FREUNDLICH Emmy [née KŒGLER]

Par Georges Haupt

Née le 25 juin 1871 à Aussig (Bohême) ; morte le 19 mars 1948 à Riverside Chapel (New York) ; militante et député socialiste ; présidente du mouvement coopératif international des femmes.

Issue d’une famille de la bourgeoisie allemande établie en Bohême, Emmy Kœgler dut reprendre les affaires de son père, riche industriel, à la mort de celui-ci. Familiarisée avec la politique par la lecture précoce des journaux et la fréquentation des relations paternelles — son père avait été maire d’Aussig — elle fut attirée par les idées socialistes. En 1901, elle épousa à Gretna Green un journaliste social-démocrate d’origine juive, Léo Freundlich, qui devait être élu en 1907 député au « Reichsrat » (Conseil d’Empire). Elle s’installa avec lui à Mährisch-Schœnberg, où elle résida jusqu’à son divorce en 1911. Elle s’établit alors à Vienne et commença à militer dans l’organisation nouvellement créée des Amis de l’Enfance. Lors de la fondation de l’Association pour tout l’Empire, en 1917, elle en devint la secrétaire, fonction qu’elle exerça jusqu’en 1923. A ce titre elle écrivit de nombreux articles pour la revue mensuelle de l’Association, Der Kinderfreund (L’Ami de l’enfance). Elle milita également dans le mouvement culturel ouvrier et surtout dans les organisations féminines du Parti social-démocrate.
Son activité principale s’exerça dans le mouvement coopératif, et elle fut l’étroite collaboratrice de Karl Renner à la société d’achats en gros de la Fédération des coopérateurs (G.Œ.C.) et à la présidence de la Coopérative des consommateurs de Vienne (K.G.W.). Elle fonda en 1912, avec Amalie Seidel et d’autres militantes du mouvement ouvrier, le Comité coopératif des femmes, après avoir présenté au Congrès international des coopératives un rapport sur « les coopératives et la femme ». Elle publia également le premier journal coopératif. Elle fut aussi l’instigatrice de la Guilde internationale coopérative des femmes qu’elle présida jusqu’à sa mort
En 1915, on fit appel à elle pour le poste de directrice au ministère de l’approvisionnement. Après la proclamation de la Première République, Renner lui confia la tâche difficile — compte tenu de la famine qui sévissait — de directeur de l’Office du ravitaillement avec rang de ministre.
Elle fut la première femme en Autriche à accéder à ces hautes fonctions, de même qu’elle fut, en 1929, la seule femme déléguée au Conseil économique de la Société des Nations. Siégeant au Conseil municipal de Vienne à partir de 1919, elle fut aussi élue au « Nationalrat » (Assemblée nationale) la même année et y siégea jusqu’en 1934. Elle était l’une des sept premières femmes de cette assemblée. Il y eut à peine une commission dont elle ne fit partie. Elle fut notamment second président du Comité de démobilisation économique et joua un grand rôle dans la Commission du ravitaillement et dans la Commission concernant les territoires occupés. Orateur écouté, elle fit non seulement de nombreuses interventions au « Nationalrat », mais les multiples conférences de propagande que lui confiait le Parti social-démocrate. Elle fut notamment très active dans les coopératives du XIIe arr. de Vienne, Meidling, où elle était très populaire.
Dans les journées de février 1934, elle crut jusqu’au dernier moment à un retournement possible de la situation. Elle fut arrêtée le 14 février, puis relâchée plus tôt que les autres leaders du Parti social-démocrate grâce à l’intervention pressante des coopératives britanniques. Elle émigra à Londres lors de 1’Anschluss après avoir refusé de se prononcer en faveur du référendum d’avril 1938 pour le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne nazie. Puis, en 1947, elle s’installa à New York en tant qu’observateur de la Guilde coopérative internationale des femmes au Conseil économique et social des Nations Unies.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197432, notice FREUNDLICH Emmy [née KŒGLER] par Georges Haupt, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 14 novembre 2018.

Par Georges Haupt

ŒUVRES : Frührote Dichtungen (Poèmes), Vienne, Verlag Hugo Heller, 1907, 41 p. — Die Frauen und die Reichsratswahlen (Les Femmes et les élections au Parlement), Vienne, Volksbuchhandlung, 1911, 16 p. — Arbeiterinnenschutz (La Protection des ouvrières), Vienne, Verlag Volksbuchhandlung, 1913, 39 p. — Unser tägliches Brot (Notre pain quotidien), Vienne, Verlag Hugo Heller, 1917, 58 p. — Warum leiden wir auch im Frieden Not ? (Pourquoi souffrons-nous de la misère, même en temps de paix ?), Vienne, 1921, 32 p. —Die Frauen in der Konsumgenossenschaftenbewegung (Les Femmes dans le mouvement coopératif des consommateurs), Gera, Verlag Soz, Genossenschaften, 1922. — Wege zur Gemeinschaft (Les Chemins de la collectivité), Iéna, 1928, 29 p. — Die Internationale der Genossenschaften (L’Internationale des coopératives), Vienne, Editions du Parti social-démocrate, 1930, 29 p.

SOURCES : Werk und Widerhall. Grosse Gestalten des œsterreichischen Sozialismus (L’Œuvre et son écho. Grandes personnalités du socialisme autrichien) édité par Norbert Leser, Vienne, 1964. — Archiv., 1968, no 1.

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