DEUTSCH Julius

Né le 2 février 1884 à Stegersbach (Burgenland) ; mort le 17 janvier 1968 à Vienne ; dirigeant social-démocrate ; secrétaire d’Etat à la Guerre du 5 novembre 1918 au 22 octobre 1920 ; chef du « Schutzbund » ; général pendant la guerre d’Espagne.

Julius Deutsch était le fils d’un petit aubergiste qui, après la vente de son auberge, alla s’installer à Vienne. Son père s’embaucha d’abord comme représentant en vins, puis comme contrôleur de tramways. Sa mère était malade et Julius fut à plusieurs reprises confié à un jardin d’enfants tenu par des religieuses.
En 1894, après l’école primaire, il entra au cours complémentaire, puis il chercha à obtenir une bourse à l’École supérieure de Commerce, mais elle lui fut refusée et il apprit le métier de typographe. En dépit d’un travail qui l’absorbait douze à quatorze heures par jour, il suivait les cours du soir de la corporation des commerçants. Sa conscience politique s’éveilla en 1897 lors des élections au « Reichsrat » (Conseil d’Empire). Il fit la connaissance d’Engelbert Pernerstorfer lors d’une réunion de jeunes travailleurs. Il se lia avec Rudolf Broda à l’Association d’éducation ouvrière où il se familiarisa avec la littérature marxiste. Il commença à militer à l’âge de quinze ans tout en préparant son baccalauréat aux cours du soir. Grand sportif, il chercha à gagner les dirigeants du Parti social-démocrate à la cause du sport ouvrier, ce qui amena Victor Adler à l’inviter à rédiger un article sur ce sujet dans l’Arbeiter Zeitung (Journal des travailleurs). C’est ainsi qu’il attira l’attention des dirigeants du parti et Victor Adler lui donna accès à sa bibliothèque personnelle. En 1900, il prit une part active à la création du mouvement antialcoolique avec les docteurs Robert Frœhlich et Wlassak.
Après un voyage à pied à travers toute l’Allemagne, il fut l’élève de Ludo Hartmann. Il devint en 1903 président de l’Association des jeunes travailleurs. Alors qu’il était membre de la commission pour la protection des apprentis, parut son premier ouvrage : Die Lehrlingsfrage (La Question des apprentis). Le problème des jeunes ouvriers était alors une de ses préoccupations essentielles et il avait pris en 1902 une part active à la fondation de la revue Der jugendliche Arbeiter (Le Jeune Travailleur). Sur le conseil de Victor Adler, Julius Deutsch entreprit des études supérieures. Il s’inscrivit à l’Université de Zurich et y passa son doctorat en philosophie. Il publia alors, en 1907, un ouvrage important sur le travail des enfants pour lequel il obtint le prix de l’Université de Zurich.
En 1908, il se rendit à Berlin où il fit la connaissance de Karl Kautsky, August Bebel et se lia très intimement avec Rudolf Hilferding. Après son retour à Vienne, il partagea le travail de R. Danneberg au secrétariat central du Parti social-démocrate. Il déploya une grande activité de journaliste et d’écrivain politique, rédigea de nombreuses brochures de propagande socialiste, une importante histoire du mouvement syndical autrichien, en 1908, ainsi que deux pamphlets, l’un contre le parti populiste conservateur en 1911 et l’autre en 1913, lors de la fondation dans les Sudètes d’un parti national-socialiste.
Pendant la Première Guerre mondiale, il fut mobilisé comme officier d’artillerie et, au début de 1918, il fut détaché au ministère de la Guerre. C’est alors qu’il mit sur pied une organisation militaire clandestine qui devait donner naissance par la suite aux conseils de soldats. Après la chute de la monarchie, lors de la formation du gouvernement provisoire en novembre 1918, il fut nommé d’abord sous-secrétaire, puis, dès mars 1919, secrétaire d’État aux Affaires militaires. A ce poste, qu’il conserva jusqu’en juillet 1920, il créa la future armée républicaine sur la base d’une armée populaire qui servit à la défense de la Carinthie et à la reprise du Burgenland.
Julius Deutsch, qui siégea au « Nationalrat » (Conseil national) de février 1919 à février 1934 et faisait partie du Comité directeur du parti dont il fut secrétaire, fut également le créateur du « Schutzbund » (Ligue de protection républicaine) dont il devint le président.
Après que la proposition de désarmer et de dissoudre les formations armées réactionnaires eut été refusée par le gouvernement, l’existence du « Schutzbund » et son développement répondit à l’armement toujours plus intense de ces milices transformées en « Heimwehr ».
En 1926, le gouvernement, par l’intermédiaire du général Witas, négocia avec J. Deutsch pour assurer la coopération du « Schutzbund » dans la défense du Tyrol menacé par l’Italie. Quelques années plus tard, en 1933, d’autres négociations eurent lieu avec l’ancien ministre de la Défence, Vaugoin, au sujet de l’intervention du « Schutzbund » contre une menace de putsch nazi, mais le gouvernement Dollfuss s’y opposa.
Lorsque, le 12 février 1934, l’insurrection ouvrière éclata, Julius Deutsch était toujours à la tête du « Schutzbund ». La grève générale, qui était un élément essentiel du plan révolutionnaire, échoua du fait de l’énorme chômage qui sévissait alors en Autriche. On vit même des ouvriers combattre toute la nuit et repartir au petit jour ; après avoir remis leur fusil dans sa cachette, ils retournaient pointer à l’usine pour ne pas perdre leur travail. Les transmissions entre les divers groupes de combattants étaient mal assurées et la puissance de feu des troupes gouvernementales bien supérieure. Lorsqu’il fut certain que la bataille ne pouvait être que perdue, Julius Deutsch réussit, le 13 février, à s’enfuir en Tchécoslovaquie.
Avec Otto Bauer il créa à Brünn (Brno) le « Bureau autrichien à l’étranger », point d’appui de l’activité clandestine du Parti social-démocrate interdit en Autriche.
Lorsque éclata la guerre civile en Espagne, J. Deutsch se mit à la disposition du gouvernement espagnol et, avec le grade de général, servit jusqu’à la fin de la République comme conseiller militaire du gouvernement républicain. Après la guerre civile, il trouva asile en France où il devait utiliser ses relations avec les milieux gouvernementaux afin de jeter les bases d’un Conseil national autrichien et d’un gouvernement en exil. Il entra en négociation avec les monarchistes, initiative désavouée par ses camarades. De même, il ne parvint pas à mettre d’accord les diverses tendances de l’émigration socialiste autrichienne sur le projet de création d’une mission représentative à l’étranger.
Après l’occupation de la France par l’Allemagne, Julius Deutsch se rendit en Amérique où il fut employé jusqu’à la fin de la guerre au bureau d’information militaire (Office of War Information),
Il rentra en Autriche en 1946, dirigea la section étrangère du Parti socialiste d’Autriche en même temps qu’il assumait les fonctions de directeur général du consortium de la presse, des éditions et des typographies socialistes. Ses vastes relations à l’étranger favorisèrent considérablement les négociations pour la conclusion en 1955 du traité d’État.
Au début des années 50, il se retira de là vie politique à la suite de ses divergences avec la direction du Parti socialiste et il se consacra à la rédaction d’écrits historiques et politiques. II mourut le 17 janvier 1968 et fut enterré avec les honneurs militaires. Ecrivain politique fécond, il a laissé derrière lui une œuvre considérable qui présente autant d’intérêt pour l’histoire du mouvement ouvrier autrichien que pour l’histoire de l’Europe au XXe siècle.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197396, notice DEUTSCH Julius, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 23 avril 2019.

ŒUVRES : Die Lehrlingsfrage (La Question des apprentis), 1903, 36 p. — Die Kinderarbeit und ihre Bekämpfung (Le Travail des enfants ; comment on le combat), Zurich, 1907, 247 p. — Dokument der Schande / (Document de la honte !) Vienne, 1913, 32 p. — Aus Œsterreichs Revolution, Militärpolitische Erinnerungen (De la Révolution Autrichienne. Souvenirs politiques et militaires), Vienne, 1921, 147 p. — Die Faschistengefahr (Le Danger fasciste), Vienne 1923, 38 p. — Austrofascismus (Austrofascisme), Vienne, 1926, 118 p. — Der Faschismus in Europa (Le Fascisme en Europe), Vienne, 1929, 69 p. — Geschichte der œsterreichischen Gewerkschaftsbewegung (Histoire du mouvement syndical autrichien), lere édition, Vienne, 1908, 33 p. — 2e édition augmentée, 2 vol.. Vienne, 1929-1932. — Wehrmacht und Sozialdemokratie (Armée et social-démocratie), Vienne, 1927, 115 p. — Der Bürgerkrieg in Œsterreich (La guerre civile en Autriche) Karlsbad, 1934, 100 p. — Alexander Eifler. Ein Soldat der Freiheit (A. Eifler. Un soldat de la liberté), Vienne, 1947, 51 p. — Was wollen die Sozialisten ? (Que veulent les socialistes), Vienne, 1949, 192 p. — Wesen und Wandlung der Diktaturen (Essence et mutations des dictatures), Vienne, 1953, 316 p. — Ein weiter Weg. Lebenserinnerungen (Une longue route. Souvenirs), Vienne, 1960, 415 p. —
Manuscrits : Six lettres (1904-1933) à Kautsky, Institut international d’His- totre sociale, Amsterdam.

SOURCES : Bibliographie détaillée dans Archiv., 1967, no. 4 et 1968, no. 2.

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