BACH David, Joseph

Par Félix Kreissler

Né le 13 août 1874 à Vienne ; mort le 1er février 1947 à Londres ; critique musical de l’Arbeiter Zeitung (Journal des Travailleurs), créateur des concerts symphoniques pour ouvriers.

David Bach commença sa carrière dans un journal libéral Die Zeit (Le Temps), édité par une équipe dont firent partie Isidor Singer, Hermann Bahr et Heinrich Kanner. L’intérêt croissant que Bach porta au mouvement ouvrier l’amena à travailler pour la presse social-démocrate, dans laquelle il vit le moyen de rapprocher les ouvriers de la culture et des sciences. Il rejoignit en 1904 la brillante équipe de l’Arbeiter Zeitung de cette époque : Victor Adler lui accorda son amitié bienveillante et il fit partie du cercle du Hugo Schulz, Max Winter et Karl Leuthner.
Critique d’art et critique musical de l’Arbeiter Zeitung, Bach ne se borna pas à des tâches journalistiques. Il devint le responsable du département pour les arts du Parti social-démocrate et sut, dans cette fonction, susciter l’intérêt des ouvriers pour le théâtre et la musique. Grâce à son initiative furent créées les matinées dominicales du « Burgtheater » dont les places furent réservées par moitié aux lycéens et étudiants, et aux ouvriers organisés dans les syndicats. Cependant sa plus grande victoire fut l’inauguration de la série de concerts symphoniques pour les ouvriers qui débuta le 28 décembre 1905 à la grande « Musikvereinssaal » de Vienne. Pour atteindre ce but, Bach avait dû vaincre non seulement les préjugés des milieux bourgeois qui voyaient sans plaisir les ouvriers s’installer dans les lieux sacrés de la musique, mais aussi les hésitations de la direction du Parti social-démocrate qui craignait un manque de compréhension des ouvriers pour la musique « sérieuse ». Mais le succès de ces concerts fut extraordinaire et bientôt les chefs d’orchestre les plus prestigieux se présentèrent pour les diriger.
Bach fut également un brillant orateur ; ses discours, d’une simplicité et d’une limpidité classiques, trouvèrent le chemin de l’esprit et du cœur de ses auditeurs ouvriers. En 1918, après la mort de Pernerstorfer, il prit la direction de la page littéraire et artistique de l’Arbeiter Zeitung qu’il garda jusqu’en février 1934. Lorsque les sociaux-démocrates administrèrent la municipalité de Vienne, Seitz fit de Bach le conseiller artistique et musical de la ville. Il prit alors une influence considérable dans la vie culturelle de Vienne, organisant entre autres, chaque année, les « Semaines artistiques ». En mars 1938, après l’annexion de l’Autriche, il fut contraint d’émigrer ; il trouva asile en Angleterre, à Londres, où il participa assidûment aux activités des diverses organisations que les émigrés socialistes créèrent pour leurs compatriotes autrichiens. Il vit se rassembler autour de lui, lors de son soixante-dixième anniversaire, toutes les grandes figures encore en vie de la Deuxième Internationale : Camille Huysmans, Louis de Brouckère, Marthe et Louis Lévy, les frères Treves... Lorsqu’il mourut, le 1er février 1947, Friedrich Adler prononça son éloge funèbre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article197356, notice BACH David, Joseph par Félix Kreissler, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 24 octobre 2018.

Par Félix Kreissler

ŒUVRES : Des centaines d’articles consacrés à la critique d’art et à la critique musicale et des réflexions sur les arts, parus dans Neue Zeit et Arbeiter Zeitung.

SOURCES : Arbeiter Zeitung, 2 février 1947. — Eloge funèbre prononcé par Friedrich Adler, le 5 février 1947 au crématoire de Colders Green à Londres (Archives du « Verein für Geschichte der Arbeiterbewegung »).

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