CHOMAT Claudine [épouse MICHAUT, puis épouse CASANOVA]

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Née le 7 février 1915 à Saint-Étienne (Loire), morte le 15 octobre 1995 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ; sténodactylo ; militante de l’Union des jeunes filles de France, secrétaire générale de l’Union des femmes françaises, membre du comité central du Parti communiste.

Claudine Chomat
Claudine Chomat

Le père de Claudine Chomat, mineur à Saint-Étienne, tenait un café avec sa femme. De convictions laïques, il faisait partie de l’Amicale laïque d’un quartier de la ville. Père de trois enfants en 1914, il fut tué à la guerre en septembre cinq mois avant la naissance de Claudine qui ne l’a donc jamais connu. Sa mère, culottière de métier, mourut alors qu’elle n’avait que cinq ans et les quatre enfants furent élevés par leur grand-mère. Après avoir obtenu son CEP, elle fut élève, ainsi que sa sœur, pendant trois années à la section commerciale de l’École pratique de commerce et d’industrie où elle obtint le diplôme d’aptitudes commerciales.

Claudine Chomat commença à travailler en juillet 1930 comme sténodactylo dans un magasin de pièces pour automobiles, puis chez un fabriquant de rubans qui la licencia pour son appartenance à une organisation ouvrière de pratique théâtrale (FTOF). Après quatre mois de chômage durant lesquels elle put aider des organisations par des travaux dactylographiques, par exemple le SRI (Secours rouge international), elle fut quelque temps chez un patron (matériel électrique) sympathisant, puis ayant écrit au préfet, en tant que pupille de la nation, elle fut admise le 29 juillet 1932 au service départemental des Assurances sociales comme sténodactylo.

Elle adhéra à la Jeunesse communiste en décembre 1931 (selon le questionnaire du 30 avril 1939) ou en juin 1932 (selon l’autobiographie du 31 janvier 1934) mais elle eut sa carte en mai 1932. Sa date d’adhésion au PC ne peut être clairement précisée : en 1939, elle affirmait avoir pensé qu’être membre des JC ou du PC « c’était la même chose » et elle reconnaissait que c’était « anormal » de n’avoir pris sa carte qu’en 1937. Mais dans le questionnaire du 29 octobre 1949, elle donnait la même date, 1931, pour l’adhésion aux deux organisations ! (RGASPI).

Claudine Chomat fut, dès décembre 1932, secrétaire du rayon des JC de Saint-Étienne, non pas affirmait-elle « parce que politiquement j’étais forte... je ne l’étais pas, mais il n’y avait pas beaucoup de copains ». Elle fut ensuite secrétaire des JC de la Loire jusqu’en avril 1934. Le 11 mai 1934, elle entrait à l’École léniniste internationale à Moscou jusqu’en mai 1935. À son retour, elle fut trésorière de la Fédération des JC et entra au Comité central des JC au VIIIe congrès des 19-22 mars 1936 à Marseille. Elle affirmait en 1949 : « Raymond Guyot* me dit toujours que j’ai été élue [au CC] au congrès d’Ivry (1934) mais je ne l’ai jamais su ! » Elle fut chargée avec Danielle Casanova* de la création de l’Union des jeunes filles de France dont elle fut secrétaire à l’organisation au 1er congrès de décembre 1936 (D. Casanova étant secrétaire générale). Elle épousa alors Victor Michaut*, membre du CC du PC.
Claudine Chomat fit partie du groupe de militantes qui, à la fin de l’année 1939 et en 1940, par un travail clandestin intense, permirent au Parti communiste de se réorganiser en renouant le contact entre le secrétariat et les dirigeants éparpillés par la mobilisation et la répression. Par elle, Laurent Casanova* - qu’elle épousera après la guerre, en secondes noces -, évadé d’Allemagne en avril 1940, put se mettre à la disposition du secrétariat. Claudine Chomat était partie en exode à Toulouse, où elle établit la liaison entre la zone sud et la zone nord et commença à s’occuper du mouvement féminin clandestin. Elle revint à Paris le 4 août 1941 (en 1942 selon le questionnaire de 1949). Elle était en contact avec Josette Cothias* et Maria Rabaté* en 1943 et avec Jean Laffite*, Robert Ballanger* et Auguste Lecœur* en 1944. Les Comités féminins de résistance qu’elle impulsa donnèrent naissance à l’Union des femmes françaises, dont le parti lui confia la direction à la Libération. Elle fut élue membre suppléant aux Xe et XIe congrès nationaux en 1950 et 1959. Pendant l’hiver 1947, elle suivit une École centrale de quatre mois. Malgré les liens d’amitiés qui unissaient la famille Thorez et le couple Casanova-Chomat, elle se heurta parfois à Jeannette Vermeersch* qui n’appréciait pas ses propositions novatrices. En 1957 le désaccord sur l’initiative dite « Madame 57 » eut assez d’importance pour être évoqué au bureau politique du Parti communiste. Elle fut écartée du Comité central en 1961, après le retrait de son mari Laurent Casanova du bureau politique.
L’Humanité du 9 mai 1983 publia en première page la photographie de François Mitterrand, président de la République, décorant « Claudine Chomat, dirigeante de la Résistance » lors de la cérémonie du 8 mai à l’Arc de Triomphe. Lors de son décès, l’Humanité du 17 octobre 1995 publia un message de Robert Hue et une lettre de Georges Marchais qui rappelait avoir eu la chance de l’apprécier et « gardé le souvenir des décisions injustifiées qui furent prises à son encontre et envers son compagnon Laurent Casanova. ». G. Marchais qui était à cette époque suppléant au bureau politique avait remplacé Marcel Servin* comme secrétaire à l’organisation lors de la réunion du comité central des 23-24 février 1961 qui avait suivi l’éviction de Casanova-Servin.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19938, notice CHOMAT Claudine [épouse MICHAUT, puis épouse CASANOVA] par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 janvier 2017.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Claudine Chomat
Claudine Chomat

SOURCES : RGASPI, Moscou, autobiographies prises en note par Mikhaïl Pantéleiev et retranscrites par René Lemarquis. — Arch. Claudine Chomat déposées par sa fille au Musée national de la Résistance de Champigny-sur-Marne. — J. Varin, Jeunes comme JC, 1975. — Philippe Robrieux, Maurice Thorez, 1975. — L’Humanité, 17 octobre 1995. — Charles Riondet, Le Comité parisien de la Libération 1943-1945, PUR, 2017. — Témoignage de Josette Cothias*.

ICONOGRAPHIE : A. Guérin, La Résistance, chronique illustrée, 1930-1950, Paris, 1972-1976, t. 1, p. 359.

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