SCHEU Heinrich

Par Claudie Weill

Né le 19 octobre 1845 à Vienne ; mort le 28 janvier 1926 à Sternenberg en Suisse ; graveur sur bois ; dirigeant de la social-démocratie autrichienne de mars 1870 à février 1871 ; militant international.

Après avoir fréquenté le lycée jusqu’en 1859, Heinrich Scheu, frère cadet d’Andreas, fit son apprentissage de graveur sur bois et suivit également les cours de la classe préparatoire de peinture à l’Académie des Beaux-arts qui acheta une de ses gravures. En 1867, il trouva un emploi de xylographe à Stuttgart, puis en 1869 à Leipzig et entra au club d’éducation ouvrière de cette ville présidé par August Bebel et dont il devint le secrétaire.
Lors de l’arrestation de son frère Andreas et des autres dirigeants du mouvement ouvrier de Vienne, en mars 1870, son frère Josef le rappela dans la capitale autrichienne et l’introduisit dans le mouvement ouvrier viennois. Son rôle essentiel consista dès lors à assurer avec beaucoup d’habileté et de personnalité l’intérim à la direction de l’organisation ouvrière viennoise dans la difficile période du procès intenté aux dirigeants socialistes pour haute trahison. Il rédigea et publia immédiatement après le procès les minutes qui connurent un très grand retentissement. Très vite, Heinrich Scheu, qui prit la parole dans de nombreux meetings, apparut comme le chef incontesté du mouvement, même aux yeux du gouvernement. Ainsi, il reprit en main la rédaction de Volkswille (La Volonté du peuple), le faisant pour la première fois financer intégralement par des associations professionnelles ouvrières. En même temps que le procès se déroulèrent de puissantes manifestations contre le décret de dissolution des associations ouvrières. Heinrich Scheu tenta de canaliser l’indignation en encourageant la création de nouvelles associations. Ainsi, en septembre 1870, il fut l’un des fondateurs du « Comité de soutien aux prisonniers du procès pour haute trahison » pour lequel il rassembla des fonds et dont l’un des premiers actes fut l’envoi à Léo Frankel d’un télégramme de félicitations pour la proclamation de la République en France. Il intervint d’ailleurs ultérieurement dans des meetings pour inciter l’Autriche à reconnaître la République française.
Après l’amnistie des dirigeants ouvriers en février 1871, il remit à son frère Andreas et à Oberwinder la rédaction du Volkswille et quitta l’Autriche peu de temps après, au grand regret des militants auprès desquels il s’était acquis une popularité considérable. Membre de l’Association Internationale des Travailleurs, il représenta l’Autriche lors de son cinquième congrès à la Haye du 2 au 9 septembre 1872 et y reçut les félicitations de Karl Marx pour son activité en Autriche. Voyageant beaucoup pour raisons professionnelles, il séjourna successivement à Bruxelles, Londres, Stuttgart, Munich, Wiesbaden, Ajaccio, Pise, Florence, Londres et Lucerne avant de s’établir à Zurich en 1893. Il demeura en contact avec le mouvement ouvrier autrichien où il soutenait la tendance radicale dirigée par son frère Andreas et il écrivit des articles pour les journaux et les almanachs ouvriers. Ses gravures sur bois les plus importantes sont le Triomphe du travail et des portraits de K. Marx, F. Engels et F. Lassalle. Il écrivit également des critiques d’art dans diverses revues. A Ajaccio, Florence et Zurich, il enseigna dans les écoles des Beaux-arts. Il fut aussi le premier président de la « Chambre syndicale de consultation juridique et de placement » créée en 1893 par les syndicats locaux helvétiques. La même année, il représenta les travailleurs helvétiques au congrès socialiste international de Zurich alors que ses frères Andras et Josef y étaient mandatés respectivement par les travailleurs britanniques et autrichiens.
Pacifiste pendant la guerre, il fit venir son frère Andras auprès de lui et donna son soutien au mouvement socialiste international de Zimmerwald. Il passa les dernières années de sa vie auprès de sa fille, institutrice dans la petite ville de Sternenberg.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197685, notice SCHEU Heinrich par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Claudie Weill

ŒUVRE : Der Hochverratprozess gegen Oberwinder, A. Scheu, Most, etc. (Le Procès pour haute trahison intenté contre Oberwinder, A. Scheu, Most, etc.), Vienne, 1870, 443 p. — Erinnerungen Ein Beitrag zur Geschichte der œsterreichischen Arbeiterbewegung. (Mémoires), Vienne, 1912, 107 p.

SOURCES : Herbert Steiner, Die Gebrüder Scheu. Eine Biographie, (Les Frères Scheu), Vienne, 1968, 172 p.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément