CHÉRAMY Robert

Par Alain Dalançon, Guy Le Néouannic

Né le 31 janvier 1920 à Paris (XVIIe arr.), mort le 19 août 2002 à Recloses (Seine-et-Marne) ; professeur agrégé d’histoire ; militant trotskyste puis socialiste ; militant syndicaliste, dirigeant du SNES puis de la FEN jusqu’en 1980 ; chargé de mission à la Présidence de la République (1981-1984) ; conseiller d’État en service extraordinaire (1984-1988).

Fils d’André Chéramy, manutentionnaire-magasinier et de Yonne Tardieu, femme de ménage, Robert Chéramy passa sa jeunesse dans la partie de la Seine-et-Oise devenue les Yvelines. Il suivit une scolarité primaire à Sartrouville. Élève du cours complémentaire de Maisons-Laffitte, il entra à l’École normale d’instituteurs de Versailles en 1936. Mobilisé en 1940, il fut enrôlé après l’armistice dans les Chantiers de Jeunesse jusqu’au début de l’année 1941. Il entra en 1941 à l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Professeur à partir de 1943, il exerça au lycée de Reims (Marne) puis, à partir de la Libération, au collège de Châlons-sur-Marne (Marne) où Louis-Paul Letonturier était également en poste. Il réussit à l’agrégation d’histoire en 1947 et fut nommé au lycée du Mans (Sarthe) où il resta de 1947 à 1949, avant d’être muté en 1949 dans la région parisienne, au lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (Seine, Val-de-Marne), puis en 1953 au lycée Voltaire de Paris jusqu’en 1968. Complètement déchargé de service après cette date, il prit sa retraite d’enseignant en janvier1980.

Robert Chéramy fut membre du Parti communiste internationaliste (IVe Internationale) à partir de 1945. Il fut son candidat aux élections législatives dans la Marne le 22 octobre 1946 (3 690 voix) et militait alors dans le groupe « coopération du regroupement de la Gauche socialiste ». Exclu avec la majorité lambertiste du PCI officiel en 1952, il resta quelques années dans le PCI de Pierre Lambert et assura la liaison entre le Mouvement national algérien de Messali Hadj et la direction de la FEN.

En 1946, Robert Chéramy adhéra au SNES. Devenu agrégé, il fut secrétaire de la section académique (alors S2) de Caen (1947-1949). Militant de « L’École émancipée », il se prononça en faveur de l’autonomie en 1948 et fut élu suppléant à la commission exécutive du SNES au congrès de mars sur la liste des « autonomes ». Dès lors, il fit partie de la majorité jusqu’en 1952, tout en se réclamant de l’École émancipée. Il fut élu sur la liste A en 1949 et en 1950 mais, présent en 1951 sur la liste A de catégorie des agrégés (mentionné alors comme secrétaire de S3), il ne fut pas élu. Pour se démarquer de la conception corporatiste de l’autonomie prônée par les majoritaires du SNES de l’époque, incarnée par les secrétaires généraux Albert-Claude Bay et Alexandre Kreisler, et leur engagement dans le Comité d’action universitaire qu’il critiqua fortement au congrès de Pâques 1952, Chéramy fut tête d’une liste D (École émancipée) aux élections de 1952 et de 1953 et élu, à ce titre, membre de la CA et du BN.

En 1954, Robert Chéramy revint avec ses amis (Letonturier, Charles Cordier puis, à partir de 1955, Pierre Broué) sur la liste A, dont il allait rester un des élus les plus influents à la CA et au bureau national jusqu’en 1966, à l’époque où Pierre Dhombres était secrétaire général du SNES (1955-1966). Dans le bureau national installé en 1960, il fut chargé de la propagande et des jeunes jusqu’en 1962, rédigea une plaquette – Comment devenir professeur. Fonctionnement des IPES et des CPR – et alla par la suite donner de nombreuses conférences aux élèves-professeurs des centres français. Il fut hostile à la « cogestion » entre tendances dans la section académique de Paris, défendue par le secrétaire du S3 Letonturier, mais les deux militants restèrent en 1962 dans la majorité, contrairement à Broué qui rompit avec elle, en reconstituant une liste École émancipée. En 1962, il devint secrétaire administratif chargé de la presse et du suivi des sections, en ayant le titre de secrétaire général adjoint en 1963-1964 (il ne l’avait plus, semble-t-il, durant le mandat suivant : 1964-1966). Il joua un rôle important dans la préparation de la fusion avec le Syndicat national de l’enseignement technique. Il était également chargé des affaires corporatives en 1966 et fut élu membre du Conseil de l’enseignement général et technique.

Robert Chéramy fut un des principaux organisateurs de la grève administrative en 1965 et essaya d’y mettre un terme lors du congrès national de Pâques. À la suite de la démission du secrétaire général Dhombres en mars 1966, consécutive au rejet du rapport d’activité de la direction par les syndiqués, il occupa pendant quelques mois, le poste de co-secrétaire général du SNES (classique, moderne, technique) créé en avril 1966 au congrès de Pâques, l’autre secrétaire général étant Louis Astre pour l’ancien SNET. Des élections internes au seul ancien SNES (classique et moderne) eurent lieu en juin 1966 pour désigner les membres de la CA du nouveau syndicat représentant l’ancien SNES. La liste autonome n’obtint pas la majorité qui revint à la liste « Unité et action ». À la suite de nombreuses discussions internes, il fut écarté du secrétariat général au moment de la CA de juin 1966 en raison de l’hostilité des membres de l’ancienne liste C, au profit d’André Mondot qui fit équipe avec Louis Astre.

Aux élections à la CA nationale de 1967, Robert Chéramy était en cinquième position sur la liste de la majorité sortante, qui perdit la majorité au profit de la liste « Unité et Action ». Élu à la CA et au BN, il fut partisan du refus du partage des responsabilités à la direction du SNES proposée par les militants « U et A » et du maintien au bureau fédéral des anciens dirigeants du SNES, dont il était membre avec Astre et [Jean Simon-<174472]. Il fut par ailleurs chargé du rapport sur la modification des statuts fédéraux au congrès de novembre 1967 et signa avec ses deux camarades une tribune libre dans L’Université syndicaliste en janvier 1968, justifiant leur maintien au bureau de la FEN. Il ne fut pas élu à la CA nationale du SNES de mai 1969 et ne participa plus à la vie du SNES.

Par la suite, Robert Chéramy et Louis Astre s’opposèrent toujours sur leur responsabilité réciproque dans la perte du SNES.

Dans la FEN, Robert Chéramy devint membre, titulaire ou suppléant selon les années, de la commission administrative nationale à partir de 1948 et du bureau national à partir de 1962. Il fit partie des commissions laïque (1948-1950), Union française (1948-1950), éducation sociale (1950), jeunesse (1955), fut le secrétaire de la sous-commission des écoles normales supérieures (1962) et travaillait avec le secrétaire général Georges Lauré. En outre, il animait avec Charles Martial le Centre de recherches économiques et sociales créé par la FEN. Il fit partie de l’exécutif fédéral réuni en permanence durant les événements de 1968. Par la suite, il s’investit plus complètement dans la FEN aux côtés de Georges Lauré, de James Marangé et d’André Henry. Tout au long des années 1970, il fut un conseiller particulièrement écouté par ces secrétaires généraux successifs et influença largement la politique de l’organisation syndicale. Il fut un des principaux organisateurs de la tendance « Unité, indépendance, démocratie » et le responsable, jusqu’en 1975, de la circulaire interne « Arguments-ripostes ». Dans les débats entre militants du courant de pensée, il adoptait le plus souvent les analyses du Syndicat national des instituteurs.

Robert Chéramy adhéra au Parti socialiste autonome (PSA) de 1958 à 1960 et fut membre de sa commission administrative permanente à partir de 1959. Lors du congrés d’Antony, le 11 janvier 1959, il avait été désigné au bureau de la commission exécutive de la fédération de la Seine. En 1962, il entra au comité de rédaction de la Nouvelle revue marxiste et fut membre du bureau de la fédération de Paris du Parti socialiste unifié (PSU). Il adhéra à l’Union de la gauche démocrate et socialiste et ne quitta plus la mouvance socialiste avant de se fondre dans le Parti socialiste. Il fut également influencé dans son évolution par sa femme Lucienne, secrétaire de Georges Lauré, secrétaire général de la FEN. Cette dernière, dans les années 1970, entra au conseil d’administration de l’association culturelle « Les Arts et la Vie ».

Le 10 juillet 1968, Robert Chéramy succéda à Martial, démissionnaire, comme unique représentant de la FEN au Conseil économique et social dans le groupe des activités diverses et des classes moyennes au titre de l’Éducation nationale, selon les termes du Premier ministre dans sa lettre le nommant. Il le demeura jusqu’en 1980. Il fut désigné comme représentant de la FEN au Conseil national de la formation professionnelle et de la promotion sociale en février 1971, en remplacement de Marangé. Il fut l’auteur d’un rapport de 151 pages sur la formation professionnelle continue en 1975.

Dans la préparation de l’élection présidentielle de 1981, Robert Chéramy avait été à l’origine de la proposition 90 du candidat François Mitterrand en 1981. Il fut appelé comme chargé de mission pour les questions d’éducation auprès du secrétaire général de l’Élysée de mai 1981 à mars 1984. Il eut notamment à travailler sur le dossier « écoles privées-écoles publiques » qui comprenait la question de la nationalisation de l’enseignement.

En 1984, Robert Chéramy fut nommé conseiller d’État en service extraordinaire, fonction qu’il exerça jusqu’en 1988.

Ses obsèques se déroulèrent le 24 août 2002 au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19785, notice CHÉRAMY Robert par Alain Dalançon, Guy Le Néouannic, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 18 janvier 2018.

Par Alain Dalançon, Guy Le Néouannic

ŒUVRE : La Commune de Paris, préface de Max Pol-Fouchet, coll. « l’Humanité en marche », p. 23-149, suivi de l’édition du roman de Jules Vallès, L’Insurgé, Martinsart, 1971 « Thomas Jefferson », in Anti-colonialistes et anti-esclavagistes, les défenseurs des droits de l’Homme, Martinsart, 1978. — La FEN, 25 ans d’unité syndicale, EPI, 1974. — En collaboration avec Henri Aigueperse, Le SNI, un syndicat pas comme les autres. SUDEL, 1990.

SOURCES : Arch. Nat., F1a 3354, 4731. — APPO B13, 43458 (dossier Bonissel), GA C3, 651472 (dossier Chéramy), dépouillés par J. Girault. — Arch. FEN (L. Frajerman). — Arch. IRHSES (Congrès SNES, CA, L’Université syndicaliste, L’Enseignement public). — Témoignage de l’intéressé, interview par l’Institut national de la recherche pédagogique en 1998 (témoin n° 98).

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