ;
- le 19 juillet 1925, 539 voix sur 1 054 inscrits ;
- le 18 octobre 1931, 615 voix sur 1 190 inscrits ;
- le 10 octobre 1937, 464 voix sur 1 199 inscrits.
Chommeton ne faisait pas de concessions politiques. Ses professions de foi en témoignent, telles celle de 1919 :
« Pour moi, trop fier de mon idéal socialiste pour condescendre à des combinaisons, je sonne une fois encore le ralliement des volontés républicaines. Mon drapeau est connu, c’est celui que vos triomphateurs insolents et précaires saoulés de leur victoire comme un pauvre de son vin, ont dénommé "l’immonde loque rouge". Autour donc de ce drapeau rouge qui groupe plus de deux millions de poitrines prêtes contre toute aventure de régression, j’appelle ceux qui veulent qu’envers et contre tous la République tienne ses promesses de probité ; de justice et de liberté ! Je disais en 1913 que je serai pendant toute la durée de mon mandat "serviteur des humbles et non larbin du gouvernement". »
Lors de cette campagne, des révélations furent faites par ses adversaires qui trouvaient la profession de foi « incendiaire ». Il avait été condamné dans le passé par le tribunal correctionnel de Toulon pour insultes publiques contre le maire du Lavandou.
Au conseil général, son activité fut très importante. Il vota par exemple contre la proposition de mettre le buste de Clemenceau dans la salle des délibérations. Il fut président de la commission départementale en 1921-1922 et vice-président du conseil général en 1924. Il participa surtout à la commission des travaux publics et bâtiments départementaux qu’il présidait et à la commission de l’hydraulique ; les dépenses engagées pour l’équipement de la côte lui durent beaucoup.
Il profita de son autorité, lors de l’élection sénatoriale de 1920, pour proposer la création d’« une association qui aura pour but principal de s’élever contre la pression préfectorale en ce qui concerne l’administration des municipalités ». Cette suggestion ne fut pas retenue.
Chommeton milita activement dans la Fédération de la SFIO qui le délégua souvent dans les congrès nationaux (dès avril 1919 par exemple). À la fin de la guerre, il fit partie des comités électoraux chargés de préparer les élections cantonales, législatives et sénatoriales. Au congrès fédéral, il proposa, avec succès, en octobre 1919 que les députés sortants soient représentés. Il participa au congrès fédéral de Toulon du 19 décembre 1920. Il n’intervint pas ; nous ne savons donc pas pour quelle motion il vota. Il présida à Bormes une réunion communiste avec Sellier, le 7 avril 1921, et y déclara notamment, d’après le rapport de police : « Je suis persuadé que les communistes nous reviendrons, car ce qui nous sépare n’est qu’une question de forme et non de fond ». Le 10 avril 1921, le congrès fédéral de la SFIO le délégua au conseil national du parti. Pendant un temps, il assura la liaison entre les deux partis ; le fait que Sagot-Lesage, secrétaire fédéral du Parti socialiste (SFIC) habitait sa commune ne fut pas étranger à ce rôle. Il essaya par exemple, mais échoua dans sa tentative, de faire renoncer les communistes à présenter Marty à La Seyne en 1922. Chommeton fit partie de la Commission administrative de la Fédération des municipalités socialistes du département qui se créa en mai 1927.
En tant que secrétaire du cercle « Germinal » de Bormes, Chommeton fut, dès l’origine, associé à l’unification des forces de gauche et fut membre de la commission exécutive du Comité varois pour l’élection rouge en 1924. Il fut même choisi le 6 février, par la commission d’organisation comme candidat possible aux élections législatives. Cette éventualité fut rejetée par la suite.
Pour 1928, le découpage en vue de l’élection législative créait un cinquième siège de député. La SFIO désigna Chommeton comme candidat dans la troisième circonscription de Toulon (région d’Hyères). Le 22 avril, il arrivait en tête du ballottage avec 4 417 voix sur 14 145 inscrits et devint député le dimanche suivant, avec 5 796 voix. Si sa profession de foi mentionnait son appartenance à la SFIO, sa candidature était simplement la « candidature Chommeton ».
À la Chambre, le maire de Bormes s’inscrivit aux commissions des douanes et de la Marine marchande. Il intervint avant tout sur les questions locales : corniche des Maures, extension du port du Lavandou, situation des pêcheurs, primes à l’oléiculture, protection des forêts contre l’incendie. En outre, il réclama la constitution d’un groupe parlementaire des représentants des régions de cultures florales, groupe qui ne vit pas le jour.
Son activité parlementaire prolongeait son action proprement varoise. Au sein de la Fédération SFIO, il présida de nombreux congrès et, en janvier 1930, fut délégué suppléant au congrès national pour y défendre la participation au gouvernement. Ses interventions sur les questions agraires complétaient bien celles de Carmagnolle, l’autre « député-paysan » du Var.
Chommeton fut à nouveau candidat dans la même circonscription en 1932. Le titre de la profession de foi faisait apparaître nettement son appartenance à la SFIO. Il obtint 5 400 voix sur 15 506 inscrits et fut élu, le 8 mai, avec 6 518 voix. Ses positions sortaient renforcées de ce test électoral. Sa campagne fut facilitée par le retrait de l’investiture du Parti républicain-socialiste à son adversaire Chancel, accusé de ne viser que les socialistes dans sa campagne.
Chommeton s’empara de ce refus d’investiture pour lancer des slogans qui devaient être bien compris : son adversaire était devenu « le candidat de l’indiscipline et de la trahison » doublé d’un « affairiste » et d’un « arriviste ».
À la Chambre, Chommeton s’inscrivit aux mêmes commissions et poursuivit ses interventions favorables à la région varoise. Il continua notamment à proposer la création d’un pavillon des fleurs aux Halles de Paris et le contingentement des importations florales.
Chommeton, comme les autres parlementaires varois, suivit Renaudel en 1933 et participa à la création du Parti socialiste de France. Toutefois, il n’hésita pas à critiquer Renaudel au congrès fédéral de Toulon en novembre 1934. Ce dernier avait critiqué une résolution votée par le conseil général. Chommeton lui fit remarquer que la motion n’était pas d’origine communiste, mais socialiste.
Dans l’assemblée départementale, il intervint souvent en 1935 dans les discussions politiques en faveur de la politique du Rassemblement populaire et il réprouva à maintes reprises les décrets-lois.
Aux élections sénatoriales, Chommeton figurait sur la liste présentée par le PSDF à la suite de Fourment*. Le 20 octobre 1935, il recueillait 78 voix sur 510 inscrits et se retirait.
Pour les élections législatives de 1936, Chommeton, en dépit des sollicitations ne fut pas candidat et laissa au docteur Jaubert* le soin de représenter son parti, l’Union républicaine et socialiste. Néanmoins, il continua au conseil général notamment à proclamer son accord avec les forces du Front populaire et déclara dans la séance du 13 mai 1936 : « Nous faisons partie du Front populaire. » Chommeton fit à nouveau partie de la commission départementale élue en novembre 1938.
Le commissaire spécial le présentait en décembre 1940 comme un « brave homme », « très populaire ». Le 3 février 1941, il prêta le drapeau de la mairie pour la fête de la Légion. Aussi, le commissaire spécial jugeait-il quelques mois plus tard que sa déchéance « n’était pas désirable ». Le 31 juillet 1941, il indiquait qu’il « contrariera, d’aucune façon, l’action de la Légion, mais très jaloux de ses prérogatives de maire, il ne tolère aucune pression, ni tutelle, susceptible d’atteindre son prestige ». Il demeura donc à la tête de la commune pendant toute la guerre. Une situation locale pénible s’en suivit. Il ne fut pas écarté dans un premier temps à la Libération. Puis, des FTP, des partisans du Front national et des syndicalistes, selon la police, occupèrent la mairie et le destituèrent le 6 septembre. Il protesta très vivement n’hésitant pas à s’adresser au général de Gaulle. Le 9 octobre 1944, il précisait dans une lettre au préfet régional : « J’ai maintenu haut l’honneur d’être maire républicain d’une commune française ». Ce commissaire spécial concluait, le 20 octobre, « Très habile, il a réussi à éviter que les manifestations très nettes de républicanisme qu’il organisait, n’aient pas pour conséquence, sa déchéance. » La commission municipale du Comité départemental de Libération ne ratifia pas les initiatives des résistants locaux. Son jugement fut : « a été conservé au poste de maire bien qu’il ait manifesté des sentiments républicains. Bon élément ».
Dans une lettre à la Fédération socialiste du Var, le 10 août 1945, il indiquait les difficultés qu’il avait eues à se faire réadmettre au parti. Finalement, la décision fut prise en janvier. Il était membre du bureau de la section, mais avait été écarté au profit de V. Mathieu de la candidature pour le conseil général. Le 7 septembre 1945, à la veille des élections cantonales, Le Provençal, quotidien socialiste, indiquait qu’il ne se représentait pas : « [...] d’une probité morale impeccable, il aura été un modèle de conscience et de noblesse politique ». Le 29 avril 1945, au lendemain des élections municipales où il venait, contre l’avis de certains socialistes, d’être candidat battu, le préfet du Var estimait : « Il semble que la carrière politique de cet ancien parlementaire soit définitivement terminée. » Le 10 juillet 1949, il participait au congrès fédéral de la SFIO.
Remarié en novembre 1934, après le décès de sa première épouse, Chommeton adopta la fille de sa nouvelle femme. Avec sérénité, il préparait, comme il l’écrivait en 1950, son « départ pour l’au-delà ».
Socialiste au grand prestige, Chommeton fut, par sa ténacité, l’un de ceux qui jetèrent les fondements du futur développement de la côte varoise.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19944, notice CHOMMETON Léon, Paul par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 25 octobre 2008.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13256. — Arch. Dép. Var, 2 M 3.46 ; 2 M 3.47 ; 2 M 3.48 ; 2 M 3.49 ; 2 M 3.50 ; 2 M 3.52 ; 2 M 4.13 ; 2 M 5.232 ; 2 M 5.233 ; 2 M 5.236 ; 2 M 5.243 ; 2 M 5.267 ; 2 M 5.292 ; 2 M 5.294 ; 2 M 7.24.1 ; 2 M 7.26.1 ; 2 M 7.28.1 ; 2 M 7.32.1 ; 2 M 7.35.4 ; 4 M 44 ; 4 M 45 ; 18 M 88 ; 3 Z 2.3 ; 3 Z 2.5 ; 3 Z 2.6 ; 3 Z 2.9 ; 3 Z 2.12 ; 3 Z 4.19. — Arch. Assemblée nationale : dossier personnel. — Arch. J. Charlot (CRHMSS). — Presse locale. — Lemonnier Alphonse, Historique du Conseil général et des Conseils d’arrondissement du département du Var, sl., 1933. — Jolly Jean, Dictionnaire des parlementaires français, op. cit. — Pascal Joseph, Une existence en toutes lettres, Genève, 1972. — Sources orales. — Renseignements fournis par Mme Bernardi, sa fille et par J.-M. Guillon.

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