WEISSEL Georg

Par Bruno Sokoll

Né le 28 mars 1899 à Vienne ; pendu le 14 février 1934 ; combattant du Schutzbund.

Le père de Georg Weissel était cheminot et sa mère domestique. Tous deux étaient des socialistes convaincus et ils s’imposèrent des sacrifices pour que leur fils puisse faire des études. Enfant doué, Georg entra en conflit avec son professeur de religion et perdit ainsi sa dispense du paiement des droits scolaires. Après avoir obtenu son baccalauréat en session d’« urgence de guerre », il fut envoyé en octobre 1917, alors qu’il n’avait pas dix-huit ans, sur le front du Sud où il servit comme chef de section jusqu’à la chute de la monarchie.
A sa démobilisation, il s’inscrivit en chimie à l’École technique supérieure pour deux semestres et aussi à l’Université. Ses opinions très personnelles et anticonformistes lui donnèrent la réputation d’un fanatique de la justice. Après la fin de ses études, il mit longtemps à trouver du travail et, pendant plus de six mois, il fut stagiaire bénévole aux usines à gaz de Leopoldau. Il fut enfin engagé dans les services municipaux. En 1926, il fut nommé adjoint stagiaire à la caserne des pompiers de Vienne.
Après les sanglants incidents du 15 juillet 1927, alors que la « Heimwehr » se préparait à la guerre civile, le « Schutzbund » (Ligue de protection républicaine) fut réorganisé sur des bases militaires et Weissel fut nommé commandant de la « légion universitaire ». Weissel s’était fait remarquer dès 1925 par sa combativité lors d’une attaque de nazis contre des étudiants juifs.
En 1931, il fut nommé commissaire des pompiers à la caserne principale de Floridsdorf et ingénieur chimiste chargé de la formation des officiers des pompiers pour la lutte contre les gaz nocifs. Après l’occupation du Parlement par la police en 1933, la tendance anticonstitutionnelle du gouvernement de Dollfuss s’accentua. Le « Schutzbund » fut dissous ; la « Heimwehr », en revanche, devint une force auxiliaire de l’exécutif. Le 11 février 1934, le ministre de la Sécurité Frey annonça une action contre le Parti social-démocrate. La recherche d’armes cachées et l’arrestation des dirigeants du « Schutzbund » dans les arrondissements déclenchèrent le 12 février, à Linz, la résistance armée, mais celle-ci entraîna l’état d’alerte dans l’ensemble du pays. Weissel arma les pompiers membres du « Schutzbund » au moment où la centrale des pompiers était déjà entourée par la « Heimwehr » et la police. Mais l’action armée fut retardée et rendue inefficace par la défection de certains pompiers. Weissel était décidé à aller jusqu’au bout, mais il finit par se rendre, lorsqu’il se trouva face à des forces de beaucoup supérieures aux siennes. Il fut arrêté. La loi martiale, proclamée la veille, lui fut appliquée par le conseil de guerre. Afin de sauver la vie de ses camarades, Weissel prit courageusement la responsabilité de l’action menée : « Je ne regrette pas mon acte. Je regrette seulement d’avoir, par ma faute, compromis beaucoup d’innocents. Mais je veux souligner aussi que toute cette affaire a été entreprise avec des moyens inadaptés ; une telle action était impossible à mener à bien avec des gens comme ceux que j’avais à ma disposition. Elle devait donc échouer lamentablement. Je n’ai rien d’autre à dire »,
Weissel fut condamné à la pendaison. Le recours en grâce fut rejeté et l’exécution eut lieu le 14 février 1934. « Je meurs, mais la révolution sociale vivra », dit-il en mourant. Sur sa pierre tombale, sa femme Maria fit graver la phrase suivante : « Une pierre parmi les pierres pour l’édification de l’humanité ».
Voir Münichreiter Karl.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197766, notice WEISSEL Georg par Bruno Sokoll, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 16 avril 2019.

Par Bruno Sokoll

SOURCES : Dokumentationsarcïiiv des œsterreichischen Widerstandes, ’Wien. — Werk und Widerhall. Grosse Gestalten des Œsterreichischen Sozialismus (L’Œuvre et son écho. Grandes personnalités du socialisme autrichien), édité par Norbert Lesèr, Vienne, 1964.

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