HANUSCH Ferdinand

Par Georges Haupt

Né le 6 novembre 1886 à Oberdorf (près de Wigstadtl) en Silésie ; mort le 28 septembre 1923 à Vienne ; dirigeant des syndicats et de la social-démocratie ; secrétaire d’État aux Affaires sociales, 1918-1920 ; écrivain ouvrier.

Quatrième enfant d’une famille de tisserands de Silésie, Ferdinand Hanusch eut une enfance extrêmement difficile. Son père mourut avant sa naissance et le tissage à domicile de sa mère ne suffisait pas à nourrir la famille. Il ne fréquenta l’école que pendant cinq ans, et encore, irrégulièrement, car, dès l’âge de six ans, il travailla à l’atelier avant et après l’école. A treize ans, il tenta de se placer comme aide-maçon, mais sa santé ne lui permettait pas d’exercer ce métier. Il parvint à se faire embaucher en fabrique où il travailla comme tisserand à l’âge de quatorze ans. Ensuite, il passa trois ans à voyager dans presque tous les pays d’Europe, affrontant la famine et le chômage. A son retour en Autriche, il travailla dans une soierie. Sous l’influence de sa première femme, Anna Domes, morte très jeune, il adhéra, à Wigstadtl, a l’Association ouvrière social-démocrate « Eintracht ». Dès lors, il commença à militer activement et, en 1897, devint secrétaire du Parti social-démocrate et du syndicat du textile dans la petite ville de Sternberg en Moravie. Il prit une part active à la fondation de l’Union des ouvriers du textile et, le 1er octobre 1900, à Vienne, il prit les fonctions de secrétaire général de cette union. Dès lors, il accéda rapidement au sommet du mouvement ouvrier social-démocrate de l’Empire. Membre de la Commission syndicale autrichienne, il en devint le président en 1903, et le resta jusqu’à sa mort.
Hanusch fut élu député au « Reichsrat » (Conseil d’Empire) en 1907 et y siégea jusqu’à l’effondrement de la monarchie. Il y fut l’un des pionniers de la législation sociale. Pendant la guerre, il s’employa à faire voter une loi sur l’allocation de chômage et, en 1917, une loi portant création d’une commission des réclamations pour protéger les ouvriers dans l’industrie de guerre.
Après l’effondrement de la monarchie, il fit partie, le 30 octobre 1918, du premier gouvernement Renner au poste clé de secrétaire d’État aux Affaires sociales. Il conserva son portefeuille dans les formations gouvernementales qui se succédèrent jusqu’au 22 octobre 1920. Au cours de ces deux années, il parvint à faire adopter la législation sociale élaborée par la commission de socialisation présidée par Bauer, une des plus avancées en Europe : Hanusch put s appuyer également sur de nombreux projets de loi qui avaient été préparés par les syndicats pour le ministère de la Prévoyance sociale créé à Vienne en décembre 1917. Parmi les lois sociales les plus importantes qu’il fit adopter figurent le 6 novembre 1918, la loi d’aide aux chômeurs, le 9 décembre 1918, la loi sur la durée du travail, puis la loi sur le travail des enfants et sur le travail à domicile, la loi d’expropriation pour la construction d’immeubles d’habitation populaire. Suivirent, en 1919, la loi sur les congés payés, la loi interdisant le travail de nuit pour les femmes et les enfants, la loi de la journée de huit heures (semaine de 48 heures et de 44 heures pour les femmes et les jeunes), la loi sur la durée minimum du repos ; en 1920, la loi sur le statut des journalistes, des gens de maison, l’instauration des comités d’entreprise, la création des Chambres des ouvriers et employés, une nouvelle réglementation des contrats collectifs, la loi sur l’indemnisation des invalides et l’amélioration de l’assurance maladie et accidents pour les ouvriers et les employés. Après avoir quitté le gouvernement, il se consacra à la mise en place des Chambres des ouvriers et employés et fut le directeur de celle de Vienne. Il mourut d’un cancer et son enterrement se transforma en une immense manifestation populaire.
L’activité de dirigeant allait chez lui de pair avec celle d’écrivain ouvrier. Profondément marqué par les expériences de son enfance dans le milieu des tisserands de Silésie, il publia avant la guerre de nombreux souvenirs autobiographiques qui sont parmi les descriptions les plus intéressantes et les plus émouvantes des conditions de vie des tisserands autrichiens.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197476, notice HANUSCH Ferdinand par Georges Haupt, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 21 novembre 2018.

Par Georges Haupt

ŒUVRES : Der Weber Seff (Le Tisserand Seff), Vienne, 1905. — Auf der Walze (En faisant mon « tour de compagnonnage »), Vienne, 1907. —Der Agitator (Le Propagandiste), Jägerndorf, 1907. — Leibeigene (Serfs), Reichenberg, 1906, — Aus meinen Wanderfahren. Erinnerungen eines Walzbruders (Mes années de compagnonnage), Reichenberg, 1904. — Die Namenlosen (Les obscurs), Vienne, 1910. — Lazarus, Ein Jugendgeschichte, Vienne, 1912. — Der kleine Peter (Le petit Pierre), Vienne, 1912. — Parlament und Arbeiterschutz (Parlement et protection des travailleurs), Vienne, 1913, — Sozialpolitik in Œsterreich, 1919-1923 (Politique sociale en Autriche, 1919-1923), Vienne, 1923.
La bibliographie de ses écrits a été publiée dans Archiv, no. 1, 1966.

SOURCES : Ferdinand Hanusch, der Mann und sein Werk (F. Hanusch, l’homme et son œuvre), Vienne, 1924, 148 p. — Helga Reisser, F. Hanusch, sein Leben und sein literarisches Werk (F. Hanusch, sa vie et son œuvre littéraire), 1950 (Thèse inédite). — Werk und Widerhall. Grosse Gestalten des œsterreichischen Sozialismus (L’Œuvre et son écho. Grandes personnalités du socialisme autrichien), édité par Norbert Leser, Vienne, 1964. — Herbert Steiner, « La Révolution d’octobre et l’austromarxisme », in La Révolution d’octobre, et le mouvement ouvrier européen Paris, E.D.I., 1967.

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