AUBERT Jules

Par Gérard Leidet

Instituteur à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; syndicaliste de la Fédération des syndicats membres de l’enseignement laïque (FSMEL) ; secrétaire corporatif de la Fédération unitaire de l’enseignement ( 1932-1934) ; militant du Syndicat national des instituteurs (SNI) à partir de 1935.

Entre 1920 et 1926, Jules Aubert, instituteur syndicaliste, faisait partie (avec J. Chauvet et Ismaël Audoye, de l’équipe marseillaise qui succéda à Emmanuel Triaire afin d’assumer collectivement la gérance et la responsabilité du Bulletin mensuel de l’Emancipation (organe du syndicat des institutrices et des instituteurs publics des Bouches-du-Rhône). Par la suite, il participa à la rédaction de "L’Emancipation des normaliens" qui paraissait à la veille de chaque période de vacances, sous la direction de Fernande Basset. La revue traitait de questions spécifiques susceptibles d’intéresser les élèves-maîtres, notamment ceux qui étaient organisés dans les Groupes de Jeunes.

A l’issue du congrès de Limoges d’août 1931 de la Fédération unitaire de l’enseignement (FUE-CGTU), il fut désigné au Conseil fédéral au titre de la majorité fédérale (MF) en même temps que François Bernard (Rhône), Raoul Faure (Isère) et Jean Aulas (Saône-et-Loire). Lors du congrès de Bordeaux de l’année suivante (août 1932), il rejoignit le nouveau bureau fédéral de la FUE et devint secrétaire corporatif. Il succédait à Jean Salducci qui assumait ce poste depuis le congrès de Marseille de 1930, et qui devint alors secrétaire général de la Fédération de l’enseignement. Jules Aubert fut réélu à ce même poste au congrès fédéral de Reims de 1933 avant d’être remplacé au congrès de Montpellier (août 1934) par Marcel Valière. Avec Jean Angélini, trésorier du bureau fédéral de 1932 à 1935, les instituteurs marseillais, et ceux du département des Bouches-du-Rhône, étaient bien représentés au sein du bureau fédéral (3 membres sur 7).

Durant les deux années passées au secrétariat de la FUE, Jules Aubert seconda parfaitement Jean Salducci, notamment dans la lutte soutenue contre la répression qui touchait encore de nombreux militants de la Fédération de l’enseignement pour "délit d’opinion". A ce titre, les deux secrétaires, avec le BF, prirent très activement la défense de deux militants. Célestin Freinet, d’abord, victime d’une véritable cabale, montée par le maire et les milieux catholiques de Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), qui devint « l’affaire Freinet ». Les innovations pédagogiques de Freinet autant que sa volonté proclamée de créer une « école prolétarienne » furent à l’origine de cette affaire. Celle de Darius Le Corre, ensuite, instituteur en Seine-Inférieure, déplacé d’office pour ses opinions communistes, condamné par défaut à six mois de prison, et à nouveau déplacé... Accompagné de Jean Salducci et de Jean Angelini, Jules Aubert défendit la cause des camarades frappés par la répression lors d’une entrevue avec le ministre Anatole De Monzie, lequel fut le premier, en 1932, à porter le titre de Ministre de l’Éducation nationale. Selon Gilbert Serret (op.cit.), Jules Aubert et Jean Salducci donnèrent alors "une impulsion vigoureuse à l’activité corporative fédérale", la commission corporative reconstituée les années précédentes ayant facilité le travail du Bureau fédéral.

Or, l’énorme travail corporatif fédéral que Jules Aubert accomplit au sein de la commission corporative put apparaître vain quant aux résultats. Non seulement aucune réforme corporative ne fut acquise, mais sur les questions des traitements, de l’avancement, des retraites et du recrutement, les insuccès furent au rendez-vous. L’entêtement du gouvernement Doumergue dont l’unique volonté était de réaliser des économies expliqua cette série de "défaites" syndicales. L’action corporative, dans ces conditions, n’était cependant pas tout à fait inutile pensait Jules Aubert. Son insuccès ne contribuait-il pas, précisément, à "faire comprendre aux travailleurs la vanité du réformisme à la petite semaine et la nécessité de l’action révolutionnaire de large envergure...?" comme l’indiquait la déclaration du bureau fédéral.

Dans le cadre de la préparation de la grève du 12 février 1934, Jules Aubert, Jean Salducci et Jean Angelini se réunirent le 8 dans un café proche de l’hôtel des postes de Marseille. Ils décidèrent d’avertir immédiatement tous les syndicats de la Fédération, et rédigèrent, à cet effet, des télégrammes destinés aux secrétaires des syndicats, aux militants, aux membres du BF (qui était convoqué pour le 10 février au soir à Avignon), et aux membres du Conseil fédéral convoqué pour le dimanche 11. Jules Aubert participait à cette dernière réunion, et le débat engagé permit de développer les points évoqués de façon forcément implicite dans les télégrammes :
“- Faire une large propagande pour la lutte contre le fascisme et alerter rapidement les masses en vue des luttes proches, en marquant bien que l’action ne faisait que commencer, et en dénonçant le fascisme sous toutes ses formes.
- Rédiger des propositions de Front unique pour l’action d’organisation à organisation.
- Organiser les instituteurs pour la lutte nationale, avec le S.N. si possible, et sans lui s’il refusait.
- Structurer des milices de défense pour les réunions et pour les locaux syndicaux.”

A l’ordre du jour du congrès de Montpellier (août 1934) figurait naturellement la question du fascisme. Avec un sens très aigü "de la réalité sociale" très proche du danger fasciste qui menaçait les démocraties, Jules Aubert intervint dans la discussion en examinant plusieurs aspects du "problème fasciste" et en les articulant aux luttes anti-fascistes "de tous les instants". Ces combats devaient continuellement s’élargir et s’organiser sur tous les terrains (social, politique, culturel). Il fit partie, à l’issue du congrès, avec Aulas et Emile Labrunie), de la délégation dépêchée au congrès du Syndicat national des instituteurs (SN) qui se tenait à Nice. Celle-ci était porteuse d’une motion déclarant, notamment : " Le congrès de la FUE estime que l’unité syndicale, indispensable à la classe ouvrière, est réalisable à brève échéance". Le texte demandait au S.N. d’agir auprès de la CGT en vue de la convocation rapide du congrès de fusion des deux centrales syndicales. En fait, la Fédération unitaire de l’enseignement souhaitait l’unité avec le Syndicat national, mais elle désirait que la fusion fédérale (FUE/Fédération générale de l’enseignement) se réalisât en même temps que la fusion confédérale (CGT/CGTU) et dans les mêmes conditions. Or le congrès du S.N. attendait visiblement la fusion immédiate. Jules Aubert rédigea alors, avec ses deux camarades, un texte qui fut lu au congrès de Nice par Aulas et que tous trois espéraient faire voter au congrès de la fédération : "Le congrès de Montpellier accepte la fusion immédiate de la Fédération de l’enseignement et du SN dès le lendemain du CCN de la CGT, qui doit se tenir le 5 octobre, si le CCN accepte l’organisation en commun avec la CGTU d’un congrès fédéral de fusion. Ce congrès de fusion des forces de l’enseignement pourrait avoir lieu à Noël 1934...". Au retour de la délégation, ce texte était adopté et complété, sur proposition de Louis Bouët, par un additif invitant le S. N. à manifester rapidement sa volonté d’unité en acceptant l’action commune avec la Fédération de l’enseignement contre les décrets-lois, le fascisme et la guerre. L’unité était en marche. Elle sera effective en décembre 1935 au congrès de fusion des fédérations enseignantes (FUE et FGE) à Magic-City qui marquera la fin de la fédération unitaire.

Dans les dernières années d’existence de la Fédération unitaire de l’enseignement, Jules Aubert incarna, avec Salducci et Angelini, une certaine continuité de la présence et de l’influence des instituteurs marseillais au sein du secrétariat de la FUE. Une présence, au fond ancienne, qui remontait aux origines du syndicalisme enseignant : du temps où d’autres instituteurs syndicalistes marseillais, - Ismaël Audoye, Louis Lafosse, Adolphe Bezot, Emmanuel Triaire, Victor Gourdon - animaient déjà, avant et durant la Grande guerre, l’ancienne Fédération des syndicats d’instituteurs (FNSI)...

Jules Aubert participa à l’Assemblée générale de fusion de la F.G.E. et de la F.U.E. qui se tint le 14 novembre 1935 à la Bourse du Travail, salle Ferrer. S’il rejoignit le Syndicat national, il ne fit partie ni du bureau ni de la Commission exécutive du S. N. Albert Faraut, Ruffin (voir Jean Mouton), et Jean Salducci représentaient, alors, les "ex-unitaires" de la Fédération de l’enseignement au sein du bureau du S.N. ; Angélini, Irène Creyssel et Ernest Margaillan, au sein de la CE. (Ces militants devaient démissionner collectivement de leur fonction, à la suite de l’AG de la sous-section marseillaise du 6 juillet 1937, sur la question de la représentation proportionnelle qui leur fut refusée par Marcel Bens et la majorité du bureau départemental du syndicat).

En octobre 1938, Jules Aubert fut candidat aux élections à la Commission exécutive (CE) du S.N. ; son nom figurait sur la liste de "redressement et d’indépendance du syndicalisme" avec, notamment, Adrienne Montegudet, Angelini, Elie Florens, Léon Giudicelli, Edouard Labeille, Pascal Léna, Antonin (?) Margaillan, Jean Salducci... La profession de foi rappelait les principes qui guidaient le courant syndicaliste-révolutionnaire au sein du S. N. : indépendance absolue du syndicalisme, établissement de rapports sans compromission avec l’administration et de liaisons plus étroites avec la corporation, défense des intérêts des jeunes instituteurs "scandaleusement sacrifiés", mise en oeuvre d’une action "énergique, générale et coordonnée" avec la classe ouvrière... Trois points reprenaient les oppositions traditionnelles portées par ces militants depuis la fusion de leur fédération au sein du S.N et de la FGE en 1935, et leur critique assez radicale d’un Front populaire qui "étalait sa faillite retentissante, quoique prévisible" : s’opposer frontalement à l’autoritarisme des chefs et au favoritisme sous toutes ses formes ; combattre le "bellicisme" de la CGT et "l’Union sacrée" ; lutter pied à pied contre la guerre. Ayant obtenu 314 voix (sur 898 votants et 877 exprimés), il ne fut pas élu ; le seuil était fixé à 385 voix pour l’être dans une CE qui comptait 26 membres. Deux militants de cette liste des "Amis de l’Ecole Emancipée" étaient cependant élus : Pascal Léna, et Edouard Labeille ; il manqua 5 voix à Jean Salducci (380), l’ancien secrétaire de la FUE, pour l’être à nouveau.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article198643, notice AUBERT Jules par Gérard Leidet, version mise en ligne le 31 décembre 2017, dernière modification le 26 juillet 2019.

Par Gérard Leidet

SOURCE : Notice d’Emmanuel Triaire. — François Bernard, Louis Bouët, Maurice Dommanget, Gilbert Serret, Le syndicalisme dans l’enseignement, Histoire de la Fédération de l’enseignement des origines à l’unification de 1935, T. III "Le second avant-guerre et la fin de la Fédération" (G. Serret). — Loïc Le Bars, La Fédération unitaire de l’enseignement ( 1919- 1935), aux origines du syndicalisme enseignant, Editions Syllepse, 2005. — Bulletin du syndicat unique des institutrices et instituteurs des Bouches-du-Rhône (section départementale du Syndicat national), décembre 1935 et 1938.

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