SEITZ Karl

Par Bruno Sokoll

Né le 4 septembre 1869 à Vienne, mort le 3 février 1950 à Vienne ; instituteur ; président du Parti social-démocrate ; président de (’Assemblée nationale constituante (1919-1920).

Karl Seitz était le cinquième des sept enfants d’un marchand de bois qui mourut en 1875. Sa mère dut abandonner le commerce du bois à la suite de la crise économique qui sévissait à cette époque et elle chercha à nourrir sa famille par des travaux de couture et un petit commerce de laine. En dépit de ses efforts, elle fut obligée de placer deux de ses fils — dont Karl — dans un orphelinat municipal. Karl était un élève doué, mais tous les efforts pour le faire entrer à l’école secondaire échouèrent. Il fut obligé d’apprendre le métier de tailleur. A une cérémonie solennelle à Augarten, au cours de laquelle Karl devait prononcer des paroles de bienvenue, il fut remarqué par le directeur de l’orphelinat, le conseiller municipal libéral de Vienne, Wilhelm Becher, qui le fit entrer gratuitement à l’école normale de Sankt-Pœlten et lui obtint une bourse. En 1888, c’est lui qui prononça le discours de remerciements des bacheliers et, devant la commission, il s’éleva ouvertement contre les propositions scolaires du groupe clérico-féodal du Parlement, propositions dirigées contre la loi libérale sur les écoles communales. Il eut une mauvaise note de conduite et ne dut qu’à Becher de pouvoir quand même trouver un poste dans une école de Vienne.
De 1888 à 1896, il fut instituteur dans diverses écoles. Il se rendit compte rapidement que la pauvreté de la population réduisait à néant les résultats obtenus par renseignement et l’éducation. Dans les années 1890, Seitz, devenu un révolutionnaire conscient, se joignit au cercle de Victor Adler et commença à réunir les instituteurs attachés à la liberté dans une association : « Les Jeunes », qui devint en 1896 l’Union centrale des instituteurs de Vienne dont il fut président. Véritable bête noire de l’administration communale sociale-chrétienne, il fut à plusieurs reprises l’objet de rappels à l’ordre.
Seitz défendait le principe que les études secondaires et supérieures ne devaient pas être le monopole de la classe possédante, mais qu’elles devaient être également accessibles à la population laborieuse. C’est pourquoi l’association des « Jeunes », à son premier congrès, le 10 avril 1898, adopta un programme scolaire qui ne séparait pas la pédagogie progressiste des réformes sociales. Ce programme comprenait la mise en place de jardins d’enfants et de foyers, l’interdiction du travail des enfants, la gratuité de l’enseignement et des moyens d’éducation, ainsi que la prise en charge par l’école de la nourriture pour les enfants nécessiteux.
En 1899, Ludwig Bretschneider proposa à Karl Seitz d’être candidat à la troisième curie aux élections à venir au « Reichsrat » (Conseil d’Empire). Le 15 janvier 1901, Seitz fut élu dans la circonscription de Floridsdorf-Stockerau et, l’année suivante, il conquit aussi un siège au « Landtag » (Assemblée régionale) de Basse-Autriche. C’est alors qu’il devint le bras droit de Victor Adler. Il acquit une connaissance minutieuse des rouages parlementaires et ses interventions lui valurent une grande notoriété.
En 1906, le pouvoir se proposa, pour surmonter la crise politique, de former un cabinet comprenant tous les partis favorables à la réforme électorale. Le premier ministre Beck proposa à l’Empereur le député Seitz pour représenter les sociaux-démocrates ; mais Seitz refusa, même après avoir été reçu en audience par l’Empereur. A partir de 1907, il fut, avec Victor Adler, l’un des dirigeants du groupe parlementaire social-démocrate au « Reichsrat ».
Pendant la Première Guerre mondiale, Seitz, social-patriote, se situa à l’aile droite du Parti social-démocrate. En habile tacticien, il sut représenter les intérêts du parti et des travailleurs face à l’appareil militaire. Il accompagnait toujours et partout Victor Adler, malade, aux côtés de qui il se trouvait également à la conférence socialiste de la paix à Stockholm en 1917.
En janvier 1918, après la mort de Pernerstorfer, Seitz fut élu vice-président du « Reichsrat ». En octobre 1918, il fut l’un des trois présidents du conseil d’Etat élu par l’Assemblée provisoire au moment de l’effondrement de la monarchie austro-hongroise. Le 4 mars 1919, il fut désigné comme président de l’Assemblée nationale constituante élue en février, ce qui faisait de lui le premier chef de la République. Le 9 décembre 1920, du fait du changement de majorité il dut abandonner ses fonctions de président fédéral. La même année, il fut élu président du parti social-démocrate, fonction qu’il détint jusqu’en 1934. En 1923, après la démission de Jakob Reumann, il devint maire de Vienne et il fut à la tête de cette équipe extraordinaire qui fit de Vienne, durant une décennie, un modèle d’administration municipale moderne. Si son prédécesseur, Jakob Reumann, avait su parer aux terribles conséquences immédiates de la guerre, Seitz, lui, mena à bien les plans qu’il avait projetés. Ses propres paroles : « Lorsque nous ne pourrons plus parler, ces pierres, les grandes constructions de Vienne, parleront pour nous », sont devenues vérité historique. En tant que maire il gagna une popularité dont seul avait joui Karl Lueger.
Le 12 février 1934, il fut arrêté. On le relâcha un an plus tard, sans avoir trouvé de chef d’accusation contre lui. En 1938, il refusa de faire une déclaration approuvant l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne sous la pression de la puissance militaire allemande. Après l’attentat contre Hitler, le 20 juillet 1944, Seitz fut de nouveau arrêté et il fut détenu au camp de concentration de Ravensbrück jusqu’en mai 1945.
Il rentra à Vienne, gravement malade, le 23 juin 1945 et reprit la présidence du nouveau Parti socialiste. De 1945 à sa mort, il fut député au Conseil national. Le 21 mars 1946, dans un discours qui fit sensation, il fit un appel aux Alliés afin que soient assurées dans le pays les libertés démocratiques. Il mourut à Vienne le 3 février 1950, profondément regretté par la population viennoise. Des épisodes glorieux du mouvement ouvrier autrichien et, surtout, les grandes réalisations de Vienne la Rouge restent attachés à son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197708, notice SEITZ Karl par Bruno Sokoll, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 9 avril 2019.

Par Bruno Sokoll

ŒUVRE : Herr Dr. Lueger in der Klenime (Le Dr. Lueger est dans l’embarras), premier débat sur l’école au « Reichsrat », 1901. —Volksschule oder Pfaffenschule (L’Ecole laïque ou l’école religieuse), 1902. — Krieg und Absolutismus, Friede und Recht (Guerre et absolutisme, Paix et droit), Vienne, 1917. — Arbeiter oder Soldaten (Ouvriers ou soldats), Vienne, 1917. --- Die Schmach von Genf and die Republik (la Honte de Genève et la République), 1922.
Quatre lettres (1929-1934) à K. Kautsky se trouvent à l’institut international d’Histoire sociale à Amsterdam.

SOURCES : Franz Blaha, Karl Seitz, der Mann des Volkes, der Mann des Herzens (K. Seitz, l’homme du peuple, l’homme de cœur), Vienne, 1945. — Anton Tesarek, Unser Seitz zu seinem 80. Geburtstag (Pour le quatre-vingtième anniversaire de notre Seitz), 1949. — Rudolf Neck, « Karl Seitz, Staatsoberhaupt », in Die œsterreichischen Bundesprasidenten (« Karl Seitz chef d’Etat », in : Les Présidents fédéraux autrichiens), Vienne, 1963.

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