DEUS Jeanne, Marie, Alexandrine [née BÉRAUD]

Par Daniel Grason

Née le 13 avril 1913 à Cherbourg (Manche), morte le 3 mars 1987 à Villeneuve-sur-Yonne (Yonne) ; institutrice ; internée.

Jeanne Deus
Jeanne Deus

Fille de Baptiste Béraud, cordonnier, et de Marie Clémence Guilbert, sans profession, Jeanne Béraud épousa Maurice Deus le 7 août 1937 à Paris. Elle exerça la profession d’institutrice jusqu’en 1941 à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis), puis à l’école maternelle de la rue d’Alleray à Paris (XVe arr.), elle était mère d’un enfant âgé de dix-huit mois. Elle se sépara de son mari au cours de l’année 1939, leur divorce fut prononcé en juin 1948. Elle vivait avec Mayer Kaliski, ex-employé au Consulat soviétique de Barcelone en Espagne, le couple logeait 6 square Léon-Guillot à Paris (XVe arr.).
Le dimanche 31 mai 1942 le Parti communiste clandestin organisa vers 10 heures 30 devant le magasin Eco rue de Buci dans le VIe arrondissement une manifestation de ménagères. Des militantes entrèrent dans le magasin prenaient notamment des boîtes de conserves, et les distribuaient aux femmes qui attendaient d’y entrer. Madeleine Marzin prenait brièvement la parole. Des policiers intervenaient, un échange de coups de feu eut lieu avec les FTP en protection, un gardien de la paix et un brigadier furent mortellement atteints.
Lors de la perquisition du domicile de Madeleine Marzin, le passeport de Mayer Kalisky était saisi. Le couple a été interpellé par des inspecteurs de la BS2 le 4 juin 1942. Jeanne Deus bénéficia le 9 janvier 1943 d’une ordonnance de non-lieu. Selon l’enquête policière, elle aurait été présente à un rendez-vous à la station de métro Odéon avec des résistants qui participèrent à l’action de la rue de Buci. Elle était présentée par les renseignements généraux comme « fanatique » et « amie intime de Madeleine Marzin ».
Esther Polak dite Stella fut arrêtée par des inspecteurs de la BS2 le 27 juillet 1942 vers 19 heures à son domicile du 8 rue Dombasle à Paris XVe arrondissement. Deux pneumatiques signés « Jeanne » étaient saisis à son domicile, il s’agissait de Jeanne Deus.
Jeanne Deus a été emprisonnée à la Santé, puis à La Roquette, enfin internée administrativement le 11 janvier 1943 au camp des Tourelles à Paris (XXe arr.), puis le 16 février 1943 au camp de La Lande à Monts (Indre-et-Loire). Le 4 mars 1943 un voisin André L… écrivit au Préfet de police. Il s’étonnait que malgré le non-lieu et d’une « santé très précaire » elle resta internée. Il précisait : « Madame Deus est “tuberculeuse” [elle] fut très longtemps soignée pour cette maladie, mise en congé pleurésie [de] mai à juillet 1934, longue durée juillet 1934 à octobre 1935 et successivement par la suite [à] des traitements et congés pour le même motif. » Il poursuivait en mentionnant la dégradation de son état et le fait qu’elle était « mère d’un bébé de 22 mois et la séparation si injuste et cruelle de son enfant altère aussi beaucoup sa mauvaise santé. » En conclusion il demandait sa mise en liberté.
Sa mère s’adressa le 5 mars 1943 par lettre au Préfet de police, elle affirmait : « Mon enfant qui, je puis vous l’affirmer n’a jamais fait de politique est d’une santé très chancelante. » Elle joignait un certificat du docteur de Cherbourg dans la Manche qui avait soigné sa fille de 1934 à 1935 pour tuberculose. Elle faisait appel à la « générosité » du Préfet pour obtenir sa libération. Le docteur du camp de La Lande fit une démarche le 23 mars signalant qu’elle souffrait « d’une bacillose en évolution » et que son « Etat de santé [était] tout à fait incompatible avec le séjour dans un camp. »
Jeanne Deus s’adressa au Préfet de police, dans une lettre manuscrite de deux pages dans laquelle elle affirmait « Je n’ai jamais eu d’activité politique, je n’ai jamais appartenu au Parti communiste, je n’ai jamais manifesté aucune sympathie pour ce parti, pour aucune de ses organisations. » Elle précisait « je n’ai jamais fait grève et […] j’ai suivi toutes les instructions du gouvernement actuel. » Elle rappelait sa situation familiale et demandait sa libération.
Nouvelle lettre de sa mère le 8 avril au Préfet de police où elle faisait appel à sa « générosité » pour qu’il libère sa fille. Enfin, lettre le 12 avril 1943 de l’avocat de Jeanne Deus au Préfet de police où il lui demandait « de rendre à cette femme la liberté qui lui est nécessaire pour se soigner. » Ne se décourageant pas, le 27 avril Jeanne Deus demandait son transfert en résidence surveillée à Sainte-Feyre dans la Creuse.
Jeanne Deus prenait en compagnie de Denise Véron qui souffrait d’affection pulmonaire le chemin du sanatorium surveillé de La Guiche en Saône-et-Loire. Un brigadier et un gardien de la paix de la Police d’Ếtat de Tours étaient chargés de les accompagner. Le 13 octobre 1943 le train arriva à 6 heures 30 en gare de Paris-Austerlitz. Á la sortie de la gare, les deux policiers consultèrent un plan du métro pour se rendre gare de Lyon, Jeanne Deus en profita pour s’éclipser.
Elle habita après la Libération de Paris au 16 rue Julien-Lacroix dans le XXe arrondissement. Jeanne se remaria le 27 septembre 1948 à Paris (XXe arr.) avec Robert Berthelot.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article199161, notice DEUS Jeanne, Marie, Alexandrine [née BÉRAUD] par Daniel Grason, version mise en ligne le 21 mars 2018, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Daniel Grason

Jeanne Deus
Jeanne Deus

SOURCES : Arch. PPo. GB 098, 1W 300, 1W 649. — État civil.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 176

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