CHAZE Henri [CHAZE Louis, Henri]

Par Pierre Bonnaud, Claude Pennetier, Roger Pierre

Né le 5 décembre 1913 à Thueyts (Ardèche), mort le 19 juillet 2005 à Aubenas (Ardèche) ; instituteur dans l’Ardèche, notamment au Teil et à Cruas ; militant communiste, secrétaire régional puis fédéral ; maire de Cruas (1956-1989), conseiller général (1951-1994), député de l’Ardèche (1962-1967).

Le père d’Henri Chaze, Jean, Louis Chaze, propriétaire devenu facteur des Postes à Thueyts, socialiste puis communiste, fut en avril 1920 nommé à Tournon, où Henri poursuivit ses études au cours complémentaire. Sa mère, Marie Louise Rey, sans profession, catholique pratiquante, fut communiste après la Libération. Henri Chaze entra en 1929 à l’École normale d’instituteurs de Privas puis, titulaire du brevet supérieur, il fut nommé successivement à Barnas (1932), à Gourdon (1933) et à Lalevade (1934) ; après son service militaire, il alla enseigner dans la cité ouvrière du Teil où il demeura jusqu’à la guerre.
Il existait à l’École normale de Privas une cellule des Jeunesses communistes qui compta jusqu’à dix-sept membres sur un effectif d’une cinquantaine d’élèves. Elle se réunissait chez Mathilde Féougier*, et Aimé Serret* venait y faire des conférences ; on y lisait l’Humanité, le Travailleur alpin. Henri Chaze y adhéra le 1er janvier 1932, en raison de la lutte que ce groupe menait contre la guerre. Nommé instituteur, il continua à militer aux Jeunesses communistes dont il devint en 1934 le secrétaire régional. Il dirigea la campagne de son organisation contre la loi de deux ans et participa à toutes les réunions, manifestations et contre-manifestations antifascistes, notamment le 11 juin 1934, lors de la venue de Philippe Henriot à Privas. Depuis 1933, il représentait les JC au comité régional Drôme-Ardèche du Parti communiste, auquel il donna son adhésion à son retour du service militaire, en juillet 1936. Secrétaire du rayon du Teil, il assura aussi pendant quelque temps, en 1937, le secrétariat régional du parti ; il participa jusqu’en 1939 au bureau régional et fut délégué au congrès d’Arles dont il fit de nombreux comptes rendus à travers son département.
Henri Chaze militait aussi au syndicat de l’enseignement ; à la tête d’une petite minorité, il y combattit vigoureusement le courant, très majoritaire, de l’École émancipée, dirigé par Gilbert Serret*. En 1938 et 1939, seul représentant de sa tendance au conseil syndical, il dénonça les accords de Munich, les dangers d’un « faux pacifisme » et l’orientation donnée au bulletin syndical L’Émancipation qui, écrivait Chaze, « sous de fallacieux prétextes - dont celui de l’indépendance syndicale - est devenu un champion de l’anticommunisme » (L’Émancipation, janvier 1939).
Pendant la grande grève des ouvriers cimentiers de Lafarge, en 1938, il fut inculpé pour avoir pris part à une manifestation au Teil contre les diffuseurs du journal doriotiste L’Attaque ; le tribunal correctionnel de Privas le condamna à 16 francs d’amende. Lors d’une élection partielle au conseil général, dans le canton de Marsanne (Drôme) où le PC présentait pour la première fois un candidat, il obtint, le 19 février 1939, 101 voix sur 1 444 suffrages exprimés.
Mobilisé en 1939 sur le front des Alpes, au 9e BM, Henri Chaze perdit le contact avec le parti. Il fut arrêté à Barjemon (Var), le 14 juillet 1940, à la suite d’une manifestation de soldats pour la libération immédiate ; le tribunal militaire de Marseille le condamna à un mois de prison. Révoqué en septembre 1940, il dut s’employer comme terrassier, puis comme menuisier charpentier à Valence où il fit partie, en 1941, du triangle de direction du PC clandestin, pour la Drôme et l’Ardèche (avec le cheminot Jules Serval* et le métallurgiste Georges Lassalle*), jusqu’à son arrestation, le 1er juillet 1941 au cours d’une rafle. Il était porteur d’une carte d’alimentation à un autre nom. Emprisonné au fort Montluc à Lyon, condamné par le tribunal militaire à cinq ans de prison pour « reconstitution de ligue dissoute », il fut transféré en novembre 1941 à la prison de Villefranche-de-Rouergue. Après plusieurs projets d’évasion qui s’effondrèrent, il s’en évada le 6 juin 1944 en compagnie de douze autres communistes, avec la complicité du directeur de la prison. Chef du maquis d’Aveyron dit « Camp français », puis commissaire régional aux effectifs des FTPF du Tarn et de l’Aveyron, il fut, après la formation des FFI, porté à l’état-major d’Albi.
De retour en Ardèche en décembre 1944, réintégré dans l’enseignement, Henri Chaze se mit en congé pour assumer la tâche de permanent au secrétariat de la Fédération communiste où il succéda à Raoul Galataud*, puis, sans quitter cette responsabilité qu’il exerça jusqu’en 1975, il reprit de 1949 à 1962 un poste d’instituteur à Cruas où il s’établit après sa mise à la retraite. Critiqué en 1955 par Gabriel Roucaute pour formalisme et tendance au commandement, le secrétariat du PCF tenta en 1957 de le retirer du secrétariat fédéral, pour raisons de santé, mais dut renoncer devant la réaction des militants. Son histoire depuis trente ans était liée à celle du Parti communiste et du mouvement démocratique dans l’Ardèche où ce militant avait acquis, par son dévouement et sa compétence, une influence qui s’étendait largement au-delà des limites de son parti.
Élu en 1945 conseiller général du canton de Viviers, battu en 1949 par le socialiste Paul Avon*, il rentra en 1951 à l’assemblée départementale où il représenta le canton de Rochemaure jusqu’en 1994. Conseiller municipal de Cruas en 1953, maire en 1956, il le demeura jusqu’en 1989. Henri Chaze participa en Ardèche à toutes les élections législatives depuis la Libération jusqu’en 1981. Il fut élu député de la 1re circonscription de Privas, en 1962, au second tour, à la faveur d’un scrutin triangulaire, avec 15 924 voix contre 15 318 et 11 562 à ses deux concurrents de droite. Dans cette même circonscription, il totalisa au second tour, le 5 mars 1967, un nombre de voix bien supérieur (22 445), mais il ne put être élu par suite du report de 24 425 suffrages sur son concurrent Ve République, devenu le candidat anticommuniste unique.
Aux législatives de 1968, 1973 et 1978, Henri Chaze réalisa, malgré l’érosion des suffrages communistes, les meilleurs scores à gauche. En 1981, après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, candidat une dernière fois, il fut devancé par le socialiste Robert Chapuis* qui devint député de l’Ardèche. Henri Chaze siégea également au Conseil régional Rhône-Alpes au titre de représentant désigné par le conseil général jusqu’en mars 1986.
Ferme partisan d’une « utilisation pacifique de l’énergie nucléaire », Henri Chaze pesa de tout son poids politique pour que le site de Cruas, retenu en 1975 dans le cadre du plan EDF pour la construction des centrales nucléaires, fût adopté définitivement. Devant les réticences qui se manifestèrent, relayées par Vincent Labeyrie, à l’intérieur de la fédération communiste et au sein de la municipalité de Cruas, il proposa de remettre son mandat de maire. Le soutien de la direction nationale du parti et la confiance que lui accordèrent ses administrés le confortèrent dans ses positions. Mais pendant la période de construction de la centrale, il dut affronter plusieurs manifestations du mouvement écologiste auxquelles se joignirent élus et notables locaux du Parti socialiste.
Henri Chaze quitta le bureau fédéral en 1985 et le comité fédéral en 1987, pour raison de santé et d’âge. Une lettre publiée dans l’Humanité du 13 août 2002 témoigne de son intérêt pour la période de la guerre et de ses qualités de propagandiste.
Chaze se maria exclusivement civilement, en novembre 1945 au Teil avec Renée Maunier, sans profession, militante communiste. Leurs deux enfants ne reçurent aucun sacrement religieux. Henri Chaze avait un frère cadet, Louis Chaze*qui fut aussi un militant communiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article19745, notice CHAZE Henri [CHAZE Louis, Henri] par Pierre Bonnaud, Claude Pennetier, Roger Pierre, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 11 janvier 2019.

Par Pierre Bonnaud, Claude Pennetier, Roger Pierre

ŒUVRE : Où va l’Ardèche ?, brochure éditée par la Fédération du PCF, Aubenas, imprimerie Coste, 1956. — De Munich à la Libération (souvenirs), Montélimar, 1985. — Un communiste ardéchois dans le siècle, Les Allobroges, 1994.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône (région Rhône-Alpes), 668 W 24, 83, 84, 96. — Arch. Dép. Ardèche, 15 M 19 ; 72 W363,367,368 ; 95W148, 149, 151, 153, 164, 176 ; 100 W 363 ; 70J. — Arch. Dép. Drôme, série 3 M, élections au conseil général. — Arch. comité national du PCF. — RGASPI, 495 270 4426, dossier biographique au Komintern, pas consulté ; RGASPI 517, 1, 1892, 1908. — Le Travailleur alpin, 1933-1936. — La Voix populaire, 1936-1939. — L’Émancipation, bulletin de la section ardéchoise du SNI, 1937-1939 et 1944-2005. — La Voix du peuple de l’Ardèche et La Voix de l’Ardèche, 1944-1947. — Les Allobroges, 1944-1956. — À travers l’Ardèche, supplément de l’Humanité dimanche, 1957-1958. — L’Humanité, 25 juillet 2005. — Communication de H. Chaze. — Correspondance et entretiens avec l’intéressé.— Renseignements fournis à Jacques Girault en 1975.

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