PEUKERT Josef

Par Claudie Weill

Né le 22 janvier 1855 à Albrechtshof prés de Gablonz (Bohême) ; mort le 3 mars 1910 à Chicago (États-Unis) ; anarchiste ; dirigeant de la tendance « radicale » de la social-démocratie autrichienne de 1881 à 1884.

Peintre en bâtiment, Josef Peukert quitta l’Autriche en 1877, séjourna en France d’où il fut expulsé en 1880, puis en Suisse. C’est là qu’il se familiarisa avec les idées anarchistes et qu’il commença à militer pour elles. Délégué de la Suisse au congrès international anarchiste à Londres en juillet 1881, ami de Most, il fut envoyé à Vienne où il arriva en décembre 1881. Il ne resta pratiquement en Autriche que deux ans au cours desquels il exerça une énorme influence grâce à ses talents d’orateur que ses adversaires allaient jusqu’à qualifier de surnaturels — et de propagandiste. On lui fit en Autriche un accueil enthousiaste et il prit aussitôt la direction de l’organe des « radicaux » Die Zukunft (L’Avenir). Il fut arrêté peu de temps après son arrivée et libéré après trois mois de prison préventive, sans jugement. A sa sortie, il reprit la tête des « radicaux » alors que le fossé avec les « modérés » se creusait de plus en plus. Convaincu de l’inutilité du suffrage universel pour les ouvriers, il fondait son argumentation sur l’expérience française sous le Second Empire. Il se fit l’apôtre de la violence et de la terreur individuelle sans jamais toutefois faire de profession de foi anarchiste. Sous sa direction, l’audience des « radicaux » auprès des masses et en particulier dans les associations professionnelles ne cessait de grandir. Cette popularité croissante devait être tempérée par le premier attentat anarchiste, résultat de sa propagande, qui eut lieu le 4 juillet 1882. Dès lors, la répression s’accentua. Presque tous les dirigeants de la social-démocratie autrichienne, « radicaux » ou « modérés » allaient être arrêtés. Peukert parvint à s’enfuir à l’étranger à la veille de la promulgation des lois d’exception, le 30 janvier 1884 et gagna les États-Unis. Là, il entra en opposition avec Johann Most. Dès le congrès anarchiste de 1881, on le soupçonna d’être un agent provocateur, accusation reprise par les sociaux-démocrates dont Kautsky. Il tenta de se disculper dans ses Mémoires parus après sa mort et publiés par Gustav Landauer. Victor Adler lui consacra une ample analyse où il mit en évidence les contradictions de son argumentation pour démontrer son rôle néfaste dans le mouvement.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197611, notice PEUKERT Josef par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 26 mars 2019.

Par Claudie Weill

ŒUVRES : Gerechtigkeit in der Anarchie (La Justice dans l’anarchie), Londres, 1885, 20 p. — Erinnerungen eines Proletariers ans der revolutionaren Arbeiterbewegung (Souvenirs d’un prolétaire du mouvement ouvrier révolutionnaire), Berlin, 1913, 330 p.

SOURCES : Karl Kautsky, Erinnerungen und Erœrlerangen (Souvenirs et explications), La Haye, 1960. — Herbert Steiner, Die Arbeiterbewegung Œsterreichs, 1867-1889 (Le Mouvement ouvrier d’Autriche), Vienne, 1964. — Ludwig Brügel, Geschichte der œsterreichischen Sozialdemokratie (Histoire de la social-démocratie autrichienne), Vienne, vol. III, 1922-1925.

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