CHEYLAN Georges

Par Gérard Leidet, Jean Reynaud

Né le 17 juin 1914 à Hanoï (Tonkin, ex-Indochine française), mort le 25 septembre 2008 ; instituteur, puis professeur d’histoire et géographie ; militant communiste (1935-1960) ; militant syndicaliste, secrétaire général du SNI des Bouches-du-Rhône (1945-1947), secrétaire départemental de la FGE et de la FEN (1946-1949), responsable national du courant « Sections départementales » de la FEN, militant académique du SNES.

Fils d’un fonctionnaire colonial – Michel Cheylan, commissaire de police – et d’une couturière – née Zoë Lescure –, Georges Cheylan resta au Tonkin jusqu’en 1930. Il entra à l’École normale d’instituteurs d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), où les normaliens déclenchèrent une lutte contre le directeur de l’école. Il fut l’un des meneurs de la grève de la faim de trois jours, suivie par tous les normaliens qui furent renvoyés pendant cinq semaines (1933). Les élèves, soutenus par un seul professeur, furent tous réintégrés et le directeur fut déplacé. Il participa à la campagne en faveur de l’appel contre la guerre et le fascisme initié par Henri Barbusse et Romain Rolland. Une collecte lui permit d’être délégué, avec Yves Toche*, au congrès de Paris du mouvement Amsterdam-Pleyel.

Georges Cheylan enseigna d’abord à Éguilles, petit village situé au nord-ouest d’Aix, puis à Marseille, à l’école communale de la Plaine et à l’école de Ceylan. Il s’intéressa aux questions syndicales et notamment aux rapports entre les enseignants et le monde ouvrier. Il adhéra au Parti communiste vers 1935. Il se maria, le 29 juillet 1935, avec Pierrette Faure et le couple eut un fils (Yves, né le 14 novembre 1938).

Pendant son service militaire au 141e RIA en 1935-1937, il organisa dans sa compagnie une collecte pour les Républicains espagnols. Quatre appelés et lui, condamnés à deux mois de prison, dont quinze jours de cellule, furent envoyés dans un régiment disciplinaire en Bretagne pour motif « d’antimilitarisme ».

Revenu à la vie civile, Georges Cheylan participa à la lutte contre les partisans des accords de Munich dans lesquels il voyait, comme le secrétaire général du SNI, André Delmas, « un pas de plus vers le fascisme et la guerre ». Dans le Bulletin du syndicat unique des instituteurs des Bouches-du-Rhône, le 23 avril 1939, il publia un article dans lequel il prônait la réconciliation entre « munichois » et anti « munichois ». Il proposait une résistance commune, un front commun dans tous les pays pour imposer la paix car « seule cette résistance peut nous sauver de la capitulation et de la guerre », peut nous permettre « d’éviter la guerre ».

Mobilisé au début de la guerre comme caporal, Georges Cheylan, envoyé au front, obtint la Croix du combattant et deux médailles. Démobilisé, il s’opposa d’emblée aux thèses développées par la Révolution nationale que le gouvernement de Vichy s’efforçait de répandre dans les milieux enseignants. La suite logique pour lui, comme pour d’autres militants syndicalistes du département, fut la participation active à la Résistance, à Aix-en-Provence et à Marseille. Il fit partie des FTPF à Aix, qui eurent un rôle déterminant dans la libération de la ville.

Il participa à la création à Marseille du Comité national des instituteurs dans le cadre du Front national dont les animateurs reconstituèrent, à la Libération, les syndicats d’enseignants. Il y milita notamment avec Jean-Paul Beau, Paul Chavanne et Raymond Boval.

En septembre 1944, Geoges Cheylan se présenta à la permanence de l’ancien bureau du SNI, muni d’une lettre au cachet du Commissariat régional de la République, pour exiger le retrait de l’ancien bureau. Un bureau provisoire organisa des AG et des élections. La liste présentée par le CNI fut élue (1 046 voix) contre celle du MLN (647 voix). Il fut secrétaire général, entouré de Sicard et Martin. La section des Bouches-du-Rhône de la FGE se reconstitua. Il en fut le premier secrétaire et déposa les statuts du Syndicat de l’Enseignement des Bouches-du-Rhône à la préfecture, le 19 juin 1946, structure qui devint la section départementale de la FEN.

Au milieu des années 1960, il évoquait la renaissance officielle de la section du SNI : « Se remémorer ces années-là, c’est laisser surgir une foule de souvenirs... La plupart nous rappellent, dans un climat exaltant, une multitude de dévouements spontanés, une extraordinaire activité de militants et de syndiqués au cours de cet automne 1944 ; activité dont les grandes lignes, les préoccupations et les efforts préfiguraient l’action et l’orientation de la section départementale pendant la vingtaine d’années qui devaient suivre... » Il s’attela avec ses camarades aux dossiers urgents : reclassement de 3 000 instituteurs et institutrices d’alors avec reconstitution des carrières, promotions rétroactives, participation au « mouvement » (nominations et permutations) de tous, réintégration des sanctionnés par le gouvernement de Vichy. Pas un cas, pas une décision n’échappait à sa vigilance et à celle de son équipe. Guy Grandemange, secrétaire départemental adjoint du SNI en 1965, en témoignait : « Georges, premier secrétaire général de la section, travailleur acharné et animateur de l’équipe naissante a fait face à l’immense travail de mise en ordre ; il voulait que chacun, au sortir de la nuit morale et matérielle de l’occupation, retrouve son dû, que justice soit faite. La clandestinité avait préparé Georges et ses camarades à ces responsabilités. Il dit ce qui était à faire mais seuls les anciens imaginent ce qu’a pu représenter cette somme de travail... » Lors de la réunion du conseil national du SNI, les 27-28 mars 1945, il intervint sur la question des indemnités aux victimes de Vichy.

Dans cet immédiat après-guerre, Georges Cheylan poursuivit ses études, devenant professeur certifié d’histoire-géographie à l’École militaire préparatoire d’Aix (1947-1953), qu’il dut quitter pour le lycée Vauvenargues de la même ville. Commençait alors pour lui une longue période de militantisme au Syndicat national de l’enseignement secondaire. Il avait occupé la responsabilité du secrétariat de la section départementale de la FEN en 1947 et, en 1952-1953, en restait le secrétaire adjoint. À ce titre, il participa au congrès de la FEN à Marseille le 5 novembre 1953. Membre de la commission administrative nationale de la FEN de 1948 à 1954, membre des commissions corporatives, des structures et de la propagande, il y représentait le « courant Bouches-du-Rhône » qui ne se confondait pas avec les cégétistes, mais faisait liste commune avec eux pour les élections internes. Ce courant, lors de la préparation des congrès, présenta à plusieurs reprises une motion d’orientation proposée par sa section départementale. Il prit à la CA nationale de la FEN une place de plus en plus importante et fut la cheville ouvrière du texte d’orientation pour le congrès de 1954 qui voyait la disparition du courant cégétiste. Il fut à l’origine de la création de l’entité « Sections départementales » qui présenta alors, à chaque congrès, une motion d’orientation et des motions sur les grands thèmes à l’ordre du jour. Au congrès de 1956, il présenta l’orientation des « Sections départementales », signée par une liste de secrétaires départementaux, et laissa sa place à la CA à Jean-Marie Mugnier.

À partir de 1945, dans le SNES et dans la FEN, Georges Cheylan lutta pour le reclassement (il réalisa une brochure avec Buisson) et l’exigence de la licence pour tous les enseignants. Il mena campagne pour la création d’un « dossier scolaire qui suivrait chaque enfant pendant toute sa scolarité » et, dans le même esprit, d’un fichier individuel qui suivrait l’enseignant pendant toute sa carrière. Il participa, notamment avec Paul Chavanne, au développement important des colonies de vacances après la guerre.

En 1966, il présenta avec Serris (ex-SNET autonome) trois amendements aux statuts du nouveau SNES sur les « buts du syndicat ». Deux furent retenus (sur le respect des franchises universitaires et la lutte contre les ingérences extérieures dans les affectations et les avancements), mais celui visant à « maintenir l’unité de recrutement du second degré de la sixième à la terminale » fut refusé. En décembre 1966, il figurait en troisième position sur la liste « Unité et Action » (Jean Reynaud, Joseph Dunand, Cheylan, Jean Déom) qui conquit la direction de la section académique (Aix-Marseille) du SNES. De 1950 à 1965, il s’occupa des retraités de l’Académie d’Aix, sans l’être lui-même, et mit en place la section des retraités. Après son départ à la retraite, il participa à la vie du SNES et de la FEN jusqu’à sa maladie.

Il avait été membre du comité de soutien aux candidats communistes lors des élections législatives du 2 juin 1946. Militant pour la paix, il prit une place importante dans la lutte contre la guerre d’Indochine puis contre la guerre d’Algérie. Il quitta le PCF vers 1960 après avoir pris des distances à la suite des événements de 1956 en Hongrie.

Georges Cheylan consacra sa retraite, de 1975 à 1995, à écrire des livres sur plusieurs châteaux du Lubéron, monographies érudites, fruit d’un travail d’archéologue, de médiéviste et d’historien de l’art « sans que l’auteur oublie de se faire comprendre du simple amateur d’histoire locale ». En décembre 2006, à la suite d’une hémorragie cérébrale survenue en 1996, il résidait dans une maison de retraite située entre Aix-en-Provence et Éguilles.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19867, notice CHEYLAN Georges par Gérard Leidet, Jean Reynaud, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 18 janvier 2018.

Par Gérard Leidet, Jean Reynaud

ŒUVRE : Ouvrages sur les châteaux du Lubéron : La Tour d’Aigues (prix Thiers de l’Académie d’Aix) 1973, 1980, 1988, 1995, Villelaure (1975, 1991), Lourmarin (1982, 1983, 1985, 1988), Sannes (1987), Ansouis (1994).

SOURCES : Arch. FEN (L. Frajerman). — Arch. SNI, FGE et FEN (Bouches du Rhône). — Arch. section académique du SNES. — La Marseillaise, 3 juin 1952, 5 novembre 1953. — Plaquette du SNI des Bouches du Rhône, Plus de 20 années d’expérience, avec les contributions de Guy Grandemange et de Georges Cheylan lui-même (« 44-45 : l’année de la reconstruction syndicale »). — Robert Menchérini, Scission syndicale dans les Bouches-du-Rhône, 1947-1948, mémoire de maîtrise, Aix, 1980. — Entretien avec l’intéressé (23 décembre 2001 et 28 décembre 2001) et témoignage d’Yves Cheylan (26 février 2002).

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